Joker : Killer Smile – Dans les méandres de l’esprit torturé du Joker !

Joker killer smile
(image © Urban Comics, DC Comics)

Dans Joker : Killer Smile, le scénariste Jeff Lemire s’associe une nouvelle fois au dessinateur Andrea Sorrentino dans un comics en 4 parties publiées dans le Black Label. Ce récit hors-continuité se concentre sur la relation entre le Joker et un psychiatre qui tente de le guérir. Marchant dans les pas d’Alan Moore, Joker : Killer Smile peine à convaincre complétement, malgré une approche graphique à la hauteur du clown le plus mortel des comics.
■ par Fletcher Arrowsmith

 

Joker killer smile
(image © Urban Comics, DC Comics)

 

Ben Arnell est psychiatre. C’est également un père aimant et un mari comblé. Il a quelques jours pour booster sa carrière, il s’est fixé le défi impossible de guérir le Joker, soit le plus grand psychopathe de Gotham. Mais au fur et à mesure que la thérapie avance, les rôles s’inversent. Qui de Ben Arnell ou du Joker est le patient du médecin ? Et pourquoi Bruce Wayne semble traumatisé par l’inoffensif personnage pour enfant, M. Sourire ?

 

Joker killer smile
(image © Urban Comics, DC Comics)

 

Un récit crédible et référencé

Joker : Killer Smile tente d’éviter l’écueil d’un Joker flamboyant dans un environnement fantastique et gothique. Jeff Lemire s’attache à décrire un environnement réaliste. Arkham reste un asile psychiatrique mais où la lumière perce à l’image des murs capitonnés blancs. De Gotham, on explore à peine le domicile de Ben Arnell, pavillon familial standard, loin des rues glauques habituellement décrites. Le Joker ressemble au personnage interprété par Joaquim Phoenix, le maquillage sur son visage étant la marque distinctive du clown des comics que l’on connait tous. Jeff Lemire cite également Batman : Killing Joke (Alan Moore/Brian Bolland), Joker de Brian Azzarello et Lee Bermejo ou encore celui écrit par Steve Englehart et dessiné par Marshall Rogers dans les années 80. Des influences assumées qui se retrouvent dans les 3 numéros composant Joker : Killer Smile et son épilogue.

 

Joker killer smile
(image © Urban Comics, DC Comics)

 

Du pur Jeff Lemire

Si Joker : Killer Smile arrive à se démarquer des récits éculés sur le Joker, c’est grâce à l’écriture toute personnelle du scénariste canadien Jeff Lemire (Black Hammer, The Valiant, Descender). Cet auteur, qui s’est fait connaitre par des récits indépendants, n’est jamais aussi à l’aise quand il s’éloigne des superhéros pur jus et qu’il explore les failles des hommes et leur quotidien. Dans Joker : Killer Smile, on voit vite que ce qui intéresse Jeff Lemire c’est la cellule familiale de Ben Arnell comme dans Royal City. De même, dans Batman : The Smile Killer, le jeune Bruce Wayne, pas encore orphelin, est mis en avant notamment par ses rapports avec sa mère et pour une fois pas son père. Le grain de folie que glisse Jeff Lemire dans son histoire se veut réaliste et finalement encore plus perturbant. Quand on tombe sur les aventures de M. Sourire à Bonheurville on ne peut s’empêcher de retomber en enfance avant de découvrir la cruauté et l’horreur de la métaphore.

 

Joker killer smile
(image © Urban Comics, DC Comics)

 

Jeff Lemire, Andrea Sorrentino et Jordie Bellaire : un trio de folie

Jeff Lemire et Andrea Sorrentino c’est une équipe qui roule. Les collaboration précédentes entre les 2 artistes forcent le respect. Sur leur CV respectif on peut y lire Green Arrow, Old Man Logan et dernièrement Gideon Falls. Alors quand Jeff Lemire émet le souhait d’écrire un récit sur le Joker, c’est naturellement vers Andrea Sorrentino qu’il se tourne pour lui proposer de l’accompagner graphiquement dans les méandres de l’esprit torturé du Joker. Andrea Sorrentino se fait plaisir en étant même plus sobre que d’habitude mais en continuant à proposer des compositions osées dans ses planches, en adéquation avec le thème. On retrouve le Andrea Sorrentino explorant les méandres de la réalité de Gideon Falls. Tout comme la série d’Image Comics se veut un récit horrifique, l’interprétation de l’artiste italien va vers une déformation de la perception de la réalité par les protagonistes. Parfois critiqué par son manque de lisibilité, Andrea Sorrentino trouve ici une œuvre à la hauteur de son talent et démontre qu’il sait proposer des dessins précis, détaillés et surtout en adéquation de l’univers décrit. Et Andrea Sorrentino est tout aussi à l’aise quand il faut noircir et durcir le ton comme dans Batman : The Smile Killer, explorer les esprits torturés des protagonistes ou bien proposer des dessins enfantins autour de M. Sourire. Mais le coup gagnant reste d’avoir confié la colorisation à la grande Jordie Bellaire (qui n’est d’ailleurs pas mentionnée sur la couverture). Sa palette semble infinie et s’adapte à toutes les situations. Sans problème pour les ambiances sombres où tout reste très lisible, Jordie Bellaire se démarque surtout par des couleurs chaudes atténuées, limite pastel, qui renforce l’impression de réalisme du récit de Jeff Lemire. (la psychanalyse se poursuit page suivante)

 

LIRE AUSSI : Batman : Joker War, tome 1 – le Joker déclare la guerre à Gotham et James Tynion IV prend la suite de Tom King

batman joker war
(image © DC Comics, Urban Comics)

 

La suite ? Tout de suite !




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