Black Cat tome 1 : Felicia Hardy sort les griffes chez Panini Comics

Black Cat tome 1
Temps de lecture estimée : 6 min.

Avec Black Cat, Panini Comics propose le premier tome d’une relance Marvel consacrée à Felicia Hardy, l’une des figures les plus ambiguës de l’univers Spider-Man. Voleuse, séductrice, acrobate, emmerdeuse professionnelle et parfois héroïne malgré elle, La Chatte Noire a souvent tourné autour de Peter Parker sans réussir à tenir durablement sa propre série. Alors, que vaut ce nouveau départ signé G. Willow Wilson et Gleb Melnikov ? Felicia Hardy peut-elle vraiment devenir une héroïne sans perdre ce qui la rend intéressante ? Et surtout, Marvel tient-il enfin la bonne formule pour faire exister la Chatte Noire autrement que comme « l’ex compliquée de Spider-Man » ? Bonne nouvelle : ce tome 1 de Black Cat répond plutôt bien à ces questions. Mieux encore, il le fait avec humour, rythme et une vraie fraîcheur.

Black Cat commence par une fuite, une blessure et une mauvaise idée

Le début de Black Cat démarre comme il faut : Felicia Hardy fuit la police après un cambriolage qui tourne mal. Elle cherche une planque, tombe sur le Lézard, encaisse plus que prévu, puis file chez l’Infirmière de Nuit pour se faire recoudre. Bref, une journée normale dans la vie d’une voleuse costumée chez Marvel. Pourtant, cette cavale déclenche autre chose. Felicia comprend que son ancien mode de vie lui rapporte surtout des ennuis, des coups et une réputation impossible à contrôler. Elle décide alors de tenter l’impensable : devenir une héroïne. Pas une héroïne modèle, évidemment. Pas Captain America avec un décolleté en fourrure blanche. Non, une héroïne à sa manière. C’est là que G. Willow Wilson trouve son angle : Black Cat ne change pas de peau. Elle essaie juste de choisir ce qu’elle veut faire de ses griffes.

G. Willow Wilson trouve le ton juste pour Felicia Hardy

Le plus gros atout de ce tome 1 tient dans l’écriture de G. Willow Wilson. La scénariste ne transforme pas Felicia Hardy en sainte patronne des bonnes actions. Elle comprend que Black Cat fonctionne parce qu’elle reste une contradiction ambulante. Felicia veut aider, mais elle aime voler. Elle veut prouver sa valeur, mais elle adore contourner les règles. Elle veut devenir meilleure, mais elle refuse de devenir quelqu’un d’autre. Du coup, le récit avance sur une ligne grise, bien plus intéressante qu’une simple rédemption en kit. G. Willow Wilson utilise aussi la rupture du quatrième mur, avec une Felicia qui interpelle parfois le lecteur. L’exercice pourrait vite devenir pénible. Pourtant, ici, ça passe, car cela colle à son tempérament. Elle cabotine, elle doute, elle fanfaronne, puis elle se prend le réel en pleine figure.

Black Cat fonctionne comme une comédie criminelle super-héroïque

Ce premier tome de Black Cat ressemble souvent à une comédie criminelle lancée à pleine vitesse. Felicia enquête sur des trafics, tombe sur des gangsters trop sûrs d’eux, croise Daredevil, Ms Marvel, Tombstone, l’Homme-Sable, le Lézard et même Mary Jane Watson. Dit comme ça, on pourrait craindre l’embouteillage Marvel habituel, avec guest-stars posées là pour rassurer le lecteur. Pourtant, G. Willow Wilson les utilise plutôt bien. Daredevil rappelle le poids moral de Hell’s Kitchen. Ms Marvel incarne une héroïne plus spontanément lumineuse. Tombstone, lui, représente le monde criminel qui refuse de laisser Felicia passer de l’autre côté. Chaque apparition renvoie donc Black Cat à son problème central : personne ne sait vraiment où la ranger. Et elle non plus, d’ailleurs. C’est précisément ce qui rend la série amusante.

Une héroïne coincée entre image publique et mauvaise réputation

Sous ses airs de friandise légère, Black Cat parle beaucoup de réputation. J. Jonah Jameson transforme Felicia en sujet médiatique. Internet s’emballe. Le public la range dans une case, puis dans une autre, avec la délicatesse habituelle d’une meute numérique sous caféine. G. Willow Wilson montre bien ce piège moderne : on peut vous acclamer un matin, puis vous traîner dans la boue le soir même. Felicia, ancienne voleuse devenue apprentie héroïne, subit ce grand cirque avec une lucidité assez réjouissante. Elle comprend que les héros vivent aussi sous surveillance. Sauf qu’elle, contrairement à Spider-Man, ne bénéficie pas du moindre capital sympathie. Pour beaucoup, elle restera toujours une criminelle en combinaison moulante. Et soyons honnêtes, ça ne l’aide pas vraiment devant un juge.

