Die, tome 1 : réussite critique pour Kieron Gillen et Stéphanie Hans !

Die Kieron Gillen Stephanie Hans
(image © Image Comics, Panini Comics)

Avec Die, Kieron Gillen et Stephanie Hans délivrent un comics original et intelligent qui s’amuse à déconstruire le jeu de rôle avec brio. Le tout en développant un univers très fort et des thématiques riches. On n’en attendait pas forcément autant d’un comics de fantasy. Avec une offre de lancement à 10 €, difficile de ne pas résister au souffle de l’aventure…
■ par Stéphane Le Troëdec

 

Die Kieron Gillen Stephanie Hans
(image © Image Comics, Panini Comics)

 

Un après-midi d’anniversaire de 1991, 5 ados rôlistes se réunissent chez un ami pour jouer à une partie de jeu de rôle. Une partie spéciale puisque c’est une création originale du maître de jeu. Personne ne peut encore imaginer qu’ils vont tous les 6 disparaître pendant 2 ans. Sans aucune explication, les 5 joueurs ressurgissent à plusieurs kilomètres de là, dans une forêt, hébétés, pour l’une d’eux mutilée, et mutiques quant au destin de leur ami maître de jeu. Impossible de savoir ce qui lui est arrivé. 25 ans plus tard, les 5 « survivants » ont connu des destins divers, mais aucun ne parvient à totalement oublier ce qui s’est passé. Ils reçoivent alors une mystérieuse invitation : un colis contenant un dé de jeu de rôle. Les 5 vieux amis se réunissent, prennent des nouvelles les uns des autres quand ils sont projetés dans un univers parallèle. Sur cette planète (en forme de dé à 20 faces), ils s’incarnent dans leurs personnages de jeu de rôle. Pendant 25 ans, leur ami maître de jeu est resté coincé dans cet univers : les 5 joueurs vont maintenant tout faire pour le retrouver et le secourir. Mais à quel prix ?

 

Die Kieron Gillen Stephanie Hans
(image © Image Comics, Panini Comics)

 

Une réflexion sur les jeux de rôle et les univers virtuels

Dès la couverture, Die donne le ton. Vous vous demandez ce que peut bien être ce logo géométrique qui accompagne le titre ? Il s’agit d’un dé à 20 faces déplié, tout simplement. Comme une note d’intention : Die « déplie », déconstruit le jeu de rôle et plus précisément notre rapport aux mondes imaginaires et à la fantasy. Mais ici pas de pensum pompeux : Kieron Gillen n’oublie pas d’écrire une aventure distrayante et originale. Ce qui ne l’empêche pas de s’amuser à détourner les stéréotypes chers aux rôlistes. Les classes de personnages ? Il les déforme, les réinvente pour qu’on nous surprendre. Comprenez qu’il y a bien les sempiternels guerriers, magiciens, prêtres ou voleurs de Donjons & Dragons, mais que leurs capacités ne sont pas nécessairement celles que vous attendez. Ah, il y a aussi des combos, si, si. Et la fameuse auberge avec des nains qui boivent de la bière ? Elle y est. La mission qui déboule sur une quête de longue haleine ? Aussi. Mais tout cela, Kieron Gillen le malaxe et le restitue dans un récit passionnant.

 

Die Kieron Gillen Stephanie Hans
(image © Image Comics, Panini Comics)

 

Un univers hors normes et riche

Pour être tout à fait honnête, en ouvrant Die, je craignais avoir affaire à un énième univers de fantasy, tout ce qu’il y a de classique. Grosse erreur ! Dans Die, Kireon Gillen et Stéphanie Hans imaginent un monde de fantasy qui ne ressemble à aucun autre, tout en utilisant des idées, des stéréotypes et en les détournant. Oui, c’est tout le principe de leur travail. Le monde de Die fait penser à un monde composite, dans lequel on croise des hobbits à pieds velues qui se livre à une guerre des tranchées dans une ambiance guerres du début du 20e siècle. Ce côté hétéroclite fait de Die une œuvre unique, qui me rappelle aussi la saga du Champion Éternel de Mickael Moorcock. Un autre aspect notable de Die, c’est le « ping pong narratif » entre les ados qui jouaient au jeu de rôle et les adultes qu’ils sont devenus. Kieron Gillen l’a comparé au roman Ça de Stephen King. La référence peut sembler étonnante à 1re vue, mais à bien y réfléchir il y a bien de Ça. Pas de manière aussi directe, mais Kieron Gillen creuse l’idée de ces personnages qui ont évolué. Regarde qui tu étais et ce que tu es devenu. Comme si le jeu offrait à chacun un miroir dans lequel s’observer. Au risque que ce qu’on y découvre ne plaise pas toujours…

 

Die Kieron Gillen Stephanie Hans
(image © Image Comics, Panini Comics)

 

Une ambiance graphique pertinente et originale

Évidemment, la richesse et la profondeur de Die ne s’appuie pas uniquement sur l’intrigue et ses personnages. Les dessins de Stéphanie Hans y sont bien sûr aussi pour beaucoup. Traditionnellement, les jeux de rôle ont pour tradition de s’appuyer aussi sur de sublimes illustrations. Les dessins ont toujours eu une puissante force d’évocation pour les joueurs. Les vieux rôlistes se souviendront du travail de Brom sur l’univers de la gamme Dark Sun ou Larry Elmore sur DragonLance, parmi tant d’autres. Pour être crédible, Die se devait d’avoir une patte graphique forte, et ce défi, Stéphanie Hans le relève haut la main. Avec un style « peint », parfaitement dans le ton, elle installe une puissance visuelle phénoménale. L’univers de Die trouve immédiatement une identité bien à elle, originale et épique, rappelant par petites touches les classiques du jeu de rôle. Le tout avec une personnalité bien affirmée.

 

Die Kieron Gillen Stephanie Hans
(image © Image Comics, Panini Comics)

 

Du Sourire du Dragon à une allégorie sur l’isolement

Dans les excellents bonus regroupés en fin d’album, Kieron Gillen raconte la genèse de Die. Le concept lui vient du Sourire du Dragon, adaptation en dessin animée du jeu de rôle Donjons & Dragons. Dans Le Sourire du Dragon, un groupe d’enfants sont piégés dans un univers fantastique et dans le corps de leurs avatars de jeu. Le dessin animé n’a jamais eu de fin. Et Kieron Gillen de se demander : mais que deviennent-ils, ces enfants ? Sont-ils rentrés chez eux ? Ont-ils grandi dans ce monde de fantasy, piégés dans leurs avatars ? Die reprend cette idée, la pousse dans des retranchements étonnants et puissants. Et s’interroge donc, par allégorie, sur nos rapports avec les univers virtuels dans lesquels nous échappons à la banalité du quotidien, et qui deviennent parfois un problème pour certains joueurs. ■

Die Kieron Gillen Stephanie Hans
(image © Image Comics, Panini Comics)

Die est un comics publié en France chez Panini Comics. Il contient : Die n°1 à 5.




A propos Stéphane Le Troëdec 467 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.