Avec Freddie l’Arrangeur, publié chez Delcourt, Garth Ennis s’attaque à un terrain qu’il connaît par cœur : les coulisses poisseuses du pouvoir. Cette fois, le décor est hollywoodien, mais peuplé de vampires, loups-garous et autres créatures peu fréquentables inspirées du cinéma. Le principe est simple et accrocheur. Quand les célébrités surnaturelles font des conneries, Freddie nettoie derrière elles. La question est donc double. Le concept tient-il sur la durée d’un one-shot ? Et cette satire horrifique apporte-t-elle autre chose qu’un enrobage trash ? Freddie l’Arrangeur promet un polar noir, mâtiné de fantastique, et surtout une plongée cynique dans un Hollywood prêt à tout pour sauver les apparences.

Freddie l’Arrangeur : le pitch d’un nettoyage surnaturel
Notre antihéros est un « fixer ». Un vrai. Celui qu’on appelle quand il faut faire disparaître un corps, une photo, ou une vérité trop dérangeante. Dans Freddie l’Arrangeur, ses clients ne sont pas de simples producteurs véreux, mais des monstres bien intégrés au système. L’affaire démarre avec la mort du Croquemitaine, star surnaturelle majeure de l’industrie du cinéma, retrouvée dans des circonstances embarrassantes : un certain objet de plaisir dans un endroit peu reluisant de son anatomie. Les studios veulent que tout soit étouffé, vite et proprement. Il accepte le job, évidemment. Son enquête l’emmène dans les bas-fonds d’un Los Angeles où vampires bdsm, dinosaures mystiques et créatures libidineuses cohabitent sans complexe. Le récit avance comme une journée de boulot qui dégénère, révélant peu à peu un monde où le vernis du glamour cache une corruption bien plus ancienne.

Garth Ennis en terrain connu, entre noir et satire
Difficile de ne pas reconnaître la patte de Garth Ennis dès les premières pages de Freddie l’Arrangeur. L’histoire fonctionne comme un condensé de ses obsessions. Le pouvoir, l’hypocrisie morale, et le rire grinçant face à l’horreur. Le scénario avance vite, parfois trop, mais l’efficacité prime. Ennis privilégie l’ambiance au mystère pur. L’enquête importe moins que le regard porté sur ce Hollywood monstrueux. Certains y verront un monde frustrant, tant l’univers semble appeler d’autres histoires. D’autres apprécieront ce côté tranche de vie, sale et amorale. L’humour est omniprésent, souvent sexuel, parfois appuyé, mais rarement gratuit. Freddie devient alors un guide cynique, lucide, coincé entre le dégoût et le pragmatisme.

Mike Perkins, l’atout visuel de Freddie l’Arrangeur
Le dessin de Mike Perkins est sans doute l’un des grands points forts de Freddie l’Arrangeur. Son trait réaliste, presque rugueux, ancre le fantastique dans un quotidien crédible. Los Angeles respire le soleil et la crasse, parfois dans la même case. Les créatures impressionnent sans jamais tomber dans le grotesque cartoon. Perkins soigne surtout les visages. Regards blasés, sourires malsains et expressions fatiguées : tout passe par là. La mise en scène reste lisible, très cinématographique, avec un vrai sens du cadrage. La couleur, signée Mike Spicer et Andy Troy, joue un rôle clé. Elle baigne l’horreur dans une lumière presque trop propre, renforçant le malaise. Le contraste fonctionne à merveille.

Freddie l’Arrangeur, un one-shot ouvre l’appétit
Au final, Freddie l’Arrangeur est un one-shot solide, imparfait mais accrocheur. Le récit privilégie l’atmosphère à la profondeur de l’intrigue, ce qui pourra frustrer certains lecteurs. On sent clairement un univers plus vaste derrière ces quarante pages. Et pourtant, l’ensemble se tient. Garh Ennis livre une satire efficace, portée par un personnage principal charismatique et un dessin impeccable. Freddie l’Arrangeur ne révolutionne rien, mais assume pleinement son mélange de polar noir, d’horreur et de comédie grinçante. C’est une lecture rapide, corrosive, et suffisamment riche pour rester en tête. On referme l’album avec une envie simple : revoir Freddie au boulot. Tout aussi si sale, si possible.

Freddie L’Arrangeur est un comics publié en France par Delcourt. Traduction : Jérôme Wicky. Il contient : Freddie the Fix.