Week-end de terreur chez Rimini : retour sur un anti-slasher qui divise encore

week-end de terreur (april fool's day) chez Remini Editions
Temps de lecture estimée : 6 min.

Week-end de terreur revient chez Rimini dans une édition combo Blu-ray/DVD qui sent bon la VHS du samedi soir, le vieux canapé familial et le piège un peu trop bien préparé. Sorti en 1986 sous le titre original April Fool’s Day, le film de Fred Walton se traîne une réputation étrange. Slasher ? Comédie noire ? Mystère à la Agatha Christie ? En réalité, il semble cocher toutes ces cases. La vraie question reste donc simple : Week-end de terreur mérite-t-il sa place dans votre vidéothèque, ou faut-il laisser cette farce horrifique de côté ?

Week-end de terreur : les 5 points essentiels à retenir

  • Week-end de terreur détourne les codes du slasher des années 80 avec un vrai sens du piège narratif. Le film joue avec les attentes du spectateur, surtout si celui-ci attend du sang par seaux entiers.
  • Fred Walton signe un anti-slasher plus malin que violent, porté par un scénario de Danilo Bach. L’ambiance compte davantage que le carnage, ce qui peut frustrer les amateurs de boucheries bien grasses.
  • Le casting donne beaucoup de charme au film, notamment Deborah Foreman, Amy Steel et Thomas F. Wilson. Les personnages restent assez attachants pour que le jeu de massacre fonctionne.
  • La fin divise encore les fans d’horreur. Certains y voient un coup de génie, d’autres un gros doigt d’honneur.
  • L’édition Rimini de Week-end de terreur soigne l’objet, avec un beau digipack, un livret de 24 pages et une introduction utile de Mylène Da Silva.

Week-end de terreur, ou le slasher qui refuse de faire comme les autres

Week-end de terreur commence de façon bien classique. Muffy St. John, jouée par Deborah Foreman, invite ses amis sur l’île familiale pour un week-end festif. Évidemment, tout sent déjà le traquenard à vingt mètres. Une bande de jeunes, une maison isolée, des blagues douteuses, un bateau qui ne passe pas toutes les dix minutes : le film coche la fiche technique du slasher des années 80. Pourtant, Fred Walton installe vite autre chose. Le réalisateur ne cherche pas seulement à empiler les cadavres. Il préfère regarder le spectateur dans les yeux, sourire gentiment, puis déplacer la chaise au moment où on s’assoit.

Fred Walton transforme la blague en mécanique de suspense

Fred Walton avait déjà signé Terreur sur la ligne en 1979, un thriller tendu comme un appel reçu à minuit. Avec Week-end de terreur, il choisit une voie plus joueuse, mais pas moins calculée. Le scénario de Danilo Bach repose sur une idée simple : chaque farce peut annoncer un meurtre, et chaque meurtre peut cacher une farce. Ainsi, le film avance sur une ligne fragile. On rit parfois, on doute souvent, et on se demande surtout qui tire les ficelles. Cette mécanique reste la grande force du film. Elle l’éloigne du slasher paresseux, celui qui balance un ado dans une grange avant de sortir la machette réglementaire.

Un anti-slasher qui a parfois payé son insolence

Le problème de Week-end de terreur tient aussi à sa meilleure idée. Le film promet une expérience de slasher, mais il refuse de livrer la marchandise attendue. En 1986, le public sort déjà de plusieurs années de Vendredi 13, de Freddy et de tueurs increvables. Beaucoup veulent du gore, des meurtres nets et un croquemitaine mémorable. Fred Walton, lui, préfère la fausse piste et le tour de passe-passe. Forcément, certains spectateurs ont dû avoir l’impression de commander un bon gros steak saignant et de recevoir une salade composée. Cependant, avec quarante ans de recul, cette frustration devient presque savoureuse. Week-end de terreur ressemble à un film qui se moque gentiment de nos réflexes de vieux fans d’horreur.

Deborah Foreman mène le bal avec un sourire inquiétant

Deborah Foreman donne au film son centre de gravité. Son personnage de Muffy possède une étrangeté parfaite, entre hôtesse trop gentille et amie qu’on n’aimerait pas contrarier. Elle peut sourire, puis glisser un malaise dans la pièce sans hausser la voix. En face, Amy Steel apporte une belle énergie de survivante, logique quand on se souvient de Vendredi 13, chapitre 2. Thomas F. Wilson, futur Biff Tannen dans Retour vers le futur, injecte aussi une présence immédiatement reconnaissable. Le reste de la bande, avec Clayton Rohner, Ken Olandt, Deborah Goodrich, Leah Pinsent, Griffin O’Neal et Jay Baker, fonctionne bien. D’ailleurs, ces personnages agaçent parfois, mais jamais assez pour plomber le jeu.

