Exquisite Corpses n°2 : fini la mise en place, le carnage commence !

Exquisite Corpses 2 La Congrégation
Temps de lecture estimée : 4 min.

Avec ce n°2 du mensuel Exquisite Corpses, la série confirme qu’elle ne joue pas uniquement la carte du slasher spectaculaire. Après une mise en place déjà dérangeante, ces épisodes 2 et 3 densifient le dispositif et précisent les intentions. Qui sont vraiment les joueurs de ce jeu morbide ? Jusqu’où ira la cruauté sociale sous-jacente ? Et surtout, comment faire exister des personnages humains au milieu d’un carnage organisé ? Exquisite Corpses avance lentement, mais chaque pas compte. Ce deuxième numéro cherche moins à choquer frontalement qu’à installer une tension durable, presque insidieuse, qui colle à la peau du lecteur.

Exquisite Corpses et l’horreur comme spectacle de classe

L’un des éléments les plus marquants de Exquisite Corpses reste ce regard porté sur les ultra-riches qui observent les massacres à distance. Ces scènes dites « en coulisses » gagnent en importance dans ce numéro. Elles dévoilent des mécaniques de pouvoir, de domination et de pari qui rappellent que le véritable monstre n’est pas toujours celui qui tient le couteau. Ainsi, la violence devient un loisir, un jeu stratégique, parfois même une vengeance sociale. Cependant, la série évite le discours appuyé. Elle préfère suggérer, par petites touches, la déshumanisation totale de cette élite. De fait, chaque échange mondain renforce le malaise et donne au récit une portée plus large que le simple survival horrifique.

Une montée en tension maîtrisée, mais volontairement fragmentée

Ces deux épisodes accentuent la sensation de danger permanent sans chercher l’explosion immédiate. Exquisite Corpses assume un rythme haché, passant d’un point de vue à l’autre, parfois en quelques pages. Ce choix nourrit l’angoisse, car aucun personnage ne semble réellement à l’abri. Pourtant, cette fragmentation peut aussi frustrer. Certaines scènes s’arrêtent juste avant le choc attendu. D’autres esquissent une confrontation qui n’a pas encore lieu. Mais ce refus du spectaculaire immédiat sert le propos. La série préfère l’attente, le silence et l’idée que la mort peut surgir sans prévenir, presque hors champ.

Des tueurs grotesques, mais jamais caricaturaux

Le bestiaire d’Exquisite Corpses continue de s’étoffer avec des figures profondément dérangeantes. La Congrégation, notamment, impose une présence glaçante sans multiplier les démonstrations gore. Sa manière d’entrer en scène, presque banale, renforce l’horreur. En parallèle, les autres tueurs restent en arrière-plan, comme des menaces latentes. Ce traitement évite l’effet catalogue. Chaque assassin semble exister dans un cadre précis, avec une logique propre, même partielle. Ainsi, la violence devient imprévisible. Et surtout, elle refuse toute forme de glamour.

Les civils au cœur du dispositif narratif

L’épisode 3 marque un tournant important en recentrant le récit sur des personnages ordinaires, notamment les ambulanciers. Ce choix apporte une épaisseur émotionnelle bienvenue. Le travail sur les dialogues, signé Pornsak Pichetshote, installe rapidement une intimité crédible. On comprend leurs liens, leurs habitudes et leurs failles. Donc, quand la menace se précise, l’impact est bien plus fort. Cette humanisation contraste violemment avec le cynisme des élites. Elle rappelle qu’Exquisite Corpses ne parle pas seulement de tueurs, mais surtout de victimes invisibles, sacrifiées sans raison valable.

Une direction artistique au service du malaise

Graphiquement, le numéro impressionne par sa cohérence malgré la diversité des artistes. Les planches de Marianna Ignazzi privilégient un réalisme froid, avec une attention particulière aux visages et aux postures. Chaque regard compte. Chaque silence pèse. De son côté, Valentine De Landro apporte une intensité plus frontale, notamment dans les scènes hospitalières, où la violence explose enfin. L’ensemble reste parfaitement orchestré par Michael Walsh, dont la vision d’ensemble assure une unité visuelle forte. Malgré tout, certaines transitions graphiques peuvent surprendre.

Exquisite Corpses, une horreur qui s’installe dans la durée

Ce deuxième numéro confirme que Exquisite Corpses vise autre chose qu’un simple divertissement sanglant. La série prend son temps, parfois au risque de perdre les lecteurs les plus impatients. Mais cette lenteur relative permet d’installer une ambiance durable, presque suffocante. Les enjeux humains gagnent en clarté, tandis que le dispositif global devient plus lisible. Au final, ces épisodes 2 et 3 renforcent l’envie de continuer. Le malaise fonctionne. La cruauté dérange. Et la promesse d’un chaos à venir devient de plus en plus difficile à ignorer.

Conclusion : un numéro charnière pour Exquisite Corpses

Avec ce n°2, Exquisite Corpses consolide ses fondations. La série affine son discours social, approfondit ses personnages et assume un rythme exigeant. Tout n’est pas encore parfaitement équilibré. Certaines intrigues restent en suspens et la structure éclatée peut désarçonner. Mais l’ensemble dégage une vraie cohérence artistique et narrative. Surtout, la série prouve qu’elle sait faire peur autrement. Lentement. Froidement. Et parfois, silencieusement. Exquisite Corpses commence réellement à déployer tout son potentiel, et c’est à la fois excitant et profondément inconfortable.

Exquisite Corpses n°2 est comics publié en France par Urban Comics. Il contient : Exquisite Corpses #2-3




A propos La rédac' de Top Comics 88 Articles
La rédaction de Top Comics est composée de : Doop, JB, Ben Wawe, Fletcher Arrowsmith, Mad Monkey, Christophe Colin, Marc Cagnon et Stéphane Le Troëdec.