Exquisite Corpses débarque chez Urban Comics avec une promesse simple et brutale : transformer l’Amérique profonde en terrain de chasse. Dès ce premier épisode, la série signée James Tynion IV et Michael Walsh installe un dispositif de survival horror cynique, spectaculaire et volontairement dérangeant. Derrière le gore et l’action, plusieurs questions émergent très vite. Jusqu’où peut aller le divertissement quand il est financé par les ultra-riches ? Que vaut une vie ordinaire face au spectacle ? Et surtout, Exquisite Corpses parvient-il à dépasser ses influences pour proposer autre chose qu’un simple jeu de massacre bien emballé ?
Exquisite Corpses : le pitch d’un carnage organisé
Tous les cinq ans, le soir d’Halloween, les familles les plus riches des États-Unis organisent un jeu mortel. Douze tueurs professionnels sont lâchés dans une petite ville, avec un seul objectif : être le dernier vivant. Cette année, c’est Oak Valley, dans le Maine, qui sert d’arène. Les règles sont volontairement floues, parfois perverses, et les habitants deviennent des pions involontaires. Exquisite Corpses installe rapidement son principe, sans longs discours explicatifs, et plonge le lecteur dans une nuit où survivre jusqu’à l’aube relève déjà du miracle.

Une mécanique volontairement opaque et efficace
L’une des grandes forces de Exquisite Corpses tient dans sa manière de distiller les informations. James Tynion IV (Nice House on the Sea) choisit de ne pas tout expliquer. Le fonctionnement précis du jeu, les motivations exactes des organisateurs, et même certaines règles restent dans l’ombre. Ce flou entretient une tension constante. Le lecteur observe, assemble les pièces, et reste sur le qui-vive. Cette narration fragmentée renforce l’angoisse et évite l’exposition lourde, même si elle pourra frustrer ceux qui aiment comprendre immédiatement les enjeux.

Des tueurs comme cartes à jouer
Michael Walsh (Frankenstein, Justice League/Black Hammer) met en scène les assassins comme des figures presque mythologiques. Leurs entrées sont spectaculaires, parfois glaçantes, parfois presque ironiques. Chaque tueur possède une identité visuelle forte, immédiatement lisible. Les révélations fonctionnent comme des coups de théâtre graphiques, accentués par les couleurs de Jordie Bellaire, volontairement sourdes. Ce contraste rend la violence plus sèche, plus brutale. Le sang ressort davantage, sans jamais sombrer dans l’illisible ou la surenchère gratuite.

Oak Valley, victime collatérale d’Exquisite Corpses
La série ne se contente pas d’aligner des psychopathes. Exquisite Corpses prend le temps d’installer quelques habitants d’Oak Valley. Des figures ordinaires, reconnaissables, parfois attachantes. Cette attention portée aux victimes potentielles renforce l’impact émotionnel du récit. On sait très vite que tout le monde ne s’en sortira pas. James Tynion IV installe une empathie simple mais efficace, qui donne un poids réel aux scènes de violence, sans tomber dans le pathos.

Un spectacle sanglant qui regarde aussi le lecteur
Derrière son dispositif de survival, Exquisite Corpses parle aussi de voyeurisme. Le massacre est filmé, commenté, consommé. Le lecteur n’est pas innocent. Il est placé du même côté que les spectateurs fortunés du récit. Cette mise en abyme fonctionne bien et donne au comics une dimension satirique discrète mais présente. Le propos reste frontal, parfois appuyé, mais il évite le prêche lourd grâce à un rythme très maîtrisé.

Exquisite Corpses : un premier épisode accrocheur, mais balisé
Ce premier épisode frappe fort. Le concept est efficace, la mise en scène solide, et le duo créatif maîtrise parfaitement ses outils. Exquisite Corpses n’invente pas le survival violent, et certaines influences sautent aux yeux (Battle Royal, American Nightmare). Pourtant, l’exécution fait la différence. L’ambition est claire, la direction assumée, et la série pose des bases suffisamment solides pour donner envie de revenir. Reste à voir si les prochains épisodes sauront surprendre, là où ce lancement joue encore avec des codes bien connus. À noter qu’Urban Comics soigne la forme de cette première publication : un joli coffret contenant un poster recto-verso et suffisamment de place pour y ranger les 7 fascicules que comprendra la série Exquisite Corpses.

Exquisite Corpses n°1 est un comics publié par Urban Comics. Traduction : Maxime Le Dain. Il contient : Exquisite Corpses #1.