Decorum, tome 1 : assassinat et courtoisie au cœur d’une épopée cosmique signée Jonathan Hickman et Mike Huddleston

Une diversité de femmes fortes

(image © Urban, Image Comics)

Si le conflit entre 2 ordres religieux donne une dimension épique à Décorum, le titre place un personnage au centre de l’histoire : Imogen Smith-Morley, assassin très à cheval sur l’étiquette. Femme mature perpétuellement soucieuse des usages, elle recueille Neha Nori Sood, son parfait opposé. Celle-ci est jeune, sans aucune distinction et opposée à toute forme de violence. Imogen guide Neha vers une école d’assassins, la Sororité de l’Homme, dirigée par Sœur Ma. Cette dernière offre un autre reflet inversé d’Imogen. Là où Mme Morley est mince, Ma est massive. Au raffinement d’Imogen s’oppose une vulgarité constante. Imogen s’intéresse à l’humanité de Neha. Contrairement à Ma, qui jouit du nombre de victimes qu’ont déjà faites ses autres recrues. Au delà de Neha, la nouvelle génération d’assassins est pour le moins hétéroclite. La postulante Ursula Ring est déjà une tueuse ambitieuse cherchant à parfaire ses méthodes. De même que l’incompréhensible Sam-Sam a fait 37 victimes. Il s’agit cependant de menus fretins comparée à la meurtrière de masse Jetti Kaan qui compte 1642 morts à son actif. Alors que les extérieurs de la Sororité de l’Homme sont en mode photo-réaliste, la présentation des recrues se fait avec économie de couleurs et de traits, proche de l’esquisse. Une façon de montrer que ces 4 apprenties assassins sont encore en formation !

 

 

Un Hickman léger ?

(image © Urban, Image Comics)

Jonathan Hickman a la réputation d’écrire des récits et des personnages froids. J’ai trouvé que Decorum échappait à cette règle. Tout d’abord, le flegme d’Imogen permet des situations assez cocasses face à Sœur Ma. Le train des injures de cette dernière roule sur les rails de l’indifférence de Smith-Morley… Jonathan Hickman tourne ses propres tics en dérision. En effet, il a l’habitude d’ajouter des murs de textes ou des cartes et graphiques pour développer l’univers de ses récits. Decorum ne fait pas exception. Pourtant, dans ces pages, on retrouve des publicités pour les Cryopods tels que ceux qui hébergent la famille de Neha, ou encore  pour les colis spéciaux qu’elle livre. Plus absurde, en parallèle des cartes des mondes de Decorum, on trouve la composition des  plats de nouilles que Neha Nori Sood mange sur le pouce. Après une promo pour la Sororité de l’Homme, Neha et les trois autres postulantes sont également présentées sous la forme de fiches signalétiques, comportant notamment des Aime / Déteste à la Amélie Poulain !

 

 

Une riche et longue introduction

(image © Urban, Image Comics)

Vous ne lirez pas Decorum en 10 minutes avant de passer à autre chose. Les 1res pages sont parfaitement incompréhensibles sans des clés livrées plus tard dans l’histoire. L’échange cryptique entre Imogen et son mari, Monsieur Smith, sur les rêves de ce dernier renvoie aux prédictions sibyllines de l’Oracle de Delphes. Même le style graphique  se prête à l’analyse, comme dans la scène du 1er assassinat. Monochrome à l’exception de la cible d’Imogen, l’espace commence à se remplir de couleurs dès que le champ de force de l’homme à abattre se brise. Un peu comme s’il aspirait la couleur autour de lui. On se prend au jeu de découvrir la logique derrière les choix narratifs des auteurs. Cependant, la lenteur peut frustrer. En effet, les 2 fils narratifs – les actions des Mères Célestes et l’histoire de la Sororité de l’Homme – ne se sont toujours pas rejoints à la fin de l’album. Pour autant, j’ai apprécié le rythme contrôlé qui permet de construire les enjeux tout en impliquant le lecteur.■

(image © Urban, Image Comics)

Decorum T.1 est un comics publié en France par Urban. Il contient les épisodes n°1 à 4 de la série Decorum.




A propos JB 174 Articles
Lecteur de comics depuis 30 ans, pinailleur Marvel, râleur DC et nostalgique des séries Valiant des années 90.

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