Exquisite Corpses n°4 : un mensuel sanglant toujours aussi efficace

Exquisite Corpses n°4
Temps de lecture estimée : 6 min.

Le mensuel Exquisite Corpses arrive à son numéro 4 chez nous, avec les épisodes 6 et 7 de la série de James Tynion IV et Michael Walsh. Et autant le dire tout de suite : le concept ne ralentit pas. Au contraire, il prend un virage franchement plus nerveux. Halloween, tueurs en maraude, riches dégénérés vicieux, incendies qui encerclent la ville : tout le petit théâtre de l’horreur américaine se met à crépiter. Mais Exquisite Corpses tient-il encore la distance ? La série arrive-t-elle à rester lisible malgré son casting de psychopathes ? Et surtout, ce numéro confirme-t-il que le jeu de massacre a encore quelque chose dans le ventre ?

Exquisite Corpses transforme Halloween en tournée de l’horreur

Ce numéro 4 d’Exquisite Corpses commence avec une idée toute simple, donc redoutable : faire du porte-à-porte d’Halloween un piège ambulant. Sur le papier, on pourrait craindre le gadget saisonnier. Pourtant, James Tynion IV et Michael Walsh utilisent cette fête comme un accélérateur de malaise. Le décor est connu, presque rassurant. Des gamins, des costumes, des bonbons, des portes qui s’ouvrent. Puis la série rappelle que chaque seuil peut devenir une scène de crime. C’est bête comme une citrouille, mais ça marche. L’horreur vient précisément de cette banalité. Dans Exquisite Corpses, même la tradition familiale finit avec des traces sur le paillasson.

G4m3r Kid, le petit monstre qui flingue l’ambiance

Le passage consacré à G4m3r Kid donne au numéro sa première vraie colonne vertébrale. Ce tueur miniature, accompagné de son drone meurtrier, Calvin, pourrait vite devenir insupportable. Et il l’est, d’ailleurs. Mais c’est bien le but. Son langage de petit crétin surexcité, son absence totale d’empathie et son goût du carnage fabriquent un malaise très efficace. Tyler Boss resserre alors l’épisode autour d’un fil narratif clair, avec un début, une montée et une conclusion bien sale. En revanche, l’idée que personne n’entende vraiment les attaques du drone demande un petit effort de bonne volonté. On a connu plus discret qu’un gadget volant qui transforme les adultes en passoires. Malgré tout, la séquence garde une vraie force.

Gavin Fullerton donne à Exquisite Corpses une texture de vieille cassette maudite

La partie graphique signée Gavin Fullerton apporte énormément à l’ambiance. Son dessin installe une horreur rugueuse, presque sale, comme une vieille VHS retrouvée dans un carton humide. Les ombres grignotent les décors, les extérieurs paraissent toujours un peu trop vides, et chaque visage semble cacher une sale décision. Ainsi, le chapitre d’Halloween évite l’effet attraction de fête foraine. Il garde une étrangeté poisseuse. Quand G4m3r Kid perd patience, Gavin Fullerton durcit encore le trait. La poursuite qui suit devient sèche, tendue, presque désagréable. C’est exactement ce qu’on attend d’Exquisite Corpses : une série capable de vous faire sourire avant de vous coller un coup de couteau.

Le jeu reprend de la hauteur avec les riches qui regardent mourir les pauvres

Le grand plaisir pervers d’Exquisite Corpses, c’est aussi son public interne. Les ultra-riches observent la boucherie comme une émission premium pour sociopathes en peignoir. Ce numéro 4 revient régulièrement vers eux, et ces respirations rappellent l’enjeu global. Le massacre n’est pas seulement une succession de scènes choc. Il sert un jeu politique grotesque, où le prochain maître de l’Amérique peut se décider entre deux verres et trois paris sordides. Cependant, l’incendie qui encercle la ville change la dynamique. Le terrain se referme. Les règles s’emballent. Les organisateurs veulent accélérer la partie, car le chaos menace même leur petit confort. Et ça, forcément, c’est très satisfaisant à regarder.

