Together part d’une idée merveilleusement dégueulasse : et si un couple fusionnel finissait vraiment par fusionner ? Pas sur le plan symbolique, hein. Pas dans un joli montage avec coucher de soleil et chanson indie. Non, ici, on parle de corps qui se tordent, de membres qui obéissent mal, et de peaux qui semblent prêtes à signer un bail commun. Bref, le romantisme, mais avec un ostéopathe en PLS dans le fond de la salle. Le film de Michael Shanks suit Tim et Millie, un couple fatigué, installé dans cette zone grise où l’amour existe encore, mais où chacun regarde parfois l’autre comme un meuble hérité d’une tante pénible. Ensemble, ils partent vivre à la campagne. Bien sûr, dans un film d’horreur, quand un couple quitte la ville pour « repartir à zéro », on sait déjà que ça va mal se passer.
Tim et Millie déménagent avec leurs névroses dans les cartons
Le grand mérite de Together, c’est de ne pas attendre la première scène bizarre pour installer son malaise. Michael Shanks montre vite que Tim et Millie ne vont pas bien. Elle avance et lui stagne. Elle trouve un travail. Lui continue à courir derrière un rêve de rockstar qui ressemble de plus en plus à une vieille cassette coincée dans l’autoradio. Dave Franco, le frère de James, joue Tim avec ce qu’il faut de fragilité et de mollesse agaçante. On comprend sa détresse, mais on a aussi parfois envie de lui mettre des claques. Alison Brie (Community), elle, donne à Millie une énergie plus concrète, plus nerveuse. Pourtant, le film évite de transformer leur relation en simple procès conjugal. Personne ne porte entièrement le chapeau. Et c’est très bien, car les couples qui se cassent la figure n’ont pas toujours besoin d’un méchant. Souvent, ils ont juste besoin d’un déménagement.

Together, le body horror dans la peau
Évidemment, Together devient vraiment intéressant quand le malaise sentimental se transforme en catastrophe physique. Après un accident dans une grotte, le couple ramène quelque chose avec lui. Mauvaise idée. Très mauvaise idée même. Dans la vraie vie, on rapporte parfois un rhume après une randonnée. Dans Together, on rapporte plutôt un abonnement premium au body horror. Le film lorgne vers David Cronenberg et John Carpenter, sans jouer au petit malin qui cite ses classiques avec un panneau lumineux. Les corps se plient, se rapprochent, résistent, puis lâchent. Le résultat fonctionne, car Michael Shanks comprend une chose essentielle : l’horreur graphique n’a d’intérêt que si elle raconte quelque chose. Ici, chaque craquement devient une dispute. Chaque geste contrarié ressemble à une question intime. Où commence l’un ? Où finit l’autre ? Et surtout, o* est-ce qu’on a rangé la scie électrique ?

Alison Brie et Dave Franco donnent de la chair au cauchemar
Together repose beaucoup sur Alison Brie et Dave Franco. Bonne nouvelle, ils tiennent la baraque, même quand la baraque commence à sentir la cave humide et la décision fatale. Leur vraie relation de couple donne au film une tension assez particulière. On sent une familiarité dans les regards, les silences ou les agacements. Cette proximité nourrit vraiment le film. Les deux acteurs acceptent aussi la dimension très physique du projet. Ils se plient au dispositif avec un engagement assez réjouissant. Par moments, on imagine le tournage comme une séance de twister qui vrille. Damon Herriman, dans le rôle du voisin, apporte aussi une présence étrange. Il semble gentil, puis un peu trop gentil, puis franchement inquiétant. Bref, le genre de voisin qui donne envie de fermer ses rideaux, même en plein jour.

