Birds of Prey : Margot Robbie dans un (bad) girl power movie hystérique et caricatural

Birds of Prey Harley Quinn
(image © Warner Bros.)

Suite indirecte de Suicide Squad, tout juste mentionné, Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn a pour mission d’installer en solo le personnage de Margot Robbie tout en présentant d’autres héroïnes badass. Hélas, rien ne fonctionne vraiment dans un film hystérique au féminisme trop forcé. Explications.
■ par Stéphane Le Troëdec

 

Birds of Prey Harley Quinn
(image © Warner Bros.)

 

Harley Quinn s’est séparée de son amant et protecteur : le Joker. Seulement, elle doit faire face à des conséquences qu’elle n’avait pas anticipées. Maintenant qu’elle n’est plus sous la protection du Clown Prince du Crime, les criminels de Gotham City n’ont plus peur de régler leur compte. Car ces dernières années, la jeune femme s’est attirée la colère de pas mal de sales types. Dont Black Mask, un des barons du crime. Pour sauver sa peau, Harley Quinn se voit dans l’obligation de passer un marché avec l’ignoble individu : elle aura la vie sauve si elle récupère un diamant précieux (des codes bancaires donnant accès à une fortune sont gravés à l’intérieur). Sauf que le bijou est entre les mains de Cassandra Cain, une jeune pickpocket qui l’a avalé. C’est sans compter que la policière Renée Montoya est elle aussi sur le coup et qu’une mystérieuse justicière prénommée Huntress vient d’arriver en ville…

 

Birds of Prey Harley Quinn
(image © Warner Bros.)

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Un féminisme trop forcé

Avec Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn, la réalisatrice Cathy Yan annonçait clairement la volonté féministe de son projet. Plus précisément : démontrer que « les femmes veulent diriger des films d’action et que nous en sommes capables ». On lui répondra gentiment que les femmes n’ont (heureusement) pas attendu Birds of Prey pour prouver le savoir-faire féminin en la matière, Kathryn Bigelow en tête. Hélas, Cathy Yan échoue selon moi dans sa tentative en englobant tout le film dans une caricature. Les filles sont toutes de joyeuses copines qui viennent à bout des méchants mâles. Black Mask ? Un ignoble pervers arrachant la robe d’une jeune femme. Ses hommes de main ? Tous de dangereux sadiques patibulaires et musclés, Victor Zsasz en tête. Même l’ancien collègue de Renée Montoya est montée en grade en profitant du travail de la fliquette… Si on comprend l’envie d’émancipation féminine qui propulse le film, hélas sa réalisation pêche par un excès de caricatures en tout genre qui finalement pousse Birds of Prey à marquer contre son camp. On aurait apprécié un peu plus de nuances dans ce film où finalement le seul suspense est de savoir si Cassandra Cain réussira à défèquer le diamant qu’elle a avalé avant de se faire éventrer par les mafieux… Ami(e)s de la subtilité, bonsoir.

 

Birds of Prey Harley Quinn
(image © Warner Bros.)

 

Des ruptures d’ambiance gênantes

Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn souffre hélas d’un autre souci. À force d’hystériser chaque scène et de caricaturer toute idée, le film finit par devenir une espèce de montagnes russes épuisantes où on passe d’une scène atroce à des scènes girly. Ainsi, dans une scène éprouvante, Black Mask découpe le visage de ses victimes au rasoir. Pendant que, quelques minutes plus tard, Harley Quinn et Cassandra s’amusent en mode bonnes copines devant un dessin animé à la tv. Tout le film parait fonctionner sur ce rythme étrange, où d’un côté on essaie d’impressionner avec de la violence et de l’autre où on veut nous faire croire que les Birds of Prey et Harley Quinn sont de bonnes copines réunies pour une soirée morito.

 

Birds of Prey Harley Quinn
(image © Warner Bros.)

 

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secrets Harley Quinn
(image © DC Comics)

 

Des Birds of Prey… pas très présentes et mal traitées

Honnêtement, on s’en doutait un peu. Malgré son titre, Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn est principalement focalisé sur Margot Robbie qui occupe presque toutes les scènes. Pour faire simple, disons qu’on assiste à l’origin story des Birds of Prey racontée par Harley Quinn. Le groupe ne collabore réellement que dans la dernière partie du film et le temps d’un combat. Seulement voilà, avec peu de temps de présence à l’écran, difficile de s’y attacher. Black Canary s’en sort plutôt bien, si on excepte l’unique scène où elle utilise son cri, aux effets visuels limites. Huntress est moins bien lotie, avec un traitement caricatural voire humoristique qui lorgne, jusque dans le thème musical, vers la Uma Thurman de Kill Bill. Vraiment, il y a des scènes qui font peine à voir, dont une qui m’a fait penser à La Cité de la Peur, le film de Les Nuls. Sérieusement, hélas.

 

 

Des costumes ratés

Les visuels et les photos de promotion le suggéraient : le look et la garde-robe d’Harley Quinn sont entièrement revus. Vous aimiez le côté sexy du personnage ? Oubliez-le. Un pari audacieux et surprenant quand on sait la popularité du personnage. Les tenues de Harley sont donc bien celles qu’on aperçoit dans la promo… et rien d’autre (si on oublie un clin d’œil au t-shirt « Daddy’s Little Monster ») ! Pour les Birds of Prey, les choses fonctionnent différemment, puisqu’il y a tout à inventer. Huntress en fait hélas les frais, avec une tenue qui ne restera pas dans les annales, qui tient plus du mauvais cosplay qu’autre chose. Enfin, paradoxalement, Black Canary se trimbale un décolleté plongeant et un pantalon doré moulant pendant tout le film. Soyons franc : la série tv Les Anges de la Nuit/Birds of Prey proposait plus convaincant il y a presque 20 ans… Cela résume finalement tout le projet : on le contemple avec une gêne embarrassante en se disant que d’ici quelques années, Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn deviendra probablement au mieux une toute petite série B, au pire un nanar. ■

Birds of Prey Harley Quinn
(image © Warner Bros.)

 

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A propos Stéphane Le Troëdec 467 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.