Quand les tueurs d’Exquisite Corpses commencent à se rentrer dedans

L’épisode 7 pousse le curseur ailleurs, avec une tension plus frontale. The Lone Gunman et Fox Mask Killer s’affrontent dans une scène de combat lisible, brutale et étonnamment élégante. Lui avance comme un mur lancé à pleine vitesse. Elle frappe avec une précision plus nerveuse, presque féline. Le duel fonctionne car les deux personnages ont déjà accroché l’attention du lecteur. The Lone Gunman traîne son aura depuis le début. Fox Mask Killer, elle, intrigue de plus en plus, car la série lui laisse une forme de conscience. De fait, Exquisite Corpses gagne en épaisseur quand ses monstres cessent d’être de simples silhouettes cool. On commence à choisir son camp, et c’est embêtant. Très embêtant même.

Les épisodes 6 et 7 ne se contentent pas d’empiler les meurtres. Ils resserrent les enjeux, donnent plus de relief à certains tueurs et installent une vraie sensation d’emballement.

Pretty Boy prouve que tous les monstres ne jouent pas au même jeu

Pretty Boy devient l’une des bonnes surprises de ce numéro. Jusqu’ici, le personnage pouvait sembler trop passif, presque en retrait du grand carnaval sanglant. Ici, James Tynion IV et Michael Walsh expliquent mieux sa position. Il comprend que ce jeu sent l’arnaque, et surtout, il n’a pas envie de danser au rythme des autres psychopathes. Face à lui, Layla Blaze impose une énergie beaucoup plus dangereuse. Elle aime la mise à feu, la destruction et… le spectacle. Leur opposition rappelle une chose essentielle : Exquisite Corpses ne met pas tous ses tueurs dans le même sac poubelle. Certains veulent survivre. D’autres veulent briller. Les pires, évidemment, veulent faire les deux.

Exquisite Corpses accélère, mais laisse parfois le lecteur courir derrière

Ce numéro 4 confirme la grande qualité de la série : son rythme. Les scènes s’enchaînent vite, les points de vue reviennent juste assez pour entretenir la tension, et le danger grimpe avec l’incendie. Pourtant, cette efficacité a un revers. Certains apartés restent très courts. On sent que la série jongle avec beaucoup de personnages, de règles et de menaces (qui trouveront sans doute leur prolongement dans des séries annexes). Par moments, le lecteur aimerait souffler deux pages de plus avec certains protagonistes. Malheureusement, Exquisite Corpses préfère souvent relancer la machine plutôt que creuser chaque blessure. Ce n’est pas forcément un défaut majeur, car le plaisir de lecture reste immédiat. Mais cette densité peut donner l’impression d’un buffet sanglant où l’on goûte tout, sans toujours finir son assiette.

Un numéro 4 plus solide que propre sur lui

Ce mensuel Exquisite Corpses réussit donc un joli coup. Il mélange l’horreur d’Halloween, le duel entre tueurs, la satire sociale et le survival sous pression. Le tout conserve une vraie lisibilité, malgré un concept qui aurait pu partir dans tous les sens. Tyler Boss et Gavin Fullerton enrichissent la mécanique sans casser l’identité posée par James Tynion IV et Michael Walsh. En réalité, ce numéro donne surtout l’impression que la série arrive dans sa zone la plus dangereuse. Les tueurs se croisent, les riches paniquent un peu, et la ville brûle petit à petit.

Conclusion : Exquisite Corpses une série au suspense toujours aiguisé

Avec ce numéro 4, Exquisite Corpses confirme son statut de série d’horreur pop, cruelle et franchement efficace. Les épisodes 6 et 7 ne se contentent pas d’empiler les meurtres. Ils resserrent les enjeux, donnent plus de relief à certains tueurs et installent une vraie sensation d’emballement. Tout n’est pas parfait, notamment quand certaines scènes demandent d’avaler une grosse pilule de suspension d’incrédulité. Pourtant, l’ensemble reste diablement prenant. Pour les lecteurs qui aiment les concepts horrifiques high concept, les psychopathes stylisés et la critique sociale qui tâche le canapé, Exquisite Corpses continue de faire le boulot. Et même un peu plus. Ce numéro 4 confirme que le jeu entre dans une phase où personne ne vas sortir tout blanc.

Exquisite Corpses n°4 est un comics publié en France par Urban Comics. Il contient : Exquisite Corpses #6-7.




A propos Jet Pamplemousse 46 Articles
Au fin fond de l'Univers, à des années et des années-lumière de la Terre, Veille celle que le gouvernement intersidéral appelle, Quand il n'est plus capable de trouver une solution à ses problèmes, Quand il ne reste plus aucun espoir : Jet PAMPLEMOUSSE !