Marvel, c’est fini… [En Vert Et Contre Tous n°37]

(image © Marvel Comics)

Pour la énième fois, Panini Comics propose une relance de ses revues et softcovers. Aussi il semble opportun de faire un récapitulatif sincère et honnête de la politique éditoriale de cet éditeur depuis plusieurs décennies, voire de casser certaines idées reçues. L’augmentation drastique des prix (de 7,50 € à 8,90 €) semble pour beaucoup annoncer la mort du kiosque. Faux : le kiosque est déjà mort depuis longtemps !
■ par Doop

 

Pleine page annonçant la fin de la publication des séries Marvel chez Semic. Quelques mois plus tard, Panini Comics reprendra la publication de Marvel en France.

 

Des prix tout à fait honnêtes… jusqu’en 2018

Le titre de ce billet d’humeur, « Marvel, c’est fini… », rappellera certainement des souvenirs bien douloureux aux vieux lecteurs. En effet, il s’agit de la phrase qui s’étalait sur toutes les 3e de couverture des magazines Semic de décembre 1996. « Marvel, c’est fini… » annonçait ainsi la perte des droits Marvel pour Semic. Internet n’existait quasiment pas à l’époque. Je crois que c’est dans l’émission Nulle Part Ailleurs sur Canal + que Jérôme Bonaldi, ou Frédéric Taddei, m’apprenait le retour de nos superhéros dans les kiosques un peu plus tard. Mais avant cette annonce salvatrice, vent de panique chez les lecteurs VF dont je faisais partie ! Comment lire nos comics Marvel préférés ? Lisant déjà un peu en VO, ça me gênait un peu moins que certains autres. Mais quand-même. À l’époque, la VO était un produit difficile à trouver et la VF était nettement moins chère. 24 francs avec une couverture glacée et un papier de bonne qualité. Vous allez me dire que comparer les prix n’a pas d’intérêt, qu’il y a eu l’inflation, etc… C’est pourquoi l’INSEE a mis au point un convertisseur actualisé chaque année, rapportant le prix d’un objet de l’époque à sa valeur actuelle, qui tient compte de tous ces phénomènes. Eh bien, avec ce convertisseur, on apprend que 24 francs de l’époque seraient équivalents à 4,91 €. Ce qui finalement n’est vraiment pas loin de ce qui se faisait à l’époque ! Jusqu’en juin 2017 le prix d’un magazine kiosque tournait autour de 4,90 € pour 4 épisodes. Il n’y a eu aucun abus de la part de Panini et c’est peut-être une 1re surprise pour certains détracteurs ! Ensuite il y a eu une augmentation substantielle (passage à 5,50 € donc 12 % d’augmentation) mais qui s’est accompagnée d’un changement de pagination de 96 à 128 pages. De fait, on ne peut pas critiquer Panini pour sa politique de prix kiosque. C’est à partir du fameux relaunch de 2018 que les prix ont commencé à flamber, avec un passage à 6,50 € une baisse de la pagination et un nouveau format, disponible uniquement dans les rayons librairie. On ne va pas revenir sur les raisons qui ont poussé l’éditeur à proposer ce changement, nous les avons déjà développées dans un précédent article sur Top Comics. Ce qui est nettement plus inexplicable, ce sont les augmentations brutales à 7,50 € puis à 8,90 € en à peu près moins d’un an et demi. Mais encore une fois, c’était à prévoir.

 

Un aperçu de la nouvelle gamme de softcovers prévues pour 2020 (image © Marvel Comics, Panini Comics)

 

Le kiosque est déjà mort

Il est très difficile de parler à la place de l’éditeur Panini. Je n’ai aucune idée des chiffres de vente ni même des contrats qui lient Panini à Marvel. Mais on peut quand-même émettre quelques hypothèses. Lors de ce relaunch, un peu comme tout le monde, j’avais trouvé la communication de Panini un peu tirée par les cheveux. La fameuse phrase « Non, le kiosque ne s’arrête pas » ressemblait plus à un vœu pieux qu’à la réalité, même si nous avons été l’un des 1er  sites à la relayer. On se doutait bien que cela risquait d’être la croix et la bannière pour trouver ces fameux magazines, surtout dans les endroits peu desservis par la presse. Ce n’est qu’un exemple, certes, mais pour moi impossible de trouver des exemplaires de ces fameux softcovers dans ma ville de 30 000 habitants. À mon sens, c’est en juillet 2018 que le kiosque est véritablement « mort ». Nous n’avons, pour la plupart d’entre nous, juste pas voulu y croire. Je pense que mécaniquement le nombre de lecteurs a alors diminué. Et que Panini s’est alors retrouvé dans une spirale infernale. Moins de lecteurs implique une perte du chiffre d’affaires qui ne peut alors être compensé que par une augmentation du prix, qui va encore faire perdre des lecteurs et ainsi de suite. À voir combien de temps ce nouveau relaunch va tenir. À mon avis pas très longtemps. Je pense que Panini n’avait à l’époque pas d’autre choix, mais que l’éditeur a pris une très mauvaise décision. Il a coupé les comics kiosque de sa base et s’est attiré un bad buzz immédiat, même si la plupart avaient arrêté en grande partie les achats de ce type. Ce passage aux softcovers était un peu la chronique d’une mort annoncée, même si finalement Panini n’y pouvait pas grand-chose. On ne peut toutefois pas les dédouaner de plusieurs erreurs qui risquent de s’avérer compliquées pour la suite.

