Superman sauve son pire ennemi… Les derniers jours de Lex Luthor, une fin audacieuse chez DC Black Label

Derniers jours de Lex Luthor Superman
Temps de lecture estimée : 4 min.

Les derniers jours de Lex Luthor part d’une idée simple, presque inconfortable. Lex Luthor est en train de mourir, et Superman refuse de l’abandonner. Mark Waid transforme ce point de départ en question morale centrale. Jusqu’où aller pour rester fidèle à ses valeurs ? Faut-il sauver tout le monde, même celui qui vous hait depuis toujours ?
Cet album réunit l’intégralité du récit et promet un portrait définitif du duo Clark Kent et Lex Luthor. Le pari est clair. Explorer l’homme derrière le génie, sonder la fatigue du héros, et voir si cette opposition mythique peut encore surprendre. Mais cette histoire tient-elle la distance ? Et surtout, que raconte vraiment Les derniers jours de Lex Luthor sur Superman aujourd’hui ?

Les derniers jours de Lex Luthor comme récit de la finitude

Dès les premières pages, Mark Waid impose un ton grave. Les derniers jours de Lex Luthor ne parle pas d’apocalypse abstraite. Il parle de cellules qui lâchent, de corps qui trahissent, donc de mortalité. Lex n’est pas vaincu par Superman, mais par ses propres expériences. Cette idée change tout.
Cependant, le scénario ne verse jamais dans le pathos facile. Chaque scène rappelle que Lex reste Lex. Arrogant, brillant, manipulateur. Pourtant, la maladie fissure son armure intellectuelle. Superman agit alors comme révélateur moral. Il n’attaque pas, il insiste. Il soigne. Il espère. Ce choix rend le récit étonnamment intime, malgré ses enjeux cosmiques.

Superman face à sa propre cohérence morale

Au cœur de Les derniers jours de Lex Luthor, Superman devient le véritable moteur du récit. Il ne cherche pas à gagner. Il cherche à rester cohérent. S’il abandonne Lex, il trahit ce qu’il représente. Cette logique est implacable, mais aussi dérangeante.
Ainsi, Mark Waid transforme une mission de sauvetage en débat public. Lois Lane, Jimmy Olsen et le monde entier questionnent ce choix. Pourtant, Superman ne vacille pas. Il avance, car il le doit. En revanche, cette posture crée une certaine répétition narrative. Le héros enchaîne les tentatives, consulte ses alliés, échoue souvent. Cette structure appuyée peut lasser, mais elle renforce aussi l’obsession presque maladive de Clark Kent.

Lex Luthor, génie malade et figure tragique

Lex Luthor est le cœur émotionnel du tome. Les derniers jours de Lex Luthor le montre vulnérable sans jamais l’absoudre. Il doute, il souffre, mais il refuse d’admettre ses torts. Cette nuance rend le personnage fascinant.
De fait, le récit revient souvent à Smallville dans le passé. Ces flashbacks rappellent une vérité simple. Lex et Clark partageaient une solitude similaire. L’un l’a transformée en haine. L’autre en compassion. Ce contraste nourrit chaque dialogue. Malheureusement, Lex reste figé dans son refus d’évoluer. Cette obstination est logique, mais elle limite parfois la progression psychologique attendue.

Une aventure spectaculaire au service d’un propos intime

Même si le récit se veut introspectif, Les derniers jours de Lex Luthor ne renonce jamais au spectaculaire. Bryan Hitch déploie un univers vaste, peuplé de héros, de civilisations futuristes et de menaces cosmiques. Brainiac s’impose comme un antagoniste redoutable, et surtout pertinent.
Cependant, cette ampleur visuelle sert toujours le propos. Les grandes scènes d’action soulignent l’impuissance progressive de Lex et l’acharnement de Superman. Kevin Nowlan renforce cette approche grâce à un encrage précis, tandis que David Baron apporte une colorisation plus réaliste qu’à l’accoutumée. L’ensemble donne au récit un poids presque tangible.

Les derniers jours de Lex Luthor, un final audacieux mais déséquilibré

Le dernier acte frappe fort. Les derniers jours de Lex Luthor ose une conclusion nette, presque définitive. Mark Waid assume un choix radical, rendu possible par le label Black Label. Lex devient le centre absolu du dénouement.
Ainsi, Superman passe parfois au second plan. Ce déséquilibre pourra frustrer certains lecteurs. Pourtant, ce choix est cohérent. Cette histoire parle de Lex, de ses illusions, de sa fin. Superman agit comme catalyseur, pas comme héros triomphant. Au final, le récit laisse une impression durable, malgré un rythme parfois inégal.

Conclusion : un récit imparfait mais profondément marquant

Les derniers jours de Lex Luthor n’est pas une lecture fluide. Le récit répète, insiste, et parfois étire ses idées. Pourtant, il touche juste. Mark Waid signe une exploration sincère de deux icônes, sans chercher le twist facile.
Bryan Hitch, Kevin Nowlan et David Baron offrent un écrin solide à cette tragédie super-héroïque. Malgré quelques lourdeurs et un Superman volontairement effacé, cet album s’impose comme une réflexion rare sur la responsabilité morale. Ce n’est pas un chef-d’œuvre absolu. Mais c’est une œuvre honnête, ambitieuse, et parfois bouleversante.

Les derniers jours de Lex Luthor est un comics publié en France par Urban Comics. Traduction : Laurent Queyssi. Il contient : Last Days of Lext Luthor #1 à 3.




A propos Stéphane 817 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.