Superman : Dark Prophecy, tome 2 : un Lex Luthor au centre du jeu

Superman Dark Prophecy tome 2
Temps de lecture estimée : 4 min.

Avec ce tome 2 de Superman : Dark Prophecy, Urban Comics poursuit la publication du run très suivi de Joshua Williamson sur l’Homme d’Acier. L’album rassemble les épisodes 24 à 27 de la série Superman, ainsi qu’un épisode à part, Summer of Superman Special. Une question traverse tout l’album : jusqu’où peut-on pousser Superman avant qu’il ne vacille ? Et, en filigrane, une autre obsession, plus ancienne encore : peut-on vraiment faire confiance à Lex Luthor ? Ce volume apporte des réponses, parfois brillantes, parfois un peu précipitées, mais toujours stimulantes pour qui suit cette période charnière de Superman : Dark Prophecy.

Superman : Dark Prophecy et l’art du payoff narratif

Le cœur de ce tome repose sur une idée simple mais efficace : tout ce que Joshua Williamson a patiemment mis en place finit par payer. L’héritage encombrant de Supercorp, la fausse rédemption de Lex Luthor, la place nouvelle de Lois Lane, tout converge. L’épisode 24 agit comme un point d’orgue très maîtrisé, donnant enfin du sens aux doutes initiaux de Clark Kent. Superman avait accepté l’aide de Luthor comme un cadeau empoisonné, et Superman : Dark Prophecy montre pourquoi il a eu raison de se méfier. Le scénariste joue avec les attentes du lecteur et assume une montée en tension qui récompense la fidélité, même si certains développements auraient mérité un peu plus d’espace pour respirer.

Lex Luthor, miroir déformant de Superman

S’il fallait résumer ce tome 2 en un mot, ce serait sans doute « Luthor ». Lex Luthor est partout, sous plusieurs visages, et Joshua Williamson s’en sert pour poser une vraie question morale. Peut-on changer quand on a passé sa vie à vouloir dominer le monde ? Entre le Luthor repentant, le Luthor manipulateur et la figure monstrueuse de X-El, Superman : Dark Prophecy explore les différentes incarnations d’un même ego. Le face-à-face central avec Superman dépasse le simple combat musclé. Il met en lumière ce qui distingue vraiment Clark Kent de son ennemi juré : non pas la puissance, mais la capacité à rester humain quand tout pousse à l’inverse.

Superman en colère

L’arc dit de « Superman Red » apporte une tonalité plus sombre à Superman : Dark Prophecy. Un Superman contaminé par la Kryptonite rouge, plus impulsif, plus brutal, c’est toujours une image dérangeante. Joshua Williamson exploite bien cette idée, en montrant un héros fatigué, acculé, émotionnellement à bout. Les récents chocs personnels s’accumulent, et Clark Kent vacille. Le concept est fort, mais la narration souffre par moments d’un excès de sous-intrigues. Les interludes, censés préparer l’avenir de l’univers DC, freinent parfois l’élan dramatique. On sent que le scénariste veut trop en dire en trop peu de pages, quitte à perdre un peu de fluidité.

Une conclusion frustrante mais prometteuse

L’épisode 27 illustre bien les limites de ce tome. La résolution de l’intrigue autour de la Kryptonite rouge arrive vite, peut-être trop vite. Certaines révélations, notamment autour de Marilyn Moonlight, manquent d’impact faute de temps. Pourtant, Superman : Dark Prophecy ne se conclut pas sur un goût amer. Les dernières pages rappellent le talent de Joshua Williamson pour installer de nouveaux enjeux et donner envie de lire la suite. On reste sur un entre-deux, entre frustration et excitation, avec le sentiment que cette histoire aurait gagné à s’étaler sur un épisode supplémentaire.

Une équipe artistique solide, malgré quelques secousses

Visuellement, Superman : Dark Prophecy reste très solide. Eddy Barrows et Eber Ferreria assurent l’essentiel, livrant un Superman parfois inquiétant, souvent impressionnant. Les changements de dessinateurs, avec Sean Izaakse notamment, sont plus discutables. Sur le papier, l’idée de distinguer certaines séquences fonctionne, mais à la lecture, les transitions peuvent sembler abruptes. Heureusement, le travail de Alejandro Sanchez à la couleur apporte une vraie cohérence d’ensemble. Ses jeux de contrastes, entre rouges agressifs et bleus plus apaisants, renforcent le propos émotionnel du récit.

Summer of Superman, une parenthèse lumineuse

À part du récit principal, Summer of Superman Special fonctionne comme une respiration bienvenue. Construit autour de trois époques de la vie de Superman, l’épisode célèbre l’essence du personnage. Mark Waid, Dan Slott et Joshua Williamson écrivent chacun une facette différente de Clark Kent, avec une vraie harmonie d’ensemble. Jorge Jimenez impressionne autant dans l’action que dans les scènes intimistes, et ce numéro rappelle pourquoi Superman reste un héros intemporel. Placé en début de tome, ce bonus éclaire Superman : Dark Prophecy sous un jour plus optimiste, presque réconfortant.

Superman : Dark Prophecy, un tome charnière mais imparfait

Ce tome 2 de Superman : Dark Prophecy marque une étape importante du run de Joshua Williamson. Il brille par ses thématiques, son traitement de Lex Luthor et sa volonté de pousser Superman dans ses retranchements. En revanche, son rythme inégal et certaines conclusions trop rapides empêchent l’ensemble d’atteindre l’excellence. Reste un album dense, ambitieux, parfois maladroit, mais essentiel pour comprendre l’évolution récente de l’Homme d’Acier. Une lecture recommandée, surtout si vous suivez cette série depuis le début, même si tout n’est pas parfaitement maitrisé.

Superman : Dark Prophecy tome 2 est un comics publié par Urban Comics. Il contient : Superman #24-27 + Summer of Superman #1




A propos Stéphane 803 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.