Dans DC KO tome 1, Darkseid transforme l’univers DC Comics en tournoi apocalyptique

DC KO tome 1 urban comics
Temps de lecture estimée : 8 min.

Darkseid revient. La Terre brûle. Les héros DC se tapent dessus. Et un éditeur se frotte les mains en regardant le planning des tie-ins. Avec DC KO, Urban Comics publie le début d’un event qui promet du très lourd, au sens propre comme au sens figuré. Car ici, Scott Snyder, Javier Fernández, Joshua Williamson, Eddy Barrows, Eber Ferreira, Dan Mora, Tríona Farrell et quelques autres embarquent l’univers DC dans un grand tournoi à élimination directe.

La question est donc simple : DC KO est-il un vrai électrochoc pour l’univers DC, ou juste une nouvelle crise avec Darkseid, des morts provisoires et des cases qui explosent une fois de plus ? Les 8 épisodes de ce 1er tome donnent déjà quelques réponses. Autant dire qu’on a de quoi remplir le ring. Mais comme souvent avec les gros events DC, il faut trier entre le spectaculaire, l’indispensable, le dispensable et le « ah oui, encore ça ».

DC KO démarre fort, mais joue avec des mécaniques déjà bien connues

DC KO commence comme un bon vieux délire de comics super-héroïque sous stéroïdes. Darkseid attaque la Terre Prime, les héros se retrouvent dans une logique de battle royale, et tout le monde comprend vite que la situation sent le barbecue cosmique. Scott Snyder installe un concept simple : pour sauver la Terre, les héros doivent s’affronter, récupérer des artefacts, survivre aux arènes, puis atteindre le niveau supérieur. Oui, dit comme ça, on dirait une campagne de jeu de rôle écrite après trois cafés et une relecture de tous les events DC depuis 1985. Mais ça fonctionne.

Le 1er épisode reste cependant très bavard. Scott Snyder adore poser ses enjeux et ses règles, avec de grandes déclarations. On sent presque le tableau blanc derrière chaque scène. Pourtant, Javier Fernández apporte une vraie énergie visuelle. Certaines pages évoquent un plateau de jeu, avec des cases qui guident l’action comme des déplacements sur une carte. C’est malin, dynamique, et surtout très lisible. Dans un event où tout peut vite devenir un joyeux bazar, ce n’est pas rien.

Le 2e épisode corrige une bonne partie du problème. Là, le tournoi démarre vraiment. Les combats deviennent plus drôles, plus brutaux mais aussi plus absurdes. Guy Gardner se fait humilier par plus malin que lui. Le Joker utilise les pouvoirs de l’Atome d’une manière franchement dégueulasse. Starro revient pour embêter Lobo, ce qui prouve qu’un gros machin étoilé peut parfois avoir plus de bon sens qu’un mercenaire en cuir. Bref, DC KO assume enfin son côté jeu de baston cosmique.

Reste une réserve importante. L’ensemble ressemble beaucoup à des crises précédentes. On pense à Convergence, à Earth-2 : World’s End, mais aussi à cette vieille habitude DC de tout casser pour ensuite tout remettre à peu près en ordre. Scott Snyder le sait, d’ailleurs. Il s’amuse même avec cette fatigue des « crises ». Cependant, l’ironie ne suffit pas toujours à régler le problème. Pour que DC KO marque vraiment les esprits, il faudra autre chose qu’un gros Darkseid, des morts temporaires et Superman qui porte l’univers sur ses épaules. Même si, avouons-le, Superman a les épaules pour ça.

Titans transforme l’apocalypse en dernier tour de piste émouvant

Les épisodes Titans #28-29 prennent une direction plus intéressante qu’on pouvait le craindre. Au lieu de singer le tournoi principal, ils regardent ce qui se passe pendant que les grands noms jouent à « qui veut devenir le champion cosmique ». Et là, surprise : les Titans évacuent la Terre. Pas très glamour, certes. Mais quand Darkseid piétine les immeubles, il faut bien que quelqu’un s’occupe des civils.

