Absolute Wonder Woman, tome 2 : la meilleure série DC du moment ?

Absolute Wonder Woman tome 2
Temps de lecture estimée : 7 min.

Absolute Wonder Woman poursuit sa route chez Urban Comics avec un tome 2 qui regroupe les épisodes 6 à 14 de la série. Et autant le dire tout de suite, Kelly Thompson confirme ici qu’elle a très bien compris ce qui fait le sel de Diana. Oui, il y a des monstres, des dieux, des labyrinthes, des malédictions et des bastons qui sentent bon la mythologie sous stéroïdes. Mais surtout, il y a une héroïne qui pense, qui protège et qui doute. C’est précisément là que ce deuxième volume d’Absolute Wonder Woman devient passionnant.

Alors, est-ce que ce tome 2 tient la distance sur la longueur ? Est-ce que l’univers mythologique reste lisible sans perdre en ambition ? Est-ce que la galerie graphique, de Hayden Sherman à Mattia De Iulis puis Matías Bergara, garde le même niveau d’exigence ? Et surtout, est-ce qu’Absolute Wonder Woman mérite sa réputation de meilleur titre de la gamme Absolute ? Globalement, oui. Avec quelques réserves, bien sûr, parce qu’un album de 9 épisodes a forcément ses petites baisses de régime. Mais dans l’ensemble, Urban Comics tient ici un sacré morceau.

Absolute Wonder Woman impose une vision forte de Diana

La grande réussite de ce tome 2, c’est d’abord sa compréhension du personnage. Kelly Thompson n’écrit pas une Wonder Woman seulement définie par sa force. En réalité, elle la construit autour d’une qualité bien plus rare dans le comics de super-héros moderne : la compassion. Diana cogne, évidemment. Elle traverse des enfers, au sens presque littéral du terme. Pourtant, elle reste toujours animée par une logique de protection. Cette nuance change tout, car elle évite de transformer l’Amazone en simple guerrière badass.

Ainsi, Absolute Wonder Woman retrouve quelque chose que plusieurs versions récentes avaient un peu laissé de côté. On sent une héroïne capable de tendresse, d’intelligence et de fermeté dans le même mouvement. C’est bête à dire, mais voir Wonder Woman agir comme Wonder Woman, en 2026, ça devient presque rafraîchissant. Thompson lui rend un cœur, une voix et une densité morale. Rien que pour ça, ce tome mérite qu’on s’y attarde sérieusement.

La mythologie grecque nourrit vraiment le récit

Souvent, quand un comics vous promet de la mythologie grecque, il faut traduire par « on colle deux noms de dieux, trois colonnes cassées et roule ma poule ». Ici, heureusement, ce n’est pas le cas. Absolute Wonder Woman se sert de sa matière mythologique pour raconter quelque chose. Hadès, Perséphone, les Amazones, les monstres, les figures du labyrinthe, tout cela ne sert pas uniquement à faire joli ou à flatter le lecteur qui a retenu deux trucs de ses cours de collège.

Au contraire, Kelly Thompson digère cette matière pour la rendre fluide. C’est même une des grandes forces du volume. Le récit reste ample, mais il demeure lisible. D’ailleurs, le tome joue souvent sur des échos entre passé et présent, entre le conte et le traumatisme, entre la légende et l’expérience intime de Diana. Par moments, cela ralentit un peu la narration, surtout quand les flashbacks deviennent trop nombreux. Cependant, l’ensemble tient parce que ce travail mythologique donne une vraie personnalité à la série. On n’est pas dans du décorum en carton pâte. On est dans une vision.

Absolute Wonder Woman brille quand elle parle de filiation

Sous ses airs de gros comic-book épique, ce tome 2 parle beaucoup de mères, de transmission et d’éducation. Circe, Perséphone, les Amazones perdues, les figures tutélaires qui entourent Diana, tout cela compose un réseau affectif étonnamment riche. Le titre de l’arc en vo, « As My Mothers Made Me », ne ment pas. Cette Diana est littéralement façonnée par plusieurs héritages, parfois contradictoires, et c’est ce qui la rend attachante.

Cette idée de filiation fonctionne d’autant mieux qu’elle évite la lourdeur. Le livre ne plaque pas un gros message en gras fluo sur chaque page. Il laisse plutôt cette dimension remonter par petites touches. Une scène de dialogue, un souvenir, une manière de résoudre un conflit, un regard posé sur une alliée. De fait, le tome 2 d’Absolute Wonder Woman trouve souvent son émotion dans ces moments plus calmes. Ce n’est pas le genre de détail qui fait hurler les amateurs de bagarres, mais pour un lecteur, c’est du solide.

Le tome 2 alterne très bien l’intime et le spectaculaire

Ce qui frappe aussi dans ce volume, c’est sa capacité à changer d’échelle sans se vautrer. Un coup, la série vous parle d’une blessure intime ou d’un lien familial. Le coup d’après, elle vous balance une prison-labyrinthe, une créature mythique ou une baston de malade dans un décor qui ressemble à un cauchemar sous acide. Et le plus agaçant dans l’histoire, c’est que ça marche souvent très bien !

Cette alternance évite surtout l’effet tunnel. Certains épisodes servent de respiration, notamment autour de Gateway City ou dans le numéro 14, plus posé. D’autres misent sur l’action pure, comme la conclusion du troisième arc. Le résultat est donc assez varié pour tenir la lecture en recueil. C’est important, car plusieurs épisodes semblaient parfois un peu calibrés pour le recueil plutôt que pour la lecture mensuelle. Une fois regroupés, ils trouvent ici un meilleur rythme. Comme quoi, pour une fois, la logique du tome joue vraiment en faveur du comics.