 

Marvel Icons, un bel exemple de longévité ! Ici, le dernier numéro de la 1re version du magazine
Couverture du 69e et dernier numéro de Marvel Icons (1re version) : un bel exemple de longévité dans le catalogue des revues Panini Comics ! (image © Marvel Comics, Panini Comics)

 

Trop de relaunchs tue le relaunch

Je ne peux m’empêcher de penser aux nombre de relaunchs que nous a proposé Panini depuis plusieurs années. Encore une fois, c’est facile de le dire avec du recul et je n’ai pas les informations, mais je pense que la multiplication des nouvelles formules a complètement écœuré certains lecteurs. Impossible de suivre certaines séries, baladées d’un magazine à l’autre d’une année sur l’autre. J’ai certainement tort mais il aurait peut-être été judicieux de conserver un magazine stable sur plusieurs années. Marvel Icons (vol 1) y est bien arrivé avec 69 numéros et un sommaire toujours stable (Captain America, Iron Man, Avengers, Fantastic Four), relaunché ensuite pour une quinzaine de numéros. Puis, tout a été chamboulé et rapatrié dans des revues qui n’ont, à partir de ce moment-là, jamais duré plus de 12 numéros. En fait, c’est à partir de 2012 que l’on est entré directement dans l’ère des relaunchs à tout va, que ce soit lors d’un changement de cap de Marvel USA ou non. Je ne peux m’empêcher de penser qu’un magazine stable aurait eu plus de succès sur le long terme que des revues lancées en fonction du succès des films. Surtout que le manque de communication a été flagrant. C’est le plus gros reproche que j’ai à faire à l’éditeur. Cela a été à mon sens très préjudiciable au niveau de ses ventes. Jamais de raisons, toujours des poncifs du style « on fait ça parce que c’est mieux pour vous, parce que cela va stabiliser la ligne ». Sincèrement, la communication de Panini pour chacun de ses changements de formule pouvait faire penser à celle d’un ministre de l’éducation vantant ses nouvelles réformes que personne ne comprend mais dont on nous assure qu’elles seront bénéfiques pour tous. Et puis, n’a-t-on pas tendance à trop en faire ? Après tout, le kiosque a laissé sa place à la librairie. Encore va-t-il falloir relever le défi pour Panini.

 

2e aperçu des softcovers prévus début 2020 chez Panini Comics (image © Marvel Comics, Panini Comics)

 

La librairie : une évidence

La disparition du kiosque est une évolution inévitable. Les anciens lecteurs pourront toujours râler sur le fait d’attirer des lecteurs avec des petits prix. Ou se rappeler ces moments de leur enfance où ils ont découvert Strange chez leur marchand de journaux. Mais, concrètement, ce modèle économique n’a plus sa place en 2019. Sinon cela fonctionnerait encore ! À quoi est-ce dû ? Aucune idée. La presse ne fonctionne plus, le nombre de points de vente s’est réduit comme peau de chagrin, les coûts de distribution ont explosé. Quand on pense que même les grands journaux ont du mal à survivre en kiosque, forcément les marchés de niche comme les comics n’ont aucune chance. D’ailleurs Urban Comics ne fait pas mieux. Maintenant, la librairie semble être la seule solution, mais il va falloir que Panini Comics ne reste pas à la traîne ! Il suffit d’entrer dans une librairie lambda pour se rendre compte que les comics mis en avant ne sont pas ceux de Marvel. Urban Comics et Delcourt sont quasiment toujours en têtes de rayon, alors que leur catalogue est historiquement moins porteur. Alors oui, Panini Comics n’a pas la même force de frappe que les 2 autres sur le marché librairie. Mais il est là depuis plus de 20 ans quand même et il possède les personnages les plus porteurs. Il va falloir que l’éditeur fasse de réels efforts sur ce créneau, booster ses représentants afin de pouvoir affirmer tout son potentiel. C’est en tout cas tout le bonheur qu’on lui souhaite. Pour lui, mais aussi pour tous les lecteurs VF. ■

 




A propos Doop 260 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.