La première apparition de Supergirl dans les comics mérite clairement qu’on s’y attarde. En 65 ans d’existence, le mythe de Kara Zor-El s’est enrichi au point de rivaliser sans rougir avec celui de son illustre cousin. Aujourd’hui, la popularité de Supergirl n’a jamais été aussi élevée, et DC Comics lui témoigne enfin le respect qu’elle mérite, au point d’acter dans sa continuité qu’elle est parfois présentée comme plus puissante que Superman. Une reconnaissance tardive qui renforce encore ce paradoxe : Supergirl reste sans doute l’un des personnages les plus sous-estimés de tout l’univers DC.
Mais pour comprendre comment cette popularité a pu se construire sur la durée, il faut impérativement revenir à sa toute première apparition dans l’univers DC. Retracer les débuts de Supergirl permet de mesurer le chemin parcouru, et surtout de mieux comprendre comment l’identité et la nature de Kara Zor-El ont évoluées au fil de six décennies de récits.

Action Comics #252 (1959), la naissance officielle de Supergirl
La première apparition de Supergirl a lieu dans Action Comics #252, publié en 1959. L’épisode, intitulé « The Supergirl From Krypton ! », est écrit par Otto Binder et illustré par Al Plastino. Dès sa sortie, DC Comics veut marquer les esprits. Avant même d’ouvrir le comics ou de le feuilleter, le lecteur tombe nez à nez avec Supergirl, mise en avant en couverture, face à un Superman visiblement abasourdi. Le message est clair : il se passe quelque chose d’important.
Avec le recul, cette première apparition de Supergirl a forcément une saveur historique. Mais même à l’époque, DC insistait déjà sur l’événement. L’éditeur joue immédiatement la carte du mystère. Supergirl ne se contente pas de porter un costume proche de celui de Superman, elle partage aussi l’intégralité de ses pouvoirs. Elle vient de Krypton, elle arbore les couleurs de l’Homme d’Acier… et pourtant, une question demeure : est-elle une alliée ou une menace ? Ce simple doute suffit à créer une tension narrative efficace.

Une héroïne pensée comme un miroir fascinant de Superman
En 1959, Superman existe déjà depuis vingt-et-un ans. Son statut d’icône de la pop culture est solidement installé. Introduire une version féminine du personnage aurait pu sembler opportuniste. Pourtant, l’idée se révèle étonnamment fraîche. Supergirl n’est pas présentée comme une simple copie, mais comme une variation intrigante, capable de questionner la figure même de Superman. Cette approche donne immédiatement au personnage une singularité que beaucoup d’autres créations de l’époque n’ont jamais réussi à atteindre.
À noter que Action Comics #252 ne se contente pas d’introduire Supergirl. Le numéro marque aussi la première apparition de Metallo, futur pilier de la galerie de vilains de la Superman Family, dans l’histoire secondaire « The Menace of Metallo », écrite par Robert Bernstein et dessinée par Al Plastino. Un numéro décidément charnière dans l’histoire de DC Comics.

Les origines de Kara Zor-El, survivante de Krypton
Dans « The Supergirl From Krypton ! », Clark Kent perçoit le bruit lointain d’un vaisseau spatial s’écrasant sur Terre. En enquêtant, Superman découvre Kara Zor-El, qui affirme être une survivante de Krypton et porte déjà une version du costume de son cousin. Forcément déconcerté, Superman écoute son récit. Contrairement à ce qu’il croyait, une partie de Krypton aurait miraculeusement survécu à la destruction de la planète, avec ses rues, ses habitants et un scientifique nommé Zor-El.
Zor-El, profitant de cette seconde chance, fonde une famille avec son épouse et donne naissance à Kara. Mais un météore de kryptonite vient finalement condamner cette cité survivante. Pour sauver sa fille, Zor-El construit un vaisseau spatial et cherche un monde d’accueil. En observant la Terre et l’impact de Superman, il comprend que la gravité terrestre confère des pouvoirs extraordinaires aux Kryptoniens. Kara est alors envoyée sur Terre, vêtue d’un costume inspiré de celui de Superman, conçu par sa mère.

Une cousine, mais pas une colocataire
Submergé par ces révélations, Superman ressent surtout un immense soulagement : il n’est plus seul. En comparant leurs histoires familiales, Kara et Kal-El découvrent que leurs pères étaient frères, faisant d’eux des cousins. Mais Superman se heurte rapidement à un problème de taille. Accueillir Kara chez lui mettrait en péril son identité secrète. Il choisit donc une autre voie.
Superman promet de former Supergirl à devenir une véritable super-héroïne et l’aide à se construire une identité civile. À la fin de l’épisode, Kara devient officiellement Linda Lee, pensionnaire de l’orphelinat de Midvale. Une solution temporaire, mais lourde de conséquences pour la suite de son parcours.

Une évolution constante depuis sa première apparition
Depuis sa première apparition, Supergirl a connu autant d’évolutions que de costumes. Introduite comme une adolescente enthousiaste, lumineuse et profondément optimiste, elle conserve longtemps cette énergie juvénile, figée pendant des années dans un âge proche de la vingtaine. Mais les versions modernes du personnage montrent une Kara bien différente, marquée par ses expériences et par les pertes qu’elle a endurées. La naïveté des débuts laisse place à une héroïne plus dure, plus consciente du poids de son héritage.
Son origine elle-même a été ajustée au fil du temps. L’idée d’Argo City a fluctué selon les périodes, mais l’introduction de la dilatation temporelle a offert un twist particulièrement efficace. Kara devient alors la cousine aînée de Kal-El, restée figée dans l’espace tandis que Superman grandissait sur Terre. Ce détail change tout, apportant à Supergirl une profondeur émotionnelle et un conflit intérieur que Superman n’a jamais vraiment connu.

Supergirl aujourd’hui, une synthèse réussie
Dans l’univers DC contemporain, Supergirl est devenue une synthèse des meilleures versions du personnage. Cette maturité narrative s’illustre parfaitement dans Supergirl : Woman of Tomorrow, œuvre majeure qui met en scène une « Dernière Fille de Krypton » meurtrie par la perte de son peuple, mais toujours animée par une empathie et une force morale impressionnantes. Une Supergirl cabossée, mais jamais brisée.

Super-Girl, l’oubliée qui précède Kara Zor-El
Avant Kara Zor-El, il existe pourtant une autre Supergirl, aujourd’hui largement oubliée. En 1958, soit un an avant Action Comics #252, Super-Girl apparaît dans Superman #123, sous la plume de Otto Binder et les crayons de Dick Sprang, encrés par Stan Kaye. Cette Super-Girl n’est ni kryptonienne ni réelle. Elle est une création imaginaire de Jimmy Olsen, rendue possible grâce à un totem magique lui accordant trois vœux.
Jimmy souhaite offrir à Superman sa propre Super-Girl. Le résultat ressemble d’ailleurs étonnamment à la version définitive de Kara. Mais cette Super-Girl improvisée se révèle maladroite, causant plus de problèmes qu’elle n’en résout. Exposée à la kryptonite, elle disparaît lorsque Jimmy met fin à son existence pour abréger ses souffrances.

Une héroïne devenue incontournable
Aujourd’hui, le nom Supergirl est presque aussi prestigieux que celui de Superman. Kara Zor-El a évolué de manière à la fois radicale et subtile, sans jamais perdre ce qui fait son essence. Elle incarne les valeurs de Superman, enrichies par une expérience unique de Krypton et par une trajectoire plus douloureuse. Une complexité supplémentaire qui rend Supergirl profondément fascinante, et toujours plus indispensable à l’univers DC.