Week-end de terreur préfère le mystère au bain de sang

Les amateurs de tripaille peuvent passer leur chemin. Week-end de terreur reste relativement sage côté gore. Les effets spéciaux font le travail, mais le film ne cherche pas le choc frontal. Certaines têtes factices ont le charme fragile des accessoires d’époque. On y croit, puis on n’y croit plus, puis on accepte le contrat. En revanche, Charles Minsky filme assez bien les décors pour compenser cette retenue. La maison, les couloirs et l’île deviennent un plateau de Cluedo sous anxiolytiques. La lumière de jour complique la tension, pourtant le film parvient souvent à garder une atmosphère sournoise. Il ne vous agresse pas : il vous tapote l’épaule trop longtemps.

La musique de Charles Bernstein joue avec nos nerfs

Charles Bernstein compose une partition moins iconique que celle des Griffes de la nuit, mais parfaitement adaptée au projet. Sa musique possède un petit côté fête foraine hantée, comme si un automate ricanait dans une pièce voisine. Elle ne cherche pas toujours la grande montée d’angoisse. Elle préfère signaler que quelque chose cloche, sans dire quoi. De fait, cette approche colle bien à Week-end de terreur. Le film fonctionne comme une blague dont on entend le mécanisme, sans voir encore le coussin péteur sous le fauteuil. Ce n’est pas toujours spectaculaire, mais cela participe beaucoup au charme bizarre de l’ensemble.

Une fin qui sépare les joueurs des mauvais perdants

Impossible de parler de Week-end de terreur sans évoquer sa fin, même en évitant de tout déballer comme un sagouin. Le dernier mouvement du film décide presque de votre avis. Si vous acceptez le pacte, vous trouverez l’idée culottée. Si vous vouliez un vrai slasher classique, vous risquez de marmonner des choses peu catholiques devant votre écran. Le plus intéressant reste cette capacité à diviser. Fred Walton et Danilo Bach prennent le risque de retourner le film contre son propre public. Ainsi, Week-end de terreur devient un objet plus singulier que beaucoup de slashers plus sanglants, mais aussi plus interchangeables. La farce peut énerver, mais elle laisse une trace.

L’édition Rimini de Week-end de terreur soigne ses spectateurs

Cette réédition Rimini donne à Week-end de terreur un écrin très séduisant. Le digipack trois volets, protégé sous étui, reprend avec raison le visuel de l’affiche américaine originale. Franchement, elle enterre sans forcer l’ancien visuel français. Le blu-ray propose le film en Full HD 1920x1080p, au format 2.35 respecté, avec une durée cinéma d’environ 90 minutes. Côté son, l’édition offre la VOSTF en DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0 mono, ainsi que la VF d’époque en DTS-HD Master Audio 2.0 mono. Pour les vieux briscards attachés aux voix françaises d’exploitation, ce détail compte. Et oui, on a parfois des bonheurs simples.

Des bonus français courts, mais vraiment utiles

Rimini accompagne Week-end de terreur d’un livret illustré de 24 pages supervisé par Marc Toullec. Le contenu revient sur la genèse, la production, le tournage et la réception du film. Il s’appuie aussi sur des témoignages et des sources américaines solides, notamment autour de la fameuse scène de la vipère crotale. Les photos de plateau ajoutent une vraie valeur nostalgique. En complément, Mylène Da Silva (à retrouver sur Jumpscare) propose une présentation d’environ 12 minutes. Elle replace le film dans l’histoire du slasher américain, puis dans celle du slasher à tendance comique. Le débit va un peu vite, malheureusement, mais le fond complète bien le livret et évite le remplissage paresseux.

Week-end de terreur mérite-t-il votre soirée ?

Au final, Week-end de terreur reste un film à double fond. Il peut frustrer, surtout si vous venez chercher un festival de sang et de viscères. Malgré tout, il possède une identité rare. Fred Walton prend le slasher à contre-pied, Danilo Bach construit un jeu de dupes efficace, et Deborah Foreman donne au film son sourire le plus inquiétant. Cette édition Rimini renforce encore son intérêt, car elle respecte l’objet et replace le film dans son époque. Week-end de terreur n’est pas le plus sanglant des slashers des années 80. Il n’est pas non plus le plus effrayant. En revanche, il fait partie de ces petites anomalies qui vieillissent mieux que prévu !




A propos Stéphane 881 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.