Strikeforce : Morituri, une série Marvel Comics au ton très particulier

strikeforce morituri
(image : © Marvel Comics)

Strikeforce : Morituri est une série régulière publiée dans les années 80 par Marvel Comics. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que dès les 1ers épisodes le ton est assez différent des productions superhéroïques de l’époque. Assez morbide, sans vraiment de concessions mais pas exempte de défauts non plus, Strikeforce : Morituri reste encore de nos jours une curiosité inédite en France.
■ par Doop

 

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(image : © Marvel Comics)

Ceux qui vont mourir…

Le monde est en danger. Depuis plusieurs années, l’humanité croule sous les assauts de la Horde, une race extraterrestre particulièrement belliqueuse qui n’hésite pas à mettre une pression psychologique et militaire sur les résistants. Une de leurs marottes : faire tomber sur les villes une pluie constituée des têtes et des corps démembrés de leurs opposants. Trop puissants, trop armés, la Terre n’a aucune chance face à ces monstres. Enfin… presque. Un scientifique, le docteur Tuolema a mis au point un processus, le protocole Morituri qui permet d’obtenir des pouvoirs extraordinaires qui devraient assurer aux humains les moyens de se défendre. Malheureusement, cette expérience a deux points faibles, et pas des moindres. Premièrement, les pouvoirs obtenus sont totalement aléatoires. On a autant de chances de se retrouver avec une super-force, une super-agilité, la possibilité de lancer des rafales de plasma que de pouvoir changer la couleur d’une fleur ! Autre faiblesse de taille : le processus est si contraignant et l’énergie déployée tellement élevée que la personne qui possède ces pouvoirs est assurée d’une mort certaine et imprévisible dans l’année qui vient ! Il faut donc être fou, suicidaire, revanchard ou tout simplement en manque de notoriété pour accepter d’entrer dans le groupe et de partir en fumée sans savoir quand. C’est pourtant le cas d’Harold Everson, un jeune homme passionné de comics qui place le salut de l’humanité avant le sien. Membre de la 2ème escouade des Morituri, on suit donc son intégration puis son parcours ainsi que celui de ses 5 autres compagnons. Alors que le docteur Tuolema est à la recherche d’un vaccin qui devrait éviter la mort certaine, le commandement de la force d’élite des Morituri, dirigé par l’armée, semble avoir d’autres plans pour l’équipe. Au gré des disparitions soudaines et des sacrifices héroïques face à la horde, ce premier volume contient les 13 premiers épisodes de la série régulière.

 

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(image : © Marvel Comics)

Tu aimes les films de gladiateurs ?

Pour ceux qui l’auraient raté, Morituri fait référence au serment prêté par les gladiateurs avant de s’affronter dans l’arène : Ave Cesar, Morituri te salutant (Avé César, ceux qui vont mourir te saluent). Même si on ne peut pas vraiment parler de combats antiques mais plutôt d’un bon récit de science-fiction, Strikeforce Morituri se singularise un peu par sa volonté de proposer une approche un peu plus réaliste que d’habitude. Le scénariste Peter B. Gillis, connu pour ses passages sur les Micronautes ou encore les Defenders, est à son meilleur niveau quand il détaille les préoccupations bien trop humaines de chacun de ces 6 soldats. Devenus immédiatement célèbres, les membres de Strikeforce : Morituri doivent non seulement gérer les effets de leur nouvelle notoriété tout en apprenant à maîtriser leurs pouvoirs et à résister à un commandement qui ne veut en faire que de la chair à canon. Les personnages sont vraiment bien décrits, avec parfois une approche très originale, comme celui de Jelene (Adept), très croyante et qui a le pouvoir d’analyser n’importe quel objet pour en trouver un antidote. J’ai aussi beaucoup apprécié le personnage d’Aline, qui peut dissoudre n’importe quelle matière et dont la naïveté est très touchante. Tombée amoureuse très rapidement, on ressent particulièrement bien le fait que sa toute 1ère histoire d’amour est, de fait, vouée à une mort certaine. Si la caractérisation et le drame humain sont particulièrement réussi, toutes les parties contenant de l’action pure et dure sont assez classiques et, il faut l’admettre, un peu répétitives. En fait, Strikeforce : Morituri me fait grandement penser à une 1ère ébauche de X-Force/X-Statix. Même si le côté cynique de Peter Milligan n’apparaît pas ici, une équipe où les membres tombent les uns après les autres et ont des préoccupations réelles, avec un mentor pas si clair que ça peut en tout cas y faire penser.

 

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(image : © Marvel Comics)

 

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(image © IDW)

Brent Anderson, Whilce Portaccio, Scott Williams

Graphiquement, c’est Brent Anderson qui tient les rênes de la série. Et en toute franchise, ce n’est pas son meilleur travail. Ce ne sont pourtant pas les débuts de ce dessinateur fantastique qui avait déjà dans son escarcelle la série régulière Ka-Zar ainsi que le récit Dieu crée, l’Homme détruit. Peut-être n’arrive-t-il pas à tenir une cadence mensuelle avec de nombreux personnages ? Si c’est loin d’être mauvais, c’est en tout cas assez brouillon et bien loin de ce qu’il pourra réaliser par la suite avec Astro City. Peut-être que ce sont aussi les encreurs qui ne lui conviennent pas. Ces derniers sont en effet débutants mais vont rapidement devenir des superstars des comics. Je veux parler de Scott Williams (l’encreur à tout jamais associé à Jim Lee) et à son compère Whilce Portaccio, qui réalise même quelques planches du récit. J’ai l’impression que l’encrage assez haché de Scott Williams mange un peu les dessins de Brent Anderson, à moins que ce dernier n’ait réalisé que des crayonnés pas très poussés. Quoiqu’il en soit, cela donne une impression assez inachevée mais le style est cohérent et ne change pas de tout le volume. C’est aussi une curiosité ! Et surprise, Strikeforce : Morituri va aussi contenir les 1ers travaux d’un tout jeune dessinateur qui va remplacer Brent Anderson : le talentueux Mark Bagley ! Je vous raconterai ces épisodes certainement dans une autre critique. Pour terminer, on fera remarquer que vers 2011, une société de production avait acheté les droits de la série pour en faire une adaptation sur grand écran, ce qui a entraîné un conflit entre Peter B. Gillis et Marvel, l’auteur revendiquant la moitié de la paternité de la série. Cela peut d’ailleurs expliquer pourquoi on n’a pas encore revu ce nom chez Marvel depuis les années 90.    ■

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(image : © Marvel Comics)

Strikeforce : Morituri vol 1 est un tpb regroupant les n°1 à 13 de la série Striceforce : Morituri de 1983 et 1984, produite par Marvel Comics. Cette série est inédite en France.

 

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A propos Doop 302 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.