Le 1er épisode ressemble presque à un adieu. Les personnages sentent que le monde bascule, et l’équipe se parle comme si elle vivait ses dernières heures ensemble. C’est un peu appuyé, parfois, mais l’émotion fonctionne. On retrouve cette idée très Titans : sauver les gens avant de sauver le concept abstrait de continuité DC. Cyborg participe au tournoi, tandis que les autres deviennent la dernière ligne de défense. De fait, la série trouve une place claire dans l’event.

Le 2e épisode ouvre davantage le jeu. Nightwing et Raven guident des réfugiés vers Gemworld. Starfire affronte Mamie Bonheur et ses Furies. Et surtout, une très bonne question surgit : quand on évacue une planète entière, que fait-on des super-vilains ? On les laisse griller avec les meubles ? On les embarque avec tout le monde ? Les Titans choisissent la 2e option, car ils restent les Titans. C’est beau, noble, et probablement catastrophique sur le plan administratif.

La réussite de ces épisodes tient à leur positionnement. Ils ne cherchent pas à voler la vedette à DC KO. Ils montrent plutôt les conséquences humaines de l’event. Malheureusement, tout va parfois un peu vite. On sent que la série doit courir derrière le grand barnum éditorial. Pourtant, les personnages gardent une vraie chaleur. Donna Troy, Roy Harper, Nightwing, Raven ou Starfire existent autrement que comme figurines posées autour du ring. Et dans un crossover, c’est déjà presque un exploit.

Superman sauve le tie-in avant de se faire rattraper par le mode exposition

Les épisodes Superman #31-32 illustrent parfaitement le problème classique des tie-ins. Le 1er épisode réussit à raconter quelque chose. Le 2e passe surtout son temps à préparer la suite. C’est le vieux piège du comics événementiel : au moment où l’histoire devient intéressante, quelqu’un vient installer une pancarte « rendez-vous dans le prochain numéro ». Merci bien, mais on était en train de lire, là.

Superman #31 fonctionne très bien parce que Joshua Williamson décale le centre de gravité. Superman est au cœur de DC KO, donc son propre titre s’intéresse surtout à Lois Lane. Très bonne idée. Lois n’est pas seulement « la femme de Superman », cette formule paresseuse qui donne envie de jeter un dictionnaire sur la table. Elle enquête, agit, ressent, doute, et rappelle que la mythologie de Clark Kent ne tient pas uniquement grâce aux muscles kryptoniens. Les moments intimes donnent du poids à l’apocalypse.

Eddy Barrows et Eber Ferreira livrent aussi un travail solide. Ils savent dessiner les grandes images, les combats massifs, la Forteresse de Solitude et les morceaux de bravoure. Mais ils réussissent surtout les scènes plus intimes. Alejandro Sánchez apporte des couleurs chaudes, parfois presque réconfortantes. Ce contraste marche très bien. Pendant que le monde s’effondre, quelques regards suffisent à rappeler pourquoi Superman se bat. Oui, c’est classique, mais parfois, le classique fonctionne parce qu’il est bien fait.

Superman #32, en revanche, peine davantage. Lex Luthor explique son plan, ce qui reste toujours un moment délicat. Un super-vilain qui détaille sa stratégie devant son ennemi, c’est un peu du archi-revu. L’épisode contient de bonnes idées, notamment autour de Lois redevenue Superwoman, de Superboy-Prime et d’une Légion des Super-Héros corrompue par Darkseid. Pourtant, tout paraît tassé dans un numéro qui prépare surtout les affrontements suivants.

Le dessin sauve beaucoup de choses. Eddy Barrows aime les grands coups, les poses iconiques et les images qui claquent. De son côté, Alejandro Sánchez baigne certaines pages dans une ambiance apocalyptique rouge et bleue très efficace. Mais le scénario donne parfois l’impression de patienter avant le vrai combat. Au final, ces épisodes restent utiles pour comprendre la place de Superman dans DC KO. Cependant, ils montrent aussi les limites du tie-in : quand l’event dicte trop fortement le tempo, la série régulière perd un peu de sa respiration.

Knightfight offre le meilleur argument de vente de ce tome 1

Avec DC K.O.: Knightfight #1-2, ce tome retrouve une vraie gourmandise de lecteur. Le concept est simple, donc très efficace : Batman affronte des versions futures de ses anciens Robin devenus Batman. Bruce Wayne contre Dick Grayson. Puis Bruce face à Jason Todd. Avouez que sur le papier, ça sent le produit dérivé un peu facile. Et pourtant, Joshua Williamson et Dan Mora en font l’un des morceaux les plus réjouissants de l’album.