Tombstone donne à Black Cat un vrai conflit moral

Tombstone apporte au tome 1 son antagoniste le plus solide. Le boss de la pègre ne se contente pas de cogner, même s’il le fait très bien. Il questionne Felicia sur sa reconversion, son identité et ses motivations. Pourquoi veut-elle devenir une héroïne ? Pour réparer ? Pour briller ? Pour prouver quelque chose à Spider-Man ? Ou juste parce qu’elle en a assez d’être regardée comme un joli problème ambulant ? Ces échanges donnent au récit une épaisseur bienvenue. L’Homme-Sable, lui aussi, sert cette réflexion. Ancien vilain parfois rangé du bon côté, il rappelle que Marvel adore recycler ses criminels sans jamais vraiment leur offrir la paix. Ainsi, Black Cat ne raconte pas seulement une voleuse qui tape sur des voyous. Il raconte une femme qui cherche une place dans un monde qui préfère les étiquettes bien nettes.

Gleb Melnikov fait bondir Black Cat de case en case

Le dessin de Gleb Melnikov porte énormément la réussite de Black Cat. Son trait donne à Felicia Hardy une présence immédiate. Elle bouge, bondit, grimace, provoque, s’agace et séduit sans que l’artiste la réduise à une simple pin-up. Oui, Black Cat reste une héroïne visuellement glamour. Ce serait absurde de faire comme si ce n’était pas le cas. Mais Gleb Melnikov évite le racolage facile. Il préfère l’énergie, l’expression et le mouvement. Ses scènes d’action restent lisibles, nerveuses et souvent drôles. Il sait aussi donner de la gueule aux seconds rôles : Tombstone impose une masse inquiétante, le Lézard devient vraiment monstrueux, et l’Homme-Sable garde une présence physique convaincante. Brian Reber, aux couleurs, ajoute une vraie richesse visuelle.

Black Cat reste légère, mais jamais vide

Le principal reproche que l’on peut adresser à Black Cat, c’est son manque d’ambition apparente. Le récit avance vite, les intrigues restent simples, et certaines péripéties ressemblent presque à des prétextes pour faire rebondir Felicia vers la prochaine galère. Pourtant, cette légèreté fait aussi partie du charme. G. Willow Wilson ne cherche pas à faire de Black Cat une fresque métaphysique sur la criminalité costumée. Elle livre une série fun, vive, drôle, avec assez de fond pour ne pas donner l’impression de lire seulement du fun. On retrouve un peu l’énergie de ses meilleurs travaux sur Ms Marvel, mais avec une héroïne plus adulte, plus roublarde et plus abîmée aussi. En revanche, il faudra que la série se muscle si elle veut tenir sur la durée. Les précédents tentatives autour de Black Cat n’ont pas toujours survécu à leur premier coup de patte.

Black Cat trouve enfin une formule qui peut durer

Ce tome 1 donne surtout envie de croire à Black Cat. Marvel a déjà essayé plusieurs fois de faire de Felicia Hardy une tête d’affiche durable. Souvent, il manquait quelque chose : un ton, une direction, une raison de revenir. Ici, G. Willow Wilson et Gleb Melnikov trouvent une formule simple mais efficace. La Chatte Noire devient une héroïne de proximité, coincée entre cambriolage, justice, mafia, réseaux sociaux et vieilles casseroles sentimentales. Elle ne sauve pas le multivers. Elle tente déjà de sauver sa propre image, ce qui n’est pas rien. Ce tome se lit comme une sucrerie bien emballée, mais avec un petit goût acide qui reste sur la langue. Et franchement, dans le catalogue Marvel actuel, ce genre de petite surprise fait du bien. Beaucoup de bien, même.

Conclusion : Black Cat sort du lot avec panache

Au final, Black Cat tome 1 réussit son pari. G. Willow Wilson (Poison Ivy) comprend Felicia Hardy, ses contradictions et son potentiel comique. Gleb Melnikov lui offre une incarnation graphique dynamique, expressive et séduisante, sans tomber dans la facilité. Le récit reste léger, parfois trop simple, mais il compense par son rythme, son humour et son regard plutôt fin sur la réputation, la rédemption et les cases dans lesquelles on enferme les personnages. La Chatte Noire ne devient pas une héroïne parfaite. Heureusement. Elle devient une héroïne possible, bancale, maligne, un peu voleuse sur les bords, mais franchement attachante. Pour les lecteurs de Spider-Man, c’est une belle porte d’entrée. Pour les autres, c’est une petite série Marvel rafraîchissante. Et par les temps qui courent, chez la Maison des Idées, on ne va pas faire les difficiles…

Black Cat tome 1 est un comics publié en France par Panini Comics. Traduction : Benjamin Viette. Il contient : Black Cat #1-5.




A propos Stéphane 869 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.