Tu veux mon (bat) zizi ? [En vert et contre tous n°7]

Aujourd’hui je vais vous parler de la nouvelle polémique en date, à savoir le zizi de Batman, et du fait que, peut-être, personne n’est réellement innocent dans cette histoire.
■par Doop

 

 

Un bref rappel des faits

Il y a presque un an, DC Comics annonçait en grande pompe la création d’un « black label », c’est-à-dire une ligne plus adulte dans laquelle les auteurs pourraient aborder des thèmes plus dérangeants hors continuité. En attendant le Superman de Frank Miller et John Romita jr ou le Wonder Woman de Phil Jimenez, c’est une mini-série Batman qui ouvre le bal : Batman Damned par Brian Azzarello et Lee Bermejo. Au détour d’une page, Batman rentre chez lui après un combat sanglant et enlève son costume pour se retrouver tout nu, dévoilant son intimité la plus cachée jusqu’alors : le fameux bat-zizi ! À l’origine personne n’y a trouvé à redire. Les planches ont certainement dû être approuvées par un éditeur avant de partir à l’impression. Pourtant, DC Comics a finalement fait machine arrière en « ombrageant » l’objet du délit sur les versions numériques et lors des futures réimpressions papiers. Censure ? Dessin inutile ? En tout cas, cela a arrangé tout le monde et donné au comics une exposition incroyable.

 

Extrait de « Batman : Damned » n°1 (image © DC Comics)

 

Ce n’est pas la première fois

Autant être honnête avec vous, je n’ai pas lu ce Batman : Damned pour plusieurs raisons. Déjà, je n’ai pas accès à la VO près de chez moi. De plus, l’équipe composée de Brian Azzarello et de Lee Bermejo m’a tellement déçu sur ces 2 opus précédents (Luthor et Joker) que même si l’occasion s’était présentée, je n’aurais pas commandé cette série. Brian Azzarello est un scénariste plus que doué en ce qui concerne les séries noires et violentes (comme son 100 Bullets qui reste une expérience de lecture phénoménale ou encore son run sur John Constantine, Hellblazer). Mais il est nettement moins à l’aise sur les personnages mainstream. Je vais éviter de vous parler du Superman : Pour demain et me concentrer sur sa production avec Lee Bermejo. À mon avis leur 1re projet, Lex Luthor, fait partie des pires histoires de Superman. Ils n’y racontent absolument rien qui n’est déjà été fait par James Hudnall et Eduardo Barretto dans les années 90 (et en beaucoup mieux). La suite, Joker, est tout simplement foirée elle aussi, avec un ton moderne et destroy donné à tous les personnages de Gotham City et une intrigue bourrée de violence, de drogue et de gore construite autour d’un simple calembour de fin. Dans cette histoire on pourra d’ailleurs remarquer qu’Harley Quinn fait du lap-dance les seins à l’air. Cela n’a gêné personne à l’époque. Dans ces récits mainstream, B. Azzarello ne peut s’empêcher d’y appliquer toujours le même traitement : ramener les protagonistes vers un côté sombre et glauque, qui fonctionne assurément auprès du lectorat moderne mais qui me donne toujours un peu mal au cœur. Je ne reviens pas sur les dessins de Lee Bermejo, qui accentuent largement le côté sale des histoires et qui sont souvent sauvés par l’encrage délicat de Mick Gray, encreur souvent oublié quand on parle de cette production. En bref, Batman : Damned ne m’intéressait pas. Et pourtant j’ai vu la page incriminée.

 

Harley Quinn en pleine séance de lapdance dans la mini-série « Joker » (image © DC Comics)

 

Quel est l’intérêt ?

Je vais me faire l’avocat du diable. Je ne suis pas assez naïf pour croire que le sexe de Batman ait été placé sans intention de choquer ou de faire parler de lui. Bien évidemment que Brian Azzarello et Lee Bermejo savaient que cela allait faire parler. Ce sexe n’est pas placé là par hasard. À 1re vue, cela n’a aucun intérêt artistique dans la trame de l’histoire. C’est juste placé là pour faire parler. On pourra rétorquer que si Batman se déshabille, c’est normal qu’il soit nu. Certes. Mais est-il pour autant judicieux de le montrer dans la mesure où cela n’apporte rien ? Cela enlève à mon sens tout le côté artistique de la chose. Bien sûr que les 2 auteurs l’ont placé là pour donner un message (toujours le même : « waouh, on a dessiné un zizi, regardez, on est dans un comics adulte »). Il y a une intention derrière cela, et ratée qui plus est. Ce n’est pas parce que l’on voit de la nudité que c’est forcément un thème adulte.

 

La couverture de « Batman : Damned n°2 » : Harley Quinn a comme un faux air à Tim Curry dans « The Rocky Horror Picture Show »

 

Une pudibonderie à double tranchant

Ce qui est plus gênant, c’est l’attitude de DC Comics. L’éditeur a lu ces pages et les a validées. Il faut donc ensuite les assumer. Sans l’accepter, je peux toutefois comprendre que DC ait décidé de modifier la série sur les plateformes numériques. Cela ne serait jamais passé sur Amazon, qui a déjà censuré pas mal d’œuvres graphiques comme Saga de Brian Vaughan et Fiona Staples (et où cette fois-ci la nudité et le sexe avaient un sens). Après, pour les rééditions, dans la mesure où l’on est sur un label « adulte », c’est nettement moins compréhensible. Cela me fait toujours rire jaune de voir que DC et les plateformes de distribution numériques s’offusquent pour un petit zizi (pas si petit que ça). Depuis une quinzaine d’années, c’est la surenchère du gore dans tous les comics mainstream. Voir un personnage se faire découper en 2 ou en petit morceaux n’est pas un problème, exposer en 1re page des super-héroïnes dans des poses plus que suggestives ne choque vraisemblablement pas les éditeurs. Mais un pénis dans l’ombre, oui. C’est la grande hypocrisie de l’industrie du comics et des États-Unis. Sincèrement, j’ai été beaucoup plus choqué par le récit racoleur du Catwoman New 52 n°1 que par cette scène.

 

 

 

Qui est le gagnant ?

Et pourtant, tout le monde devrait être heureux. En effet, avec cette (fausse) polémique, DC Comics s’est assuré un buzz immédiat. L’épisode se trouve déjà à plus de 50 $ sur les sites de vente. B. Azzarello et L. Bermejo vont certainement faire un carton et assurer leur popularité et le succès de Batman : Damned est donc déjà garanti. Circulez, y a rien à voir

 

 

Et si vous n’avez pas saisi la référence du titre de cet article…

 




A propos Doop 244 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.