Le 1er épisode oppose Bruce à un Dick Grayson devenu Batman. Pas Nightwing déguisé en chauve-souris. Un vrai Batman, mais plus lumineux, plus sain et ouvert. En face, Bruce se retrouve confronté à ce qu’il a construit sans toujours vouloir l’admettre. Dick incarne une réussite. Peut-être même la preuve que Batman peut exister sans obsession permanente, sans solitude toxique, sans se réveiller chaque matin avec la mâchoire serrée comme une porte blindée.

Joshua Williamson réussit très bien cette confrontation. Il ne détruit pas la relation entre Bruce et Dick pour fabriquer du drame. Il utilise leur histoire commune comme moteur. Le combat devient donc plus qu’un échange de coups. Il pose une question simple : que vaut le symbole Batman quand il passe à une autre génération ? Dan Mora, lui, déroule une belle partition graphique. Ses corps bougent, ses visages racontent, et ses pages donnent envie de ralentir la lecture. Tríona Farrell ajoute des couleurs vibrantes, avec un côté gothique électrique très séduisant.

Le 2e épisode bascule vers Jason Todd. Changement d’ambiance immédiat. La Gotham plus colorée de Dick cède la place à un monde noir, dur, presque monochrome, traversé par des éclats rouges. Dan Mora et Tríona Farrell différencient les univers avec une efficacité redoutable. Jason devient un Batman rouge, plus brutal, plus marqué par la douleur. Là encore, le concept fonctionne parce qu’il parle du symbole du costume, pas seulement de celui qui le porte.

Tout n’est pas parfait. Le 2e épisode va trop vite. La résolution autour de Dick manque d’espace, puis l’histoire saute presque aussitôt vers Jason. On aurait aimé respirer un peu. Un numéro par Robin aurait sans doute permis d’approfondir davantage chaque héritier. Malgré tout, Knightfight reste la meilleure surprise du tome. Ce n’est pas juste « Batman tape ses fils alternatifs ». C’est une réflexion musclée sur l’héritage, la transmission et les limites du contrôle selon Bruce Wayne. Avec des mandales, évidemment. On reste chez Batman, pas dans un colloque de sociologie.

DC KO tome 1 : un event généreux, parfois trop familier

Ce 1er tome de DC KO ressemble à un gros buffet de convention. Il y a du spectaculaire, du méta-commentaire, des bastons, du pathos, des tie-ins utiles, des passages un peu trop explicatifs, et Batman qui règle ses problèmes familiaux à coups de poings. En somme, c’est du DC pur jus. Parfois brillant. Parfois bavard. Souvent généreux. Rarement discret.

La série principale pose un concept fun, surtout quand elle assume son côté RPG et tournoi de catch cosmique. Les épisodes de Titans apportent une respiration bienvenue, car ils montrent ce que l’event provoque hors de l’arène. Superman réussit surtout son épisode centré sur Lois Lane, avant de se perdre un peu dans la mise en place. Quant à Knightfight, il s’impose comme le vrai bonus premium du volume, porté par un Dan Mora en grande forme.

Reste la grande question. DC KO va-t-il vraiment changer quelque chose ? Pour l’instant, difficile de le jurer. DC a déjà détruit son multivers, recollé son multivers, repeint son multivers, puis rangé son multivers dans un placard avant de le ressortir trois ans plus tard. On connaît la chanson. Pourtant, ce tome donne envie de lire la suite. Parce que l’énergie est là. Parce que les personnages sont bien utilisés. Et parce que voir Darkseid transformer la Terre en salle de boxe apocalyptique reste un plaisir coupable assez solide.

Au final, DC KO tome 1 ne révolutionne pas encore l’event DC. Mais il pose une base efficace, souvent fun, parfois émouvante, et franchement spectaculaire. Si la suite ose davantage, on pourrait tenir autre chose qu’une crise de plus. Si elle reste dans les rails, on aura au moins eu un bon gros tournoi super-héroïque avec des persos qui cognent. Ce qui, convenons-en, est déjà plus honnête qu’un reboot annoncé comme définitif pour 18 mois.




A propos Stéphane 863 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.