Absolute Green Lantern tome 1 : Green Lantern bascule dans l’horreur cosmique

Absolute Green Lantern
Temps de lecture estimée : 4 min.

Avec Absolute Green Lantern, DC poursuit sa relecture radicale de ses mythologies fondatrices. Après Batman, Superman ou Wonder Woman, la ligne Absolute s’attaque à l’un de ses piliers cosmiques. Al Ewing et Jahnoy Lindsay ne se contentent pas de moderniser Green Lantern. Ils le déracinent. Ici, la lumière n’est plus un symbole rassurant. Elle juge, elle enferme, elle détruit. Ce premier tome d’Absolute Green Lantern pose donc plusieurs questions centrales. Que reste-t-il du mythe quand l’héroïsme disparaît ? Peut-on faire de Green Lantern un récit de science-fiction horrifique ? Et surtout, cette réinvention tient-elle sur les premiers épisodes ?

Absolute Green Lantern ou la SF horrifique avant le super-héros

Dès les premières pages, Absolute Green Lantern tranche avec la tradition super-héroïque. Al Ewing installe un climat d’étrangeté, presque oppressant. L’arrivée d’Abin Sur sur Terre n’a rien d’un passage de flambeau héroïque. Elle ressemble davantage à une invasion incompréhensible. Les extraterrestres ne sont plus des alliés. Ils sont réellement… extraterrestres. Leur langage échappe à l’humain, leurs intentions restent floues, et leur jugement tombe sans empathie. De fait, la série glisse rapidement vers l’horreur cosmique. Le lecteur n’est plus face à une épopée spatiale, mais devant un récit de contamination, d’enfermement et de peur diffuse.

Evergreen, huis clos et laboratoire narratif d’Absolute Green Lantern

Le choix d’Evergreen comme décor principal s’avère décisif. Cette petite ville encerclée par un dôme vert devient un véritable huis clos. Al Ewing y teste ses personnages, mais aussi le lecteur. Le récit avance par fragments, allers-retours temporels et révélations partielles. Pourtant, cette structure volontairement désorientante fonctionne. Elle installe une sensation d’inéluctable. Quelque chose de grave est arrivé, et tout le monde en porte la trace. En revanche, cette narration éclatée crée parfois une distance émotionnelle, car certains événements sont longuement commentés avant d’être montrés.

Hal Jordan : le cœur sombre d’Absolute Green Lantern

La plus grande surprise de ce tome reste sans doute Hal Jordan. Longtemps perçu comme un héros classique, il devient ici une figure tragique, rongée par une violence incontrôlable. Sa transformation liée à la Main Noire est le moteur émotionnel du récit. Al Ewing réactive des thèmes anciens, notamment l’ombre de Parallax, mais les pousse plus loin. Hal n’est plus seulement un héros déchu. Il devient un danger permanent. Cette incarnation brutale, presque monstrueuse, à la Akira, donne au personnage une épaisseur nouvelle. Mais, paradoxalement, elle déséquilibre parfois le récit, tant Hal capte l’attention.

Jo Mullein, héroïne désignée mais encore en retrait

Présentée comme le personnage central d’Absolute Green Lantern, Jo Mullein peine pourtant à s’imposer pleinement dans ce premier tome. Son passé, son rapport à la lumière et son statut d’« anomalie » sont fascinants. Cependant, elle passe souvent au second plan, notamment lors des longs retours en arrière consacrés à Hal. D’ailleurs, Jo devient parfois spectatrice de son propre récit. Malgré tout, les graines sont là. Son lien avec la notion de jugement et son rapport à l’action la placent au cœur des enjeux futurs.

John Stewart et la mythologie repensée d’Absolute Green Lantern

John Stewart joue ici un rôle plus conceptuel. Architecte, penseur, pédagogue malgré lui, il sert de guide dans la relecture mythologique opérée par Al Ewing. L’abandon du spectre émotionnel au profit de niveaux de lumière fondés sur l’action constitue l’un des choix les plus audacieux du tome. Qard, Rao, Sur, Aur. Quatre niveaux, quatre manières d’agir. Cette simplification apparente cache en réalité une réflexion morale plus complexe. Cependant, l’épisode 6 bascule parfois dans une exposition massive, au détriment de la tension horrifique installée précédemment.

Jahnoy Lindsay, une identité visuelle au service d’Absolute Green Lantern

Graphiquement, Absolute Green Lantern n’impressionne pas vraiment. Jahnoy Lindsay impose un style immédiatement reconnaissable, influencé par le manga et l’horreur graphique. Les corps se déforment, les visages expriment la peur, et la lumière devient une matière presque agressive. Le vert envahit les pages, écrase les décors, enferme les personnages. Certaines scènes d’affrontement atteignent une puissance visuelle rare. En revanche, quelques visages paraissent parfois inégaux, notamment en fin de tome. Rien de rédhibitoire, mais le contraste saute aux yeux.

Absolute Green Lantern, un tome 1 exigeant mais stimulant

Au final, ce premier tome d’Absolute Green Lantern se révèle déroutant mais tout à fait abouti. Al Ewing livre une œuvre dense, volontairement opaque, qui privilégie l’atmosphère et les idées aux réponses immédiates. Ce choix peut frustrer certains lecteurs. Pourtant, cette lenteur calculée nourrit une vraie ambition narrative, mais elle peine à aboutir. Malgré quelques déséquilibres, notamment dans la gestion de Jo Mullein et l’excès d’exposition finale, ce tome 1 pose des bases solides. Absolute Green Lantern ne cherche pas à rassurer. Il cherche à troubler. Et il y parvient souvent avec brio.

Absolute Green Lantern tome 1 est un comics publié en France par Urban Comics. Traduction : Benjamin Viette. Il contient : Absolute Green Lantern #1 à 6.




A propos Stéphane 818 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.