Petrograd : Raspoutine contre 007 [Critique]

(image © Oni Press)

Avec Petrograd, le scénariste Phillip Gelatt et le dessinateur Tyler Crook nous livrent un thriller historique s’inscrivant dans la fin de règne de la maison Romanov. Et là, on n’est pas chez Stéphane Bern : à la cour on ne discute pas petits fours, mais assassinats.
■ par Mad Monkey

 

Petrograd (image © Oni Press)

 

1916, l’Empire Russe s’embourbe le conflit mondial contre le Deuxième Reich. À Petrograd, la capitale, le pain vient à manquer, mais la cour continue de s’amuser. L’impératrice, née Allemande et passionnée de mysticisme, s’appuie de plus en plus sur les conseils de Grigori Raspoutine, ce qui inquiète l’Angleterre. Il craint en effet que les positions pacifistes du moine débauché ne poussent le « tsar de toutes les Russies » à chercher une paix séparée avec l’Allemagne. Ce qui offrirait à cette dernière la possibilité de concentrer ses forces sur le front de l’Ouest. Cleary, un jeune agent des renseignements britannique, est alors chargé de faire disparaître Raspoutine. Le reste, comme on dit, appartient à l’Histoire.

 

Petrograd (image © Oni Press)

 

Comme une photo du temps

Graphiquement le travail que livre Tyler Cook sur Petrograd est assez agréable à l’œil. Il nous offre un dessin clair, mais « lâché », visiblement réalisé au pinceau. Le tout étant relevé par des aplats d’encre, ou d’aquarelle, au ton sépia. L’ensemble donne à Petrograd un ton mélancolique, et renforce l’aspect « historique » de l’œuvre. Mais si le rendu est expressif et colle bien à l’ambiance, il peut parfois gêner. En effet, ce style à la fois souple et épuré, s’il est agréable à l’œil se prête généralement mieux à des personnages ayant des traits un peu caricaturaux. Ce qui est naturellement compliqué lorsqu’on réalise une BD historique pour laquelle il faut dessiner des personnages conformes à leurs modèles de chair et de sang. Modèles qui sont parfois dénués de traits physiques marquants. Du coup, en particulier lorsque les personnages changent de tenue, on peut éprouver une petite difficulté à reconnaître qui est qui. Mais rien de grave.

 

Petrograd (image © Oni Press)

 

Une fiction malgré tout

Bien que traitant de faits réels, et même si un sérieux travail de recherche a certainement été effectué en amont, Petrograd ne saurait être considéré comme une biographie ou un livre d’histoire stricto sensu. En effet le scénariste Phillip Gelatt a fait le choix de remplacer un des protagonistes de l’affaire par un personnage de fiction. Dans la réalité, un agent du Secret Intelligence Service était semble-t-il bel et bien présent lors de l’assassinat du mystique. Mais il s’agissait de Oswald Rayner et non de Cleary, qui n’a lui jamais existé. Ce choix, qui peut surprendre, comporte des avantages. Tout d’abord parce que le rôle réel d’Oswald Rayner dans le complot est assez flou. Créer un personnage de toutes pièces permet alors à Petrograd de s’inscrire d’emblée dans le registre de la fiction et de ne pas être jugé en fonction des avancées de la recherche historique. De plus O. Rayner était anticommuniste et ne quittera le S.I.S que quelques années après la guerre. Les convictions de Cleary semblent elles bien moins fermes, que ce soit politiquement ou vis-à-vis de son travail. De plus on comprend vite que c’est un Irlandais à l’époque où l’Irlande commence justement à se soulever contre la couronne britannique. Cleary est donc bien plus rempli de questionnements que ce qu’il aurait été possible d’attribuer à Rayner. Et ceci permet à Phillip Gelatt d’ouvrir les possibilités narratives tout en nous faisant découvrir la société de Petrograd, des miséreux aux plus hautes sphères de la cour impériale. Bref Petrograd est un très bon récit qui, s’il raconte une histoire connue nous l’offre d’un point de vue souvent laissé en arrière-plan tout en retranscrivant le climat social de l’époque dans sa complexité. Et il est toujours bon de rappeler que quand une révolution éclate, c’est rarement contre des enfants de chœur. ■

Couverture de Petrograd (image © Urban Comics)

Petrograd est un récit complet de 272 pages scénarisé par Phillip Gelatt et dessiné par Tyler Crook. Publié à l’origine aux États-Unis le 3 août 2011 chez Oni Press. Il est sorti la première fois en France le 31 août 2013 chez Urban Comics dans la collection Urban Indies avant d’être réédité le 26 octobre 2018 dans la collection Urban Graphic.

Batman Rebirth tome 3 Mon nom est Bane chez Urban Comics
FOCUS

Batman, mon nom est Bane : le choc des titans

par Sonia Dollinger dans Comics 0

Bane est de retour dans ce troisième volume de Batman Rebirth pour un face à face explosif et meurtrier avec Batman. Tom King poursuit son exploration de l’univers torturé du chevalier noir avec un scénario [...]