Secret Empire : pourquoi il s’en est fallu de peu que ce crossover Marvel soit excellent [critique]

Secret Empire : pourquoi il s’en est fallu de peu que ce crossover soit excellent [critique]

Retour sur le dernier event en date de Marvel qui voit Captain America, agent dormant à la solde de l’Hydra, devenir dictateur des États-Unis. Une série très longue qui aurait pu devenir excellente si elle s’était un peu moins dispersée.
■ par Doop

 

En préambule, je vous avoue que j’ai récupéré le TPB VO de Secret Empire car je n’ai pas souhaité le suivre en VF. Ce TPB contient les 12 épisodes de Secret Empire ainsi que Captain America 25 et rien d’autre. De plus, même si je suis fan du run de Nick Spencer sur Captain America et Sam Wilson, la publication chaotique de leurs séries en français ne m’a pas permis de voir ce qu’il se passait durant cette période, je me suis arrêté un peu avant. De fait, les seules séries estampillées Secret Empire que j’ai lu sont celles qui sont dans ce recueil. Si je n’ai pas eu une vue globale de l’event, cela m’a toutefois permis de voir si l’histoire était auto contenue. Et je dois avouer que j’ai vraiment l’impression qu’il manque des choses.

 

Secret Empire : pourquoi il s’en est fallu de peu que ce crossover soit excellent [critique]
L’accumulation des effets graphiques nuit à la lisibilité des planches d’Andrea Sorrentino (image © Marvel)

Une histoire très dense

À la lecture de Secret Empire, ma 1re surprise a été de constater que les épisodes sont extrêmement denses et concentrés sur plusieurs groupes : Steve et ses amis dans le Cube cosmique, Miss Marvel coincée à l’extérieur, un groupe avec la Veuve Noire, un groupe avec Iron Man, le méchant Captain América et ses sbires en train de réformer les USA, quelques héros coincés à l’intérieur de Manhattan et les X-Men sur leur propre territoire. Bien évidemment, Spencer ne s’attarde que sur quelques une de ces groupes, à savoir celui de Natasha, celui de Tony et les 2 Captain, le reste du casting est superficiellement abordé et, je pense, développé dans les séries qui leurs correspondent. Cela gâche l’impression d’ensemble mais on reste quand-même dans le cœur du sujet. Et pourtant Spencer a énormément de pages pour développer Secret Empire, on a quand même 12 épisodes de 40 pages, à mon sens c’était suffisant pour que chaque équipe ait son moment de gloire, mais les events devant se décliner dans toutes les séries Marvel, je comprends. Et puis, mine de rien, Nick Spencer est un auteur très verbeux, qui aime bien placer des pages et des pages de discussion plutôt que des planches uniquement dédiées à l’action, ce qui me convient tout à fait.

 

Secret Empire : pourquoi il s’en est fallu de peu que ce crossover soit excellent [critique]
Francis Leinil Yu est un artiste rompu à l’exercice du crossover (image © Marvel)

Secret Empire, un event intimiste qui n’arrive pas à être épique

L’histoire de Secret Empire commence plutôt bien. Nick Spencer arrive à donner une impression de domination par l’Hydra vraiment poignante. Il s’intéresse à l’éducation, aux systèmes mis en place et qui ont fait que Captain America a pris le pouvoir. C’est vraiment très bien fait et comparable à ce qu’il écrivait sur Steve Rogers et Sam Wilson. Le reste de l’histoire est quand même long, avec beaucoup de groupes disséminés et des combats pas très originaux. En fait, Spencer excelle vraiment dans les scènes intimistes, vraiment bien développées. Le reste est plus laborieux. Mais on ne peut nier que c’est un très bon scénariste, qui aurait dû donner un peu moins d’ampleur à son évènement (mais il n’a pas eu le choix je pense). C’est en effet très difficile de gérer autant de personnages et autant d’équipes, surtout que le cahier des charges et les personnalités des héros changent maintenant tous les ans. Il ne réussit donc pas tout mais l’essentiel est là. On lui reprochera peut-être certaines scènes assez bizarres (l’Inhumain qui vomit un bout de cube cosmique) et des raccourcis trop rapides. En fait, il lui manque tout simplement le sens de du merveilleux ! Dès qu’on attaque des scènes de bataille de groupe, Secret Empire tombe à plat, c’est une véritable dichotomie. Vous me direz, les dessinateurs ne l’aident pas beaucoup non plus.

 

Secret Empire : pourquoi il s’en est fallu de peu que ce crossover soit excellent [critique]
Des relations très tendues avec Sharon Carter (image © Marvel)

Un manque d’unité graphique

Je pense que c’est le véritable problème de Secret Empire. Si l’on ne peut absolument rien reprocher à Andrea Sorrentino, un excellent dessinateur que je trouve à l’aise sur Gideon Falls, il n’est vraiment pas fait pour une telle série. Son style sombre, intimiste et torturé ne convient pas du tout pour les scènes d’action et cela gâche un peu la chose. De plus, son accumulation d’ombres et d’effets fait que parfois, on ne sait pas qui est qui. En dépit de tout son talent, c’est à mon sens une erreur de casting sur cette série. Autant il est parfait lui aussi pour des scènes de dialogue, autant il a du mal avec les mouvements. Il est secondé par Leinil Yu qui est un habitué de ce genre de récits et tout de suite cela passe mieux, c’est beaucoup plus lisible même si c’est loin d’être exceptionnel. C’est du Leinil Yu en petite forme. En fait, on regrette que tout Secret Empire n’ait pas été dessiné par Daniel Acuna, vraiment à l’aise et très agréable à lire. Le reste est à l’avenant, Rod Reis réalise les scènes dans le Cube cosmique et c’est lisible tandis que Joe Bennett comble les trous en essayant de conserver le style de celui qu’il seconde. De fait, l’unité graphique n’est pas cohérente du tout et au petit bonheur la chance. C’est dommage et c’est le point faible de Secret Empire avec toute la partie concernant le retour du vrai Steve Rogers, menée de manière assez automatique.

 

Secret Empire : pourquoi il s’en est fallu de peu que ce crossover soit excellent [critique]
Captain America est passé dans le camp de l’ennemi, l’Hydra ! (image © Marvel)

Le vrai Captain America

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La scène que j’ai toutefois le plus apprécié dans ce comics, c’est la véritable renaissance de Sam Wilson comme idéal de l’Amérique. Alors que Spencer a été menacé par plusieurs groupes extrémistes pour son traitement de Steve Rogers et de Sam Wilson, je pense qu’il a souhaité clore son run avec ce joli pied de nez, car ne nous y trompons pas, c’est Sam Wilson, le Captain America noir qui sauve la mise de tout le monde dans Secret Empire. On tient là le cœur du récit et du message, le fait que peu importe qui porte le costume, Captain America représente l’espoir. Cette scène est à mon sens la quintessence des idées du scénariste. Finalement, il ne manquait pas grand-chose pour que Secret Empire devienne un excellent crossover, simplement une intrigue un peu moins éparpillée et des dessinateurs plus à l’aise avec les scènes de groupe. ■

couverture de l’édition Absolute de Secret Empire (image © Marvel)

Secret Empire est réédité dans la collection Absolute chez Panini Comics.

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Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.