Hayden Sherman donne une identité folle à Absolute Wonder Woman

Il faut bien parler de Hayden Sherman (Batman : Dark Patterns). Vraiment. Parce que si la série a une telle gueule, c’est aussi grâce à cet artiste. Son découpage, ses compositions de page, ses silhouettes déformées, ses cadrages agressifs, tout cela donne au titre une énergie peu commune. On sent une envie d’expérimenter, de tordre la mise en scène, de sortir du gaufrier. Et franchement, ça fait du bien.

Surtout, Hayden Sherman ne fait pas de l’expérimental pour faire joli dans un portfolio. Son style raconte quelque chose. Il donne à Diana une présence singulière, presque surnaturelle parfois, sans jamais lui retirer son humanité. Les monstres ont de la gueule, les divinités semblent immenses, les labyrinthes paraissent oppressants. Bref, Absolute Wonder Woman bénéficie d’une vraie identité graphique. Et dans une production super-héroïque où beaucoup d’albums finissent par se ressembler, c’est tout sauf un détail.

Les artistes invités enrichissent l’album

Sur ce genre de série, l’arrivée d’artistes invités peut vite sentir la rustine éditoriale. Le fameux moment où l’on fait semblant d’admirer « une variation intéressante » alors qu’en réalité on regrette juste le titulaire. Ici, surprise, ça fonctionne plutôt bien. Mattia De Iulis apporte une ambiance sombre, presque cinématographique, très adaptée à l’ouverture du tome avec Hadès et Perséphone. Quant à Matías Bergara, il signe des pages superbes, organiques, presque fiévreuses, qui collent très bien à la dimension plus mystique et plus étrange des épisodes 13 et 14.

Bien sûr, le choc visuel existe. On voit bien que chaque artiste a sa propre approche. Pourtant, le livre ne se disloque jamais complètement. Kelly Thompson garde une direction claire, et les dessinateurs invités accompagnent cette vision au lieu de la contredire. C’est assez rare pour être signalé. Le tome garde donc une cohérence d’ensemble, même quand il change de texture graphique. Et ça, franchement, c’est pas gagné d’avance dans le comics mainstream.

Les seconds rôles existent, mais ils restent parfois inégaux

Tout n’est pas parfait non plus, hein. Il y a quelques limites, et elles se voient surtout du côté du casting secondaire. Steve Trevor, par exemple, reste pour l’instant un peu flottant. Il n’est pas raté, mais il n’a pas encore l’épaisseur qu’on aimerait. D’autres personnages fonctionnent mieux par instant que sur la durée. Barbara, Docteure Poison, Veronica Cale, Io ou Ferdinand apportent des choses intéressantes, cependant tous ne bénéficient pas du même niveau de développement.

Ce déséquilibre n’abîme pas la lecture, mais il se sent. En réalité, le titre est tellement centré sur Diana que ses satellites ont parfois du mal à exister pleinement. D’un côté, ce n’est pas très grave. Mieux vaut une héroïne forte qu’un casting mou du genou. D’un autre côté, on attend quand même que les prochains tomes densifient un peu tout ce petit monde. Sinon, la série risque de dépendre presque uniquement de son personnage principal et de sa mythologie.

Quelques défauts de narration freinent parfois l’élan

Le principal reproche que l’on peut adresser à ce tome 2 concerne la narration. Kelly Thompson aime les retours en arrière, et parfois elle en abuse un peu. Certains flashbacks sont très beaux, très utiles, très bien sentis. D’autres coupent le rythme au moment où l’action présente aurait mérité davantage d’espace. Le problème n’est donc pas l’idée, mais bien la fréquence. À force de revenir au passé, le récit perd parfois un peu de sa morsure immédiate.

Autre réserve, certains dialogues peuvent se montrer un peu bavards, surtout vers la fin du volume. Rien de catastrophique, mais quelques scènes gagneraient à faire davantage confiance au dessin. Quand on a sous la main des artistes comme Hayden Sherman ou Matías Bergara, on peut laisser une image respirer sans lui coller trois cartouches de texte sur le dos. Cela dit, ces défauts restent mesurés. Ils agacent un peu, ils ne plombent jamais vraiment l’album.

Absolute Wonder Woman tome 2 confirme un des meilleurs titres DC du moment

Au final, ce tome 2 d’Absolute Wonder Woman confirme une chose très simple : cette série sait où elle va. Elle possède une vision nette de son héroïne, une vraie ambition visuelle et un rapport intelligent à la mythologie. Mieux encore, elle parvient à faire de Diana un personnage à la fois monumental et profondément humain. Mine de rien, ce n’est pas si fréquent. Beaucoup de comics savent écrire l’icône. Beaucoup moins savent écrire la femme derrière l’icône.

Alors oui, tout n’est pas impeccable. Quelques seconds rôles demandent encore à s’étoffer. Quelques dialogues auraient mérité un coup de taille-haie. Quelques flashbacks cassent un peu l’élan. Mais l’essentiel est ailleurs. Absolute Wonder Woman reste une lecture vive, habitée, souvent superbe et parfois même franchement grisant. Urban Comics tient donc ici un album qui rappelle pourquoi Wonder Woman peut être l’un des personnages les plus passionnants de DC quand elle tombe entre de bonnes mains. Et là, clairement, c’est arrivé.

Absolute Wonder Woman tome 2 est un comics publié en France par Urban Comics. Traduction : Benjamin Rivière. Il contient : Absolute Wonder Woman #6-14.




A propos Stéphane 855 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.