Silver Surfer : Requiem part d’une idée très simple, presque dangereuse : raconter les derniers jours de Norrin Radd. Oui, encore une histoire de super-héros condamné, encore un chant du cygne, encore un comic-book qui promet de broyer notre petit cœur de lecteur blasé. Sauf que cette fois, J. Michael Straczynski et Esad Ribic ne cherchent pas à nous vendre une grosse baston cosmique avec Galactus en arrière-plan. Ils signent plutôt une élégie. Une vraie. Alors, Silver Surfer : Requiem mérite-t-il sa réputation de récit bouleversant ? Le Surfer peut-il survivre à sa propre mort éditoriale ? Et surtout, peut-on lire ça sans avoir envie de regarder les étoiles en soupirant comme un poète sous Doliprane ? Réponse : pas vraiment.

Silver Surfer : Requiem ou une fin annoncée
Silver Surfer : Requiem commence par une mauvaise nouvelle. Le corps argenté de Norrin Radd se dégrade. Son enveloppe, pourtant façonnée par le pouvoir cosmique, ne tiendra plus très longtemps. Évidemment, Reed Richards et les grands cerveaux Marvel cherchent une solution. Pourtant, très vite, le récit prend une autre direction. J. Michael Straczynski ne raconte pas une course contre la montre médicale. Il raconte l’acceptation d’une fin. Et c’est là que l’album devient intéressant. Le Surfer ne hurle pas contre le destin. Il ne frappe pas des planètes pour se défouler. Il choisit plutôt de consacrer ses derniers instants aux autres. C’est beau, c’est noble, et ça pourrait être insupportablement pompeux. Heureusement, le scénariste tient la corde. Il frôle parfois le sermon cosmique, mais il reste du bon côté de la planche.

Un Silver Surfer plus humain que jamais
Le Silver Surfer a toujours eu un petit côté philosophe en slip métallique. Depuis Stan Lee et John Buscema, le personnage adore contempler l’humanité depuis les hauteurs, en se demandant pourquoi cette fichue espèce passe autant de temps à s’autodétruire. Ici, J. Michael Straczynski reprend cette veine, mais il évite de transformer Norrin Radd en distributeur automatique de grandes phrases. Le Surfer observe, bien sûr. Cependant, il agit aussi. Il offre à l’humanité un bref moment d’espoir, presque une respiration collective. On pourrait trouver ça naïf. D’ailleurs, on aurait presque envie de ricaner deux secondes. Puis l’émotion fonctionne. Parce que le récit assume sa sincérité. Dans un univers Marvel souvent occupé à relancer des events tous les quinze jours, voir un héros prendre le temps de dire adieu, ça fait un drôle d’effet.

J. Michael Straczynski évite le piège du pathos
Avec Silver Surfer : Requiem, J. Michael Straczynski aurait pu sortir les violons, les gros sanglots et les dialogues qui sentent la naphtaline métaphysique. Il en sort quelques-uns, soyons honnêtes. Mais l’ensemble reste étonnamment digne. Le scénariste préfère organiser un dernier voyage plutôt qu’une longue agonie. Ainsi, chaque rencontre permet d’éclairer une facette du personnage. Le Surfer apaise des conflits, inspire les hommes, et revient vers ceux qui ont compté. Forcément, l’ombre de La Mort de Captain Marvel plane sur l’album. On pense au récit de Jim Starlin, autre grand moment de deuil super-héroïque. Pourtant, Silver Surfer : Requiem possède sa propre musique. Plus contemplative. Plus lumineuse aussi. Et surtout moins tournée vers le passé. Norrin Radd ne fait pas ses cartons. Il continue d’avancer.

Une fable cosmique un peu courte
Le principal défaut de Silver Surfer : Requiem tient en 4 mots : on en voulait plus. Oui, je sais, c’est le genre de reproche qui ressemble à un compliment emballé dans du papier cadeau. Mais tout de même. La mini-série ne compte que 4 épisodes, et certains passages auraient mérité davantage d’espace. La transition vers le dernier acte paraît un poil rapide. On sent qu’une portion du voyage cosmique disparaît entre 2 chapitres. Ce n’est pas dramatique, car le récit reste fluide. En revanche, cette brièveté laisse une légère frustration. J. Michael Straczynski coupe toute intrigue secondaire inutile, ce qui donne un album très épuré. Malheureusement, cette épure prive aussi le lecteur de quelques respirations cosmique supplémentaires. Et quand on apprécie le voyage, on râle forcément en voyant la station finale arriver.

