Scott Pilgrim, le plus attachant des losers s’offre une « perfect edition » ! [avis]

Scott PIlgrim
(image © ONI Press)

Les éditions Hi Comics réédite Scott Pilgrim, ou les aventures d’un loser sympathique, pur produit de la génération Y. Un comics signé Bryan Lee O’Malley et bardé de références et clins d’oeil à la pop culture de la fin du 21e siècle. Attention, comics culte.
■ par Emily Glory

 

(image © ONI Press)

 

Scott Pilgrim/23 ans/Niveau : sublime

Scott Pilgrim se laisse vivre. Il squatte plus qu’il n’habite un petit appartement qu’il partage avec un colocataire à l’humour grinçant. Il n’a pas de plan pour un boulot, sauf peut-être son groupe de rock un peu miteux, qui répète chaque semaine avec conviction, ou presque. Mais surtout, Scott sort avec une lycéenne. Quand on a 23 ans, c’est un peu moche, et ses amis du groupe ne se gênent pas pour le lui dire… Scott Pilgrim, lui, est content, et c’est tout ce qui lui importe. Mais sa petite vie tranquille est atomisée par une fille aux cheveux roses qu’il croise en rêve. Lorsqu’il la voit en chair et en os à la bibliothèque, il comprend que leurs destins sont liés et développe une obsession pour la demoiselle… Mais Ramona Flowers se mérite et Scott, pour continuer de sortir avec elle, va devoir affronter ses 7 ex-petits amis maléfiques, au cours de duels spectaculaires et riches en onomatopées !

 

(image © ONI Press)

 

Bryan Lee O’Malley/40 ans/Niveau : fanboy

HiComics, label des éditions Bragelonne, propose une intégrale de la série Scott Pilgrim de Bryan Lee O’Malley, en plusieurs volumes. Celui que l’on m’a confié est le 1er et ça tombe bien ! Ça me permet de faire connaissance avec Scott Pilgrim, ce héros culte des comics indépendants des années 2000. Car oui, Scott Pilgrim, ça date un peu ! Démarrée en 2004, la série s’est achevée aux États-Unis en 2010, aux portes d’une nouvelle décennie. C’est loin d’être un détail, car Scott Pilgrim est un comics générationnel. Mais laquelle, de génération ? Un 1er indice figure sur la 1e de couverture, là où l’éditeur place judicieusement quelques avis de grands noms pour finir de nous convaincre. Et sur ce 1er volume, Joss Whedon lui-même nous dit que « Scott Pilgrim est le meilleur comic book de tous les temps. C’est le reflet de notre époque. Avec du kung-fu ». L’enthousiasme de Joss Whedon vient sans doute du fait que, Scott Pilgrim, il pourrait presque l’avoir écrit…
Mais rendons à César ce qui lui appartient, car l’auteur (et le dessinateur !) de la série, c’est bien Bryan Lee O’Malley, un canadien né en 1979. Je ne sais pas si Joss Whedon figure parmi ses inspirations, mais dans l’écriture et les thèmes abordés, Bryan Lee O’Malley lui est apparenté, une sorte de petit frère de comics, ou plutôt de pop culture. Il manie ainsi avec brio l’art de la punchline et des dialogues irrésistibles, et sait surprendre constamment son lecteur avec de petites astuces visuelles et narratives. Et puis Bryan Lee O’Malley, comme Joss Whedon, multiplie les clins d’œil à des marqueurs de génération. Cela va des jeux vidéo vintage aux anime, en passant par les séries télé, les mangas, le rock indé des années 90 et les comics, bien sûr. Pour les dessins, en voyant le poing en avant de Scott lorsqu’il castagne ses concurrents, impossible de ne pas penser à l’un de ses maitres, cette fois revendiqué, Osamu Tezuka, le créateur, dans les années 50, d’Astro le petit robot. HiComics a inclus à ce volume un carnet de croquis commenté par le créateur, ce qui permet de constater qu’il a mis beaucoup de lui dans son personnage, et notamment ses références générationnelles. D’ailleurs, son 1er commentaire est le suivant : « j’étais un ado des années 90 ». Tout est dit. La génération en question, c’est donc la fameuse génération Y (why), officiellement celle des personnes nées entre 1980 et 1999, appelée ainsi car ses représentants ont la fâcheuse tendance à tout remettre en question…

