Relire Jinx aujourd’hui, publié chez Delcourt, c’est revenir au moment précis où Brian Michael Bendis a trouvé sa voix. Avant Marvel, avant Ultimate Spider-Man, avant les Avengers, il y avait ce polar indépendant, rugueux et bavard. Cette édition permet de mesurer ce que Jinx a apporté au comics noir moderne. Le récit tient-il toujours la route ? Le style si reconnaissable de Bendis résiste-t-il au temps ? Et surtout, cette chasse au trésor criminelle mérite-t-elle encore votre attention en 2026 ?

Jinx, la matrice du style Bendis
Dès les premières pages de Jinx, on reconnaît la marque de fabrique de Brian Michael Bendis. Les dialogues débordent. Les personnages parlent beaucoup. Parfois trop. Pourtant, en 1996, cette façon d’écrire sonnait comme une révolution. Les conversations semblent prises sur le vif, presque improvisées, et donnent une vraie texture aux scènes.
L’influence de Quentin Tarantino saute aux yeux. Cependant, Bendis ne copie pas, il adapte ce rythme au médium comics. Ainsi, il installe une atmosphère avant même de faire avancer l’intrigue. Ce choix crée une immersion forte, mais ralentit aussi le récit. De fait, Jinx privilégie souvent l’ambiance au détriment de l’efficacité narrative.

Une héroïne forte au cœur de Jinx
Jinx Alameda n’est pas une simple chasseuse de primes. Brian Michael Bendis construit un personnage marqué par un passé lourd. Son traumatisme façonne chaque décision. Pourtant, l’auteur évite le pathos appuyé. Il suggère plus qu’il n’explique.
Face à elle, David Gold (Goldfish) tente de quitter le crime. Columbia, lui, incarne le chaos permanent. Ce trio fonctionne remarquablement bien. Ainsi, Jinx devient autant une histoire de relations qu’un polar. Les tensions affectives nourrissent l’intrigue. En revanche, certains échanges s’étirent trop longtemps, ce qui dilue parfois l’impact émotionnel.

Un polar noir à la mécanique classique mais efficace
L’intrigue repose sur une idée simple. Deux personnages détiennent chacun une moitié d’information sur un magot volé. Ils ne se font pas confiance. L’un d’eux manque cruellement de jugeote. Sur le papier, le schéma paraît familier. Pourtant, Brian Michael Bendis réussit à maintenir l’intérêt.
Les rebondissements arrivent progressivement. Le récit multiplie les faux-semblants. Cependant, la structure souffre d’un manque de compression. Certaines scènes, brillantes isolément, freine la dynamique globale. Malgré tout, la tension dramatique finit par s’installer solidement.

Un dessin imparfait mais audacieux
Brian Michael Bendis assure aussi la partie graphique. Son trait reste fonctionnel. Il manque parfois de fluidité. Néanmoins, il compense par une mise en scène inventive. Les ombres épaisses rappellent Frank Miller. Les répétitions de cases accentuent certains moments clés.
Le style photo-réaliste crée une ambiance crédible. Cependant, certaines séquences deviennent confuses. L’ensemble dégage une vraie personnalité visuelle. On sent un auteur qui cherche encore son équilibre. Cette recherche donne à Jinx un charme brut que ses œuvres plus tardives ont parfois perdu.

Jinx face au temps : œuvre datée ou classique moderne ?
Relu aujourd’hui, Jinx surprend. Ce qui paraissait novateur est devenu courant. Brian Michael Bendis a influencé toute une génération. De fait, son approche dialoguée ne choque plus. Elle semble presque familière.
Certains passages paraissent trop indulgents envers eux-mêmes. Pourtant, la sincérité du projet emporte l’adhésion. L’énergie créative reste palpable. On voit naître un auteur majeur du comics américain. Et ça, ça n’a pas de prix pour un lecteur curieux.
Conclusion : faut-il lire Jinx en 2026 ?
Au final, Jinx n’est pas un polar parfait. Le rythme fluctue. Le dessin divise. Cependant, l’ensemble conserve une vraie force. Brian Michael Bendis y pose les bases de sa carrière. Cette édition Delcourt permet de redécouvrir un moment charnière du comics indépendant. Les amateurs de polar noir y trouveront un récit dense et bavard. Les fans de Bendis comprendront d’où vient son style. Ceux qui cherchent un thriller ultra tendu risquent d’être dérouté. Mais pour quiconque aime voir un auteur en pleine construction, Jinx reste une lecture importante.

Jinx est un comics publié en France par Delcourt. Traduction : Nick Meylaender. Il contient : Jinx The Essential Collection.