SHAZAM ! Captain Marvel, un super-héros pour les enfants ?

(image © DC Comics)

Le 3 avril 2019, Captain Marvel surgira sur les écrans dans le film Shazam ! Top Comics vous fait vivre les coulisses de l’incroyable épopée du super-héros et de sa maison d’édition originelle, Fawcett Publications. Aujourd’hui, intéressons-nous à une des facettes particulièrement du personnage qui en fait un personnage dédié aux enfants : l’humour !
■ par Doop

 

Immédiatement après le succès de Superman, l’éditeur Fawcett Publications essaie de surfer sur la mode des super-héros. Le scénariste Bill Parker et le dessinateur C. C. Beck imaginent ensemble un nouveau personnage, Captain Marvel. Bill Batson est un jeune garçon auquel un vieux magicien confie d’incroyables pouvoirs. Dès lors, quand Billy prononce le mot « SHAZAM ! », il se transforme en adulte, et surtout en un super-héros aussi puissant que Superman !

 

 

Le super-vilain, Mister Mind, en haut à droite

 

Second degré ou comics pour les enfants ?

Les aventures de Captain Marvel publiées dans le magazine Whiz Comics semblent en priorité destinées aux jeunes enfants. Mais à la relecture elles possèdent une particularité qui n’existe pas encore dans les comics de National (DC Comics) : l’humour et le 2nd degré ! Indubitablement, on frise la parodie quand Captain Marvel fait face à des vilains dénommés Hash Bordon ou Zartan of the Jungle. C’est aussi un bon moyen d’attirer un public un peu plus âgé vers la revue. Au 1er degré, les histoires de Captain Marvel sont indéniablement très simples, très enfantines. On est bien loin d’un Superman qui se bat contre les politiciens corrompus ou d’un Batman qui plonge ses ennemis dans une cuve d’acide (ou d‘un Batman qui montre son sexe). Pour preuve, son cri préféré est « Holy Moly !» terme déjà ringard à l’époque qu’on pourrait traduire par « Saperlipopette ! ». Tout n’est que fantaisie dans l’univers de Billy Batson et de son alter-ego : les personnages les plus absurdes inventent les plans les plus saugrenus afin de conquérir le monde comme Mister Mind, le petit ver extraterrestre et télépathe ou même Tawky Tawny, le tigre à forme humaine. Apparu dans Captain Marvel Adventures en 1947, Tawky Tawny porte un costume 3 pièces et se comporte comme un gentleman sans que personne ne prête attention à sa forme animale !

 

Extrait d’une couverture caractéristique du dessinateur C. C. Beck

 

Sens du merveilleux et naïveté

Dans les aventures de Captain Marvel, le fait de ne pas se prendre au sérieux fait ainsi appel au sens du merveilleux et à l’imaginaire de ses lecteurs. Cette idée est de plus constamment renforcée par les dessins très épurés du dessinateur C.C. Beck. La ligne est très claire à l’instar d’un Tintin en France. Les yeux des personnages sont représentés par des petites billes noires, un code déjà utilisé dans le strip Little Orphan Annie dont C. C. Beck était très friand. Néanmoins la différence essentielle entre C. C. Beck et Hergé reste l’absence de décors détaillés chez le dessinateur de Captain Marvel qui permet à l’histoire de se dérouler sans la moindre distraction visuelle. Selon C. C. Beck, c’est un élément absolument essentiel pour un enfant d’une dizaine d’années. De plus, Beck se refuse à inclure toute sorte de violence dans son comics. Contrairement à un Dick Tracy, les coups portés ne sont pas accentués et la plupart du temps hors champ. Dans le même ordre d’idée, Captain Marvel n’a pas non plus d’intérêt amoureux, ce qui serait tout compte fait malsain puisque s’il possède un corps adulte. Son esprit est toujours celui d’un enfant de 12 ans. Le style « naïf » de C. C. Beck possède également un avantage important, plus pratique, cette fois : il est tellement simple qu’il peut être imité, ce qui permet à Fawcett d’embaucher des créateurs qui pourront augmenter le nombre de pages produites sans toutefois toucher à l’unité graphique du personnage. Captain Marvel est donc une bande dessinée idéale pour les enfants, qui rassure aussi les parents de par son ton aseptisé. C’est véritablement l’anti-Wonder Woman !

 

Adventures of Captain Marvel, le serial

 

Captain Marvel est le 1er super-héros à obtenir son serial au cinéma

La popularité de Captain Marvel est telle que le super-héros devient dès 1941 le tout 1er super-héros à être adapté au cinéma sous la forme de serial, ces feuilletons diffusés dans les salles obscures avant la projection des films ! Rapidement, les éditeurs de Fawcett se rendent compte qu’ils tiennent un personnage à succès. Ils vont alors s’empresser de demander à C. C. Beck de produire un comics de plus, Special Edition Comics, qui ne contient que des histoires du Captain. Le mois suivant, Special Edition Comics est suivi par Captain Marvel Adventures, une autre série mensuelle. Les chiffres de ventes sont au diapason, puisqu’on parle d’un million et demi d’exemplaires vendus chaque mois pour le magazine Captain Marvel Adventures en 1944 !

 

Pete Costanza

 

Pete Costanza, un assistant à la rescousse

Devant l’afflux de pages à dessiner, C. C. Beck embauche un jeune assistant de 19 ans, Pete Costanza. Ce dernier devient par la suite son partenaire lors de la création de leur studio de dessin. Parti faire l’armée en 1942, Pete Costanza est réformé 10 mois plus tard pour hypertension. Après le démantèlement du studio Beck, il continue à œuvrer dans les années 50 sur les comics de DC. Il réalise notamment la série Superboy avant de s’arrêter quelques années plus tard, rattrapé par ses problèmes de santé.

 

De jeunes lecteurs de comics dans les années 40/50

 

Des chiffres de ventes qui ne reflètent pas le nombre de lecteurs

Whiz Comics est tout simplement considéré comme l’un des comic-books les plus achetés et lus de l’époque. Il ne faut pas non plus oublier que les habitudes de consommation du comics sont bien différentes d’aujourd’hui. Les lecteurs sont beaucoup moins nombreux à collectionner les revues. À l’époque le comics est un produit de consommation « jetable ». Ainsi, lorsqu’un gamin achète un comics, il le lit, voire le relit, puis le prête généralement à un copain. Copain qui refilera probablement à le comics à un ami, etc. Des habitudes de consommation qui doublent, voire triplent, potentiellement le nombre réel de lecteurs par rapport aux chiffres de vente.

 

Ibis The Invincible, un autre héros de Fawcett Publications

 

Captain Marvel, fer de lance des super-héros de l’éditeur Fawcett

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De plus, Whiz Comics est aussi un des seuls titres de l’époque où chacun des protagonistes a droit à son propre magazine. On rappelle que Whiz Comics propose plusieurs histoires avec des super-héros différents comme Ibis the invincible ou Spy Smasher. Car si Captain Marvel reste le fer de lance de la maison d’édition, l’éditeur Fawcett possède aussi d’autres héros qui fonctionnent correctement comme Master Man ou Bulletman. ■




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Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.