 

Scott PIlgrim
(image © ONI Press)

 

Peter Parker/57 ans/Niveau : dépassé

Scott Pilgrim est donc bel et bien un pur produit de sa génération. À sa sortie en 2004, les lecteurs partageant les mêmes références. Ils ont tourné avec plaisir les pages de cette histoire qui part dans tous les sens et qui assume de passer d’un genre à l’autre, juste pour le fun. Mais il y a du fond aussi dans les aventures de Scott Pilgrim… Pas sûr que ce soit voulu cette fois. Disons que, malgré elle, la série en dit long sur cette génération désenchantée qui noyait son mal-être dans les riffs de guitare un peu crasseux des Smashing Pumpkins (cités à de multiples reprises, notamment dans les titres des épisodes), à défaut, comme la génération d’après, de pouvoir le faire sur le Net.
Sans autre perspective d’avenir que d’être un pion dans une société de consommation dont le sens lui échappe, l’ado occidental des années 90 déprime. Contrairement à ses grands frères qui eux s’étaient politiquement engagés, il résiste par passivité, avant, bien souvent, de se laisser happer par le système, sans pour autant être dupe. Scott Pilgrim en est une parfaite illustration. C’est un loser attachant, mais qui ne se bat que pour lui et ne s’intéresse à rien d’autre qu’à son confort. En ce sens, il est un personnage important dans le paysage comics, une sorte de Peter Parker des années 2000, qui préfigure de nombreux héros à venir et qui, de ce fait, peut être « récupéré » par les ados d’aujourd’hui et même sans doute de demain. Bryan Lee O’Malley a arrêté la série au bout de 6 ans, expliquant qu’il ne se reconnaissait plus dans son personnage, et c’est heureux ! Car Scott Pilgrim est avant tout un récit initiatique. Scott va devoir trouver son courage pour affronter les ex de Ramona et, à travers eux, ce monde et lui-même. La rédemption de Scott pourrait bien être l’amour… À suivre dans les volumes à venir, le 2e étant attendu pour le 19 juin 2019. ■

Scott PIligrim hi Comics
(image © ONI Press)

Scott Pilgrim perfect edition, tome 1 est un comics publié en France chez Hi Comics.




A propos Emily 4 Articles
Je suis une grande lectrice. Simplement pas de comics... Ça pourrait être un problème, mais il se trouve que je peux réciter par cœur la généalogie des Summers (ceux des X-Men, hein, pas de Buffy…), ce qui devrait suffire à me faire pardonner ! Mon lien avec l’univers des comics, c'est surtout Neil Gaiman. Fervente admiratrice de son imagination et de son écriture, je le suis dans toutes ses aventures, y compris quand elles passent par la case comics. Un comics... Voilà une bien étrange petite chose... Un subtil équilibre entre texte et dessin... Ce qui me pose le plus de difficulté, à moi, c'est le dessin. Dans ce domaine, je suis une néophyte difficile. Après tout, illustrer une histoire, c'est un peu empiéter sur le territoire imaginaire du lecteur ! Alors, pour que je le permette, il me faut quelques garanties, forcément subjectives. Et bien sûr, comme vous tous, chers lecteurs, je suis bien souvent de mauvaise foi en disant qu'untel dessine aussi bien que je skie. Mais je vous rassure, je crois savoir reconnaître un dessinateur talentueux quand j'en vois un, même si je n'aime pas la proposition artistique qu'il me fait. Pour Top Comics, j'ai passé un « contrat » avec Stéphane Le Troëdec (le « boss » de Top Comics) : chroniquer un comics par mois ! D'accord, mais à une condition : que ce soit un comics surprise que le « boss » a choisi ! J'ai donc hâte de découvrir les multiples facettes de ce format et de partager mes découvertes avec vous tous !