Maléfique : faut-il lire cette mini-série Disney Villains ?

Maléfique Disney Villains Maleficent Panini comics
Temps de lecture estimée : 4 min.

Bon. Soyons honnêtes deux minutes. Quand Panini annonce la sortie de Maléfique, adaptation française de Disney Villains, on lève un sourcil. On se dit : « Encore un produit dérivé pour capitaliser sur la nostalgie. » Et puis on feuillette. Et là… tiens donc.

Parce que cette Maléfique-là ne cherche pas à singer « La Belle au bois dormant ». Elle ne cherche pas non plus à refaire Angelina Jolie en papier glacé. Non. Soo Lee décide autre chose. Elle prend la Maîtresse du Mal, elle la met au centre, et elle nous regarde droit dans les yeux comme pour dire : « Et si c’étaient les princes, les vrais problèmes ? » La question devient intéressante. Voilà une approche pas banale…

Une Maléfique moins méchante… mais pas plus gentille

Ce qui frappe d’entrée, c’est le point de vue. Ici, Maléfique n’est pas la vilaine caricaturale qu’on adore huer. Elle défend un territoire : le sien. Elle protège sa forêt. Elle punit les intrus. Franchement, à sa place, vous feriez quoi ?

Les princes qui débarquent chez elle ont tous le même défaut : ils sont persuadés d’être légitimes. L’un veut sauver son frère (qui avait quand même tenté de voler un sceptre magique, détail qu’on oublie vite), l’autre vient réclamer justice, un troisième brandit son armure en croyant que ça suffit à impressionner. Résultat ? Ça tourne mal. Et bizarrement, on se surprend à soutenir la sorcière. Pas parce qu’elle est douce, mais parce qu’elle reste cohérente.

Soo Lee fait le pari du silence (et elle a bien raison)

Alors là, chapeau. Soo Lee signe le scénario et le dessin. Et surtout, elle réduit les dialogues à peau de chagrin. Moins de cent bulles sur certains épisodes. Oui, vous avez bien lu. Et ça fonctionne. Les planches respirent. Les ronces envahissent les cases. Les ombres mangent les personnages. La forêt devient presque organique. On est loin du bavardage super-héroïque habituel. Ici, on raconte avec des regards, des postures et des métamorphoses.

Le lettrage fait un boulot discret mais efficace. Rien ne déborde, ne parasite. Certaine bulles sont même transparentes. Franchement : c’est presque reposant. Tant qu’on y est, (petit) problème de traduction : elle refuse de traduire les « Caw ! » du corbeau de Maléfique par un « Croa ! » plus approprié (oui, les cris des animaux se traduisent, un corbeau ne croasse pas de la même manière aux E-U qu’en France). Rien de bien méchant.

Des transformations comme on les aime

On ne va pas se mentir. Si vous ouvrez un comics Maléfique, vous attendez du spectaculaire. Serpent géant ? Oui. Des félins ? Évidemment. Ronces assassines ? Bien sûr. Soo Lee s’amuse avec la mythologie. Mais elle ne copie pas le film. Les métamorphoses sont plus sauvages, plus organiques. Parfois presque brutales.

Le duel final est d’ailleurs un vrai moment fort. Deux antagonistes. Deux visions du pouvoir. Et une forêt qui s’embrase de vert. Bon, l’intrigue reste simple. Les adversaires s’enchaînent un peu sur le même modèle. On aurait aimé un poil plus de surprise narrative. Mais visuellement ? C’est un bonheur.

Diablo vole presque la vedette

Alors ça, je ne l’avais pas vu venir. Un épisode entier centré sur Diablo, le corbeau. Presque sans dialogues. Juste un affrontement animalier, brut, tendu. Et ça marche.

Pas d’anthropomorphisme lourdingue. Pas de clin d’œil appuyé. Juste un duel de survie. Soo Lee cadre ça comme un documentaire sauvage. On sent le vent dans les plumes. On sent les griffes qui accrochent. Franchement, cet épisode-là reste en tête. Comme quoi, parfois, il suffit de peu.

Tout n’est pas parfait (et tant mieux)

Bon. On ne va pas se raconter d’histoire non plus. Certaines poses sont un peu rigide. Quelques visages manquent de naturel. La méchante rit toute seule (« Muaaaahaaaah… ») dans son château. Et l’intrigue, on l’a dit, reste linéaire.

Mais voilà. Ce n’est pas un blockbuster. Ce n’est pas un crossover tapageur. C’est un conte sombre, simple et direct. Et surtout, cohérent. Pour une série estampillée Disney, c’est presque inattendu.

Conclusion : une Maléfique qui mérite le détour

Au final, cette version de Maléfique est une vraie surprise. Pas révolutionnaire. Pas parfaite. Mais sincère. Portée par une vision artistique forte. Les lecteurs attaché au classique animé pourraient être déroutés. Pourtant, ceux qui aiment les relectures graphiques ambitieuses y trouveront leur compte.

Et franchement ? Voir un univers Disney traité avec autant de personnalité, ça fait du bien. Moi, j’en redemande.

Maléfique est un comics publié en France par Panini Comics. Traduction : Laurent Laget. il contient : Disney Villains Maleficent volume 1 #1-5




A propos Stéphane 828 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.