Esad Ribic transforme Silver Surfer : Requiem en tableau funéraire
Soyons clair : Esad Ribic porte une bonne partie de l’album sur ses épaules. Et quelles épaules, bon sang ! Son trait peint donne à Silver Surfer : Requiem une ampleur rare. Chaque apparition du Surfer semble flotter entre l’icône religieuse et la statue vivante. Les corps glissent, les visages se figent, les planètes respirent. D’ailleurs, certains plans donnent presque envie de poser le livre, juste pour laisser l’image infuser. Esad Ribic n’est pas toujours parfait sur les visages humains. Quelques expressions paraissent un peu raides, parfois légèrement étranges. Mais dès qu’il retourne vers l’espace, les créatures extraterrestres ou Galactus, tout s’illumine. Son Galactus final impose le respect. Le genre de présence qui rappelle que, chez Marvel, un homme violet avec un casque ridicule peut devenir majestueux avec le bon dessinateur. Et puis le format de la collection prestige permet de réellement profiter du trait du dessinateur.

Un récit Marvel Knights qui ose ralentir
Silver Surfer : Requiem vient de cette période où Marvel Knights permettait encore de raconter des histoires un peu à part. Pas forcément hors-sol, mais libérées du bruit habituel de la continuité. Ici, aucune obligation de préparer le prochain crossover. Aucun caméo ne vient vendre une série annexe. Et franchement, ça repose. L’album peut donc se concentrer sur son sujet : comment un être presque divin choisit de partir. Cette liberté donne au récit une élégance particulière. Bien sûr, certains lecteurs trouveront l’ensemble trop solennel. Les amateurs de mandales cosmiques resteront peut-être sur leur faim. Pourtant, ce calme fait toute la force du livre. Silver Surfer : Requiem n’a pas besoin d’exploser. Il préfère s’éteindre doucement. Et parfois, dans les comics, c’est presque révolutionnaire.

Silver Surfer : Requiem touche juste parce qu’il respecte son héros
Le plus beau dans Silver Surfer : Requiem, c’est peut-être son respect absolu pour Norrin Radd. J. Michael Straczynski ne cherche pas à déconstruire le personnage. Il ne lui colle pas une révélation douteuse sortie d’un tiroir moisi. Il prend simplement ce que le Surfer représente depuis toujours : la solitude, la compassion, la culpabilité, et la grandeur cosmique. Puis il pousse ces thèmes jusqu’au dernier souffle. De fait, l’album fonctionne autant comme une porte d’entrée que comme un adieu. Même un lecteur qui connaît peu le personnage peut comprendre l’essentiel. Norrin Radd a servi Galactus. Il a chuté. Il a aimé. Surtout, il a essayé de réparer quelque chose dans l’univers. Pas mal pour un gars qui se balade debout sur une planche de surf depuis 1966 !
Faut-il lire Silver Surfer : Requiem chez Panini Comics ?
Oui, il faut lire Silver Surfer : Requiem. Pas parce que c’est indispensable à la continuité Marvel. Justement, c’est presque l’inverse. Il faut le lire parce que l’album existe dans sa bulle, loin du vacarme éditorial, et parce qu’il ose raconter une fin avec pudeur. J. Michael Straczynski livre un récit parfois grandiloquent, mais sincère. Esad Ribic, lui, donne au Surfer une beauté funèbre absolument parfaite. Le tout forme une mini-série courte, dense, touchante, avec cette petite frustration qui accompagne les bons repas trop vite terminés. Au final, Silver Surfer : Requiem ressemble à une messe cosmique pour un héros impossible. Et franchement, si toutes les fins Marvel avaient cette classe, on accepterait peut-être mieux que personne ne reste mort très longtemps dans ces fichus comics.

Silver Surfer : Requiem est un comics en France par Panini Comics. Il contient : Silver Surfer : Requiem #1-4.