World War Hulk : une saga Hulk brutale, efficace et toujours spectaculaire (même en poche)

World War Hulk
Temps de lecture estimée : 6 min.

Il y a des comics qui arrivent avec la subtilité d’un parpaing balancé en pleine gueule. World War Hulk fait clairement partie de cette noble famille. Cette réédition Panini au format poche remet en circulation un gros morceau de Marvel des années 2000, une saga qui promet une chose très simple : Hulk revient sur Terre, Hulk est furieux, et quelqu’un va payer l’addition ! La vraie question, pourtant, n’est pas seulement de savoir si ça tape fort. Il faut aussi se demander si World War Hulk tient encore debout aujourd’hui, si l’émotion survit au vacarme, et si ce déluge de bastons vaut autre chose qu’un concours de mandales en en pleine tronche. Bonne nouvelle, la réponse est plutôt oui. Mauvaise nouvelle, ce n’est pas un oui totalement franc.

World War Hulk transforme Hulk en machine de guerre tragique

La grande réussite de World War Hulk, c’est d’abord Hulk. Greg Pak ne le traite pas comme une simple masse musculaire en colère. En réalité, il en fait une figure tragique, presque mythologique. Bruce Banner revient de Planète Hulk brisé, persuadé qu’on lui a pris sa paix, son peuple, son amour et jusqu’à son futur. Du coup, sa vengeance ne ressemble pas à un caprice de brute. Elle prend la forme d’un règlement de comptes nourri par la douleur. C’est là que le récit trouve sa vraie force. On peut trembler devant Hulk, mais on peut aussi le comprendre. Et ça change tout. D’un coup, les baffes ne servent plus seulement à faire trembler Manhattan. Elles racontent aussi la rage d’un homme qui estime avoir été trahi par les prétendus génies du camp super-héroïque.

Un concept ultra simple, mais diablement efficace

Parfois, les meilleures idées sont les plus brutales. Hulk contre tout le monde. Voilà. Pas besoin d’une usine à gaz cosmique, d’un multivers qui s’effondre ou d’un prophète venu du futur. World War Hulk repose sur une promesse limpide, et Greg Pak a l’intelligence de ne pas la diluer. Le récit attaque vite, avance vite, frappe vite. Ce sens de la ligne droite donne à l’ensemble une énergie très particulière. On a vraiment l’impression d’assister à un assaut. Hulk ne revient pas pour discuter autour d’un café tiède avec Tony Stark. Il débarque pour se venger de ceux qui l’ont exilé. Ainsi, chaque affrontement prend la forme d’un passage obligé, presque d’une sentence. C’est primaire, oui mais c’est aussi sacrément efficace.

Greg Pak donne un vrai poids moral à la colère de Hulk

Ce qui rend World War Hulk plus intéressant qu’un simple album de castagne, c’est le regard porté sur les héros Marvel. Tony Stark, Reed Richards, Docteur Strange et Flèche Noire ne passent pas exactement pour les types les plus fréquentables du quartier. Ils ont pris une décision au nom du bien commun, avec leur arrogance habituelle de cerveaux persuadés d’avoir toujours raison. Celle d’expédier Hulk à l’autre bout de l’univers. Et forcément, le comics s’amuse à présenter la facture. D’ailleurs, c’est assez réjouissant de voir ces grandes figures morales soudain ramenées à leurs propres compromissions. Greg Pak ne dit pas que Hulk a raison sur tout. En revanche, il montre très bien pourquoi la posture des soi-disant adultes responsables a quelque chose d’insupportable. Et franchement, voir Reed Richards ou Tony Stark découvrir que leurs plans parfaits ont eu de légères conséquences catastrophique, ça procure un petit plaisir pas très noble, mais bien réel.

John Romita Jr donne à World War Hulk une puissance de blockbuster

Visuellement, World War Hulk marche surtout grâce à John Romita Jr. Son dessin n’a jamais cherché la dentelle. Ici, c’est tant mieux. Il faut du lourd, du lisible, du nerveux, du monumental. Il livre exactement cela. Ses planches ont une vraie puissance. Les corps s’écrasent, les armures plient, les décors souffrent, et New York semble devenue une arène géante. Surtout, John Romita Jr sait vendre l’idée d’un Hulk au sommet de sa terreur. Chaque apparition du Titan de Jade respire la rage. Pourtant, il ne se contente pas de faire dans le fracas. Certaines compositions donnent aussi une vraie ampleur dramatique à la chute des héros. Bref, ce n’est pas du joli-joli au sens classique du terme. En revanche, c’est spectaculaire, cohérent et parfaitement adapté à ce grand cirque super-héroïque.

