Shipwreck : 5 bonnes raisons de lire le comics choc de Warren Ellis ! [avis]

shipwreck warren ellis
(image © Aftershock Comics)

Shipwreck est un véritable OVNI lancé par Warren Ellis et Phil Hester. Snorgleux Comics ne s’y est pas trompé : l’éditeur français ajoute à son catalogue un comics âpre qui ne se laisse pas appréhender facilement, mais qui offre au lecteur des sensations fortes.
■ par Stéphane Le Troëdec

 

Shipwreck commence par l’image d’un homme qui émerge de l’eau et s’échoue sur une plage. Il est blessé, son bras gauche est brûlé et bandé. À peine le temps de chasser des oiseaux noirs de triste augure que le voilà qui prend la route. Il arrive bientôt à un restaurant routier. Là, il rencontre un homme mystérieux qui a l’air d’en savoir beaucoup sur lui. Il nous apprend que le naufragé s’appelle John Charpentier, qu’il vient d’une autre planète et que lui et son vaisseau, le Janus, se sont échoués. L’inspecteur lui explique que le saboteur de Janus s’appelle Isham et qu’il a survécu au crash, lui aussi. John Carpentier prend alors la route à sa poursuite…

 

shipwreck warren ellis
(image © Aftershock Comics)

 

Warren Ellis !

Si vous ne deviez retenir qu’une seule bonne raison de lire Shipwreck, c’est Warren Ellis. Si vous avez vécu sur une autre planète ces dernières années, quelques titres pour vous convaincre que ce bonhomme est loin, très loin, d’être un bleu : Transmetropolitan, Authority, et Planetary. Plus récemment, il a écrit quelques jolies réussites chez Image Comics comme  Trees ou Injection, 2 histoires de SF et d’anticipation à vous retourner la tête. Les scénarios de Warren Ellis sont sombres et étranges, et souvent les 2 à la fois. Il a souvent des idées très originales qui vous font demander en pleine lecture : « mais c’est quoi ce putain de truc ! ».

 

shipwreck warren ellis
(image © Aftershock Comics)

 

Un scénario qui fait confiance en l’intelligence du lecteur

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L’histoire de Shipwreck ne donne pas immédiatement toutes les clés pour comprendre le récit. Warren Ellis fait confiance au lecteur, à sa capacité à recoller les morceaux, à recouper les infos glanées dans les dialogues. Il bouscule son lecteur. C’est une méthode souvent utilisée par Warren Ellis dans ses comics. Ne vous fiez pas à la simplicité du résumé ci-dessus. Shipwreck va vous retourner par sa complexité et parfois son opacité. Au fil des rencontres de Charpentier, on appréhende l’univers dans lequel évolue le héros comme on assemble les pièces d’un puzzle. On le découvre avec lui, au fil de ses rencontres. D’ailleurs, les personnages secondaires donnent l’impression d’en savoir plus sur Charpentier qu’ils ne veulent le dire, renforçant le mystère qui plane sur le héros. De plus, John Charpentier est un beau personnage de fiction, car il apparait vite qu’il n’est pas un héros bien propre sur lui. Oui, Shipwreck va aussi vous étonner par les émotions qu’il vous fera éprouver.

 

shipwreck warren ellis
(image © Aftershock Comics)

 

Adulte et violent

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On a parfois tendance à qualifier le 1er comics venu d’« adulte et violent », sans que ce ne soit pleinement justifié. Avec Shipwreck, c’est bien le cas. Shipwreck aborde des thèmes adultes comme l’écologie, la colonisation et la quête de soi. Savoir qui on est et où est notre place dans l’univers. Warren Ellis livre ici un récit très instrospectif, quasiment une étude de personnage. John Charpentier poursuit Isham le saboteur, mais en réalité, Shipwreck est le récit d’une fuite. Charpentier fuit la seule personne à laquelle il ne peut échapper. Et, il fuit ceux qui veulent récupérer quelque chose en lui. Au sens littéral : car on veut lui ouvrir le corps. Shipwreck est aussi un comics gore. Sans rire, il y a une scène de dépeçage franchement éprouvante, avec des gros plans à vous remuer l’estomac. Vous découvrirez par exemple une manière sanglante de cuisiner l’être humain. « Adulte et violent », on vous aura prévenu.

 

shipwreck warren ellis
(image © Aftershock Comics)

 

Phil Hester

Phil Hester, on l’a connu en France avec le Green Arrow de Kevin Smith publié chez Semic au début des années 2000. Et depuis on l’a un peu perdu de de vue, l’ami Phil, naviguant au gré de projets courts ! Shipwreck, c’est donc le grand retour du dessinateur sur le devant de la scène. Et de quelle manière ! Le style de Phil Hester a évolué, il est moins cartoon, il fait parfois penser à celui de Risso. Surtout, il s’adapte parfaitement au ton sombre du récit. Shipwreck doit énormément à ses dessins qui posent une ambiance quasi post-apocalyptique sur cette étrange planète. Phil Hester a le sens du détail, il trouve les images qui marquent. Rien que cette couverture : John Charpentier assis en équilibre sur un amoncèlement de pierres. Bon sang, qui n’a pas envie d’ouvrir ce truc pour en savoir plus ?!

 

shipwreck warren ellis
(image © Aftershock Comics)

 

Un récit complet

Shipwreck n’est pas un récit à rallonge qui s’étale sur d’innombrables épisodes. Warren Ellis et Phil Hester mettent 6 épisodes secs comme le sol aride de cette autre planète à boucler leur intrigue. Encore que boucler, il faut le dire vite. Car ne vous attendez pas forcément à une fin réconfortante, qui vous confirme que vous avez bien tout pigé. Vous pourriez très bien refermer Shipwreck en poussant un « Gné ?! ». La bête ne se laisse pas dompter facilement. Car voici le récit du voyage intérieur d’un homme qui ignore sa part des ténèbres. Oui, l’intelligence du lecteur, on vous aura (encore une fois) prévenu. ■

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A propos Stéphane Le Troëdec 290 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.