Michael Shanks réussit son film de couple malade
Pour un premier long métrage, Michael Shanks montre une belle précision. Together avance avec méthode, sans trop expliquer, mais sans perdre le spectateur dans un brouillard pseudo-mystique. Le film sait quand provoquer le rire, quand serrer la gorge, et quand sortir l’effet qui fait grimacer toute la rangée. C’est important, car le body horror peut vite basculer dans la foire aux prothèses. Ici, l’horreur reste liée au couple. Le fantastique ne tombe pas du ciel comme une enclume scénaristique. Il prolonge ce que Tim et Millie refusent de regarder en face. D’ailleurs, le film a parfois l’élégance de laisser planer une part de mystère. Il ne mâche pas tout. En revanche, il donne assez d’indices pour que le spectateur suive le jeu, même quand les articulations commencent à craquer.

Together amuse autant qu’il met franchement mal à l’aise
Together n’oublie jamais d’être drôle. Et heureusement, car son concept aurait pu devenir étouffant. Le film possède un humour noir assez savoureux, souvent placé au pire moment. Vous savez, ce rire gêné qui sort quand le cerveau refuse d’assumer ce que les yeux viennent de voir. Michael Shanks utilise cette gêne avec une vraie gourmandise. Certaines scènes tirent même vers la comédie romantique dégénérée. On pourrait presque vendre le film comme une histoire d’amour pour les gens qui trouvent les comédies Netflix trop propres. Pourtant, le rire ne désamorce pas tout. Il rend le malaise plus vicieux. On sourit, puis on se demande si l’on avait vraiment le droit. Au fond, Together fonctionne parce qu’il comprend que le couple peut être ridicule, tendre, pathétique ET terrifiant.

Un film malin, mais pas toujours totalement imprévisible
Together possède tout de même quelques limites. Son idée centrale frappe fort, mais le spectateur comprend assez vite où le film veut l’emmener. Michael Shanks construit bien son piège, cependant il ne cache pas toujours les charnières. Certains éléments arrivent avec une petite étiquette « attention, ceci servira plus tard ». Bon, ce n’est pas un crime. Le cinéma de genre adore ce genre de promesse mécanique. Malgré tout, quelques spectateurs risquent de devancer les révélations. Le film compense ce défaut par son énergie, ses acteurs et ses effets. Mais il perd parfois un peu de son effet de surprise en route. On aurait aimé que Together pousse encore plus loin certains aspects de sa mythologie. Pas pour tout expliquer, surtout pas. Juste pour donner au cauchemar une épaisseur supplémentaire. Là, parfois, on reste sur sa faim.

Together parle surtout de dépendance affective
Le vrai sujet de Together n’est pas la mutation. C’est la dépendance affective. Le film prend très au sérieux cette idée un peu effrayante : aimer quelqu’un, c’est aussi risquer de disparaître en lui. Dit comme ça, on dirait une phrase trouvée sur un mug vendu dans une boutique de développement personnel. Sauf que Michael Shanks en fait une image de cinéma concrète, organique et assez vicelarde. Tim et Millie ne savent plus comment exister séparément. Pourtant, ils ne savent pas davantage vivre ensemble. Voilà le piège. Leur couple devient une zone de tiraillement permanent. Ainsi, Together touche juste parce qu’il parle d’un truc banal avec des moyens franchement anormaux. Qui n’a jamais vu un couple rester collé par habitude, par peur, ou par confort ? Ici, le confort finit juste par faire très mal aux os. Et puis, Together donne aussi une connotation très concrètement douloureuse au mot « séparation »…
Together mérite-t-il votre soirée ?
Au final, Together s’impose comme une très bonne surprise horrifique. Le film de Michael Shanks mélange drame de couple, humour noir et body horror avec une belle assurance. Alison Brie et Dave Franco s’investissent pleinement, et leur duo donne au récit une chair très crédible. Oui, certaines ficelles se voient. Oui, le scénario pourrait encore creuser son lore. Mais l’ensemble tient debout, même quand ses personnages peinent à en faire autant. Surtout, Together rappelle une évidence que le cinéma d’horreur adore : les monstres les plus efficaces ne sortent pas toujours d’un cimetière, d’un vaisseau spatial ou d’un puits japonais. Parfois, ils dorment juste dans le même lit que vous. Charmant programme, n’est-ce pas ? Bref, si vous aimez le cinéma de genre qui mord là où ça gratte, vous pouvez y aller.
