Avec Superman Unlimited, Dan Slott débarque chez DC Comics avec l’ambition affichée de secouer le mythe. Tome 1 oblige, la série doit à la fois poser un nouveau statu quo, séduire les nouveaux lecteurs et rassurer les vieux routards du slip rouge. Pari risqué. Ce premier volume, qui rassemble les épisodes 1 à 6, interroge frontalement plusieurs piliers du personnage : que devient Superman dans un monde saturé de Kryptonite ? Quel sens a encore Clark Kent journaliste à l’heure de l’information mondialisée ? Et surtout, jusqu’où peut-on moderniser Superman sans le trahir ?
Un monde noyé sous la Kryptonite
Le point de départ de Superman Unlimited est aussi simple qu’efficace. Une gigantesque météorite de Kryptonite s’écrase sur Terre, bouleversant durablement l’équilibre du monde. Désormais, le minerai fatal à Superman se retrouve partout, entre les mains des criminels, des États et des idéologues. Metropolis n’est plus un havre de lumière, mais le centre d’un monde devenu hostile. Dan Slott utilise cette idée comme un accélérateur narratif, posant d’emblée un Superman affaibli, constamment sur la défensive, obligé de repenser sa place et ses méthodes.

Superman et Clark Kent, deux combats complémentaires
L’un des grands mérites de Superman Unlimited est de redonner une vraie importance au rôle de Clark Kent. Le Daily Planet change d’échelle et devient un réseau mondial, implanté jusque dans les coins les plus improbables de l’univers DC. Dan Slott s’amuse avec cette idée, parfois jusqu’à l’absurde, mais rappelle surtout une chose essentielle : Superman n’est pas seulement un poing volant. Clark Kent enquête, vérifie, démonte les infox et rappelle que la vérité reste une arme. Cet équilibre entre action et journalisme donne au récit une vraie colonne vertébrale, même quand l’intrigue s’emballe un peu.

Une galerie de seconds rôles bien exploitée
Plutôt que de rester focalisé sur Superman, Superman Unlimited élargit son regard. Jimmy Olsen, Lois Lane, Jon Kent et même Krypto trouvent chacun leur moment de lumière. L’épisode centré sur Krypto apporte une respiration bienvenue, à la fois touchante et chaotique, même si certains détours narratifs diluent son impact. Jimmy Olsen, souvent cantonné au rôle de faire-valoir, retrouve ici une vraie utilité émotionnelle. Dan Slott montre qu’il connaît cet univers et qu’il aime en explorer toutes les strates, parfois au risque de trop en faire. Et puis il y a régulièrement des clins d’œil a l’âge d’Argent, qui font toujours plaisir aux vieux lecteurs.

El Caldero, symbole d’un mythe qui se fissure
Le cœur thématique de ce tome reste sans doute El Caldero, le « royaume de la Kryptonite ». Cette nation bâtie autour du poison de Superman est une idée forte, presque politique. Dan Slott y explore l’ambiguïté du mythe : un peuple peut admirer Superman tout en incarnant ce qui peut le détruire. Le personnage d’Eduardo Castilho illustre bien cette tension, même si son évolution souffre d’un certain manque de finesse. À force de multiplier les twists, le scénario perd parfois en naturel, donnant l’impression de forcer artificiellement les enjeux.

Une débauche visuelle verte et inégale
Graphiquement, Superman Unlimited est globalement une réussite. Rafael Albuquerque impose un Superman majestueux, expressif et constamment en mouvement. Son trait fluide sublime aussi bien les scènes d’action que les moments plus intimes. Hélas, quelques « trous d’air » viennent gâcher la fête, que ce soit sur certains visages ou visuels. Marcelo Maiolo, à la couleur, transforme la kryptonite en motif visuel obsédant. Le vert envahit les pages, créant une atmosphère de menace permanente sans jamais étouffer la lisibilité. Les changements ponctuels de dessinateurs restent cohérents et bien intégrés à l’ensemble.

Trop d’idées, pas toujours assez de respiration
Le principal défaut de ce premier tome de Superman Unlimited tient dans sa densité. Dan Slott empile les concepts, les intrigues et les menaces à un rythme parfois étourdissant. Certains arcs auraient gagné à respirer davantage, voire à être étalés. La gestion des antagonistes manque parfois de clarté, et certaines apparitions, notamment celle de Lois Lane sur le terrain, semblent plus destinées à faire monter artificiellement la tension qu’à servir le récit. L’ensemble reste solide, mais un peu gourmand.
Superman Unlimited, un lancement ambitieux mais imparfait
Au final, Superman Unlimited tome 1 est une entrée en matière stimulante. Dan Slott propose une vision moderne, parfois audacieuse, parfois maladroite, mais toujours sincère de Superman. Le récit brille par ses idées, son respect du mythe et son équipe artistique impressionnante. C’est aussi un point d’entrée pour les nouveaux lecteurs, puisque ces histoires sont manifestement déconnectée du reste des aventures de l’Homme d’Acier (ainsi, les origines de Superman sont une nouvelle fois racontées). Malgré un trop-plein narratif et quelques facilités d’écriture, la série pose des bases intrigantes pour la suite. Un Superman affaibli, mais jamais dépassé, confronté à un monde qui doute plus que jamais de ses symboles.

Superman Unlimited tome 1 est un comics français publié par Urban Comics. Il contient : Superman Unlimited #1 à 6.