Le lien avec Planète Hulk renforce clairement la lecture

On peut lire World War Hulk sans avoir lu Planète Hulk qui, après une publication en poche il y a quelques mois, vient justement de ressortir en omnibus, . Le récit donne assez d’éléments pour comprendre l’essentiel. Malgré tout, il ne faut pas raconter d’histoires au lecteur. L’impact émotionnel n’est pas le même si l’on débarque ici sans bagage. Toute la rage de Hulk vient de ce qu’il a vécu auparavant. Son exil, son ascension sur Sakaar, son attachement à ce monde, puis son drame intime donnent à cette guerre une profondeur qu’on ressent mieux après lecture de Planète Hulk. Sans cet arrière-plan, certains lecteurs risquent de voir surtout un gros bonhomme vert casser des mâchoires avec application. Avec lui, on comprend davantage pourquoi cette colère déborde de partout. Autrement dit, World War Hulk se suffit à lui-même sur le plan narratif, mais il gagne beaucoup en intensité lorsqu’on connaît la tragédie qui le précède.

World War Hulk grise par son intensité, mais manque un peu de souffle

C’est là que l’album montre aussi ses limites. À force d’avancer comme une locomotive lancée à toute vitesse, World War Hulk oublie parfois de respirer. Tout va très fort, très vite, très frontalement. Le problème, c’est que cette surenchère finit par user un peu. Certains seconds rôles restent sous-exploités. Les « Liés en guerre », par exemple, dégagent une vraie classe, mais n’occupent pas toujours la place qu’ils mériteraient. De plus, plusieurs passages donnent le sentiment que l’on coche les affrontements attendus sans toujours prendre le temps d’en explorer toutes les conséquences. Le récit veut être un rouleau compresseur. Il réussit très bien cette mission. Cependant, il laisse aussi l’impression d’un final qui arrive vite, presque trop vite, comme si Marvel avait soudain regardé sa montre en disant : « bon, on remballe, les amis. »

Une saga spectaculaire, marquante, mais moins profonde qu’elle le croit

Il y a dans World War Hulk un côté énorme plaisir coupable. On sait très bien que tout cela est excessif. On voit bien les coutures du grand event Marvel calibré pour faire s’affronter des têtes d’affiche. Pourtant, ça fonctionne. Car Greg Pak trouve un bon équilibre entre la fureur spectaculaire et le drame intime. Tout n’est pas subtil, loin de là. Certaines facilités scénaristiques grincent un peu. L’absence de certains personnages majeurs se remarque aussi. Malgré tout, l’ensemble conserve une vraie force. Cette saga a du coffre, du rythme et une belle brutalité émotionnelle. Elle remet Hulk au centre du jeu avec une autorité impressionnante. Ce n’est peut-être pas le comics le plus profond de l’histoire de Marvel. En revanche, c’est l’un des plus solides quand il s’agit de rappeler qu’Hulk n’est jamais plus intéressant que lorsqu’on l’a poussé trop loin.

Faut-il acheter World War Hulk en poche chez Panini Comics ?

Oui, clairement, surtout si vous aimez le Hulk période Greg Pak. Cette réédition poche de World War Hulk offre un très bon point d’entrée vers une saga devenue importante dans l’histoire moderne du personnage. Ce n’est pas un chef-d’œuvre absolu, ni un miracle de finesse. En revanche, c’est un blockbuster super-héroïque mené avec sérieux, du nerf et une vraie colère au ventre. Le scénario sait rendre Hulk impressionnant sans le réduire à une bête. Les dessins de John Romita Jr cognent fort. L’ensemble se lit vite, presque trop vite, mais laisse malgré tout une trace. Au final, World War Hulk reste un très bon défouloir, un récit de vengeance musclé et une lecture franchement recommandable. Disons-le simplement : si vous avez envie de voir le Titan de Jade venir réclamer des comptes à tout l’univers Marvel, vous allez être servi !

World War Hulk est un comics publié en France par Panini Comics. Il contient : World War Hulk Prologue: World Breaker (2007) 1 et World War Hulk (2007) 1-5




A propos Stéphane 854 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.