Les 20 meilleurs scénarios pour L’Appel de Cthulhu

meilleurs scénarios pour l'Appel de Cthulhu
Temps de lecture estimée : 29 min.

« Dans le jeu L’Appel de Cthulhu, la quête de la connaissance est une arme à double tranchant : pour survivre, l’investigateur doit chercher à percer le mystère de l’inconcevable et risquer dans le même temps que sa connaissance du Mythe de Cthulhu ne le fasse lentement sombrer dans la folie et devenir ce qu’il exècre. »1 Après ce petit préambule fort à propos, je vais donc vous présenter mes scénarios préférés pour L’Appel de Cthulhu. Et là, il y a un petit paradoxe. D’habitude, sur d’autres jeux de rôle très connus, mon cœur penche volontiers vers les premières éditions, en gros entre la fin des années 70 et la fin des années 90. C’est là que sommeille mon vieux rôliste grognon, celui qui aime les vieilles boîtes, les règles un peu poussiéreuses et les modules qui sentent la cave. Pourtant, avec L’Appel de Cthulhu, c’est presque l’inverse.

Pourquoi les meilleurs scénarios récents me marquent davantage

Ce qui m’impressionne le plus, ce sont souvent des scénarios plus récents, en particulier ceux des 6e et 7e éditions. En réalité, beaucoup de ces aventures modernes me semblent plus violentes, plus choquantes, plus dérangeantes aussi. Elles cherchent moins le souffle pulp ou l’exotisme un peu romanesque. À la place, elles installent une horreur plus crue, plus intime, parfois plus malsaine, qui colle davantage à notre époque et à nos angoisses contemporaines. On y trouve moins de grand spectacle héroïque, mais davantage de malaise, de désespoir et de véritables coups de poing narratifs. Bref, ces scénarios ne se contentent pas d’aligner des cultistes encapuchonnés et des tentacules dans une grotte humide. Ils savent faire naître une angoisse plus profonde, plus moderne, et franchement plus inconfortable. Et ça, pour L’Appel de Cthulhu, c’est tout sauf un détail.

ATTENTION : cet article dévoile une partie des intrigues de ces scénarios : il est réservé aux Gardiens des Arcanes.

Le Diable mange des mouches

Avec Le Diable mange des mouches, David Larkins plonge dans Berlin en 1922, juste avant l’explosion de la grande inflation. Et franchement, le point de départ suffit déjà à mettre mal à l’aise. Le scénario s’appuie sur un personnage bien réel, Carl Friedrich Wilhelm Großmann, tueur, violeur et cannibale qui a fait de nombreuses victimes, dont plusieurs enfants. Comme dans notre histoire, Großmann se pend dans sa cellule. Sauf que dans L’Appel de Cthulhu, ce suicide n’est pas une fin. C’est l’ultime étape d’un rituel préparé depuis cinq ans. En mourant, il disperse son esprit dans tout Berlin. Et sous cette forme, il peut posséder instantanément tous ceux qui ont consommé la chair de ses victimes, revendue sur le marché noir ou servie via son propre stand de saucisses. Oui, c’est déjà abject. Et oui, cet élément sordide vient bien de la réalité. Le résultat, c’est que l’esprit de Großmann peut prendre le contrôle de milliers de personnes, parfois en même temps. Son but reste fidèle à lui-même. Continuer ses crimes à grande échelle, en utilisant des innocents comme marionnettes. Rien que cette idée suffit à faire de Le Diable mange des mouches l’un des scénarios les plus vénéneux de cette liste.

Pourquoi ce scénario berlinois est si dérangeant

Pour arrêter cette horreur, les investigateurs doivent accomplir un rituel de bannissement. Sur le papier, cela paraît déjà risqué. En pratique, c’est pire. Si le rituel tourne mal, Großmann revient dans le monde sous la forme d’une créature rappelant un shoggoth, et il y a de fortes chances que le groupe n’y survive pas longtemps. Mais même en cas de réussite, le scénario garde un dernier coup de poignard en réserve. Sauf si les personnages sont particulièrement lucides, leur intervention accélère involontairement les événements menant à l’année 1923 et à l’effondrement total du mark allemand. L’argent ne vaut plus rien, les billets servent à se chauffer ou à tapisser les murs, et dans ce chaos prospère un certain Adolf Hitler, qui tentera bientôt son coup de force à Munich. Il échouera, certes, mais gagnera alors une visibilité décisive pour la suite. Autrement dit, ces scénarios où l’on croit limiter les dégâts sont souvent les plus cruels. Ici, les investigateurs peuvent sauver Berlin d’une vague de meurtres et d’atrocités commis par des possédés, tout en contribuant malgré eux à préparer un désastre historique plus vaste encore. Au final, Le Diable mange des mouches est exactement ce qu’un des meilleurs scénarios pour L’Appel de Cthulhu doit être. Une intrigue intelligente, historique, moralement éprouvante, qui vous laisse avec la désagréable impression d’avoir peut-être gagné de la pire façon possible… Le Diable mange des mouches est à lire dans le supplément Berlin, la dépravée.

Unland

Avec Unland, Scott Dorward signe en 2018 un scénario qui prend une vieille peur très simple, celle du parc d’attractions abandonné, pour la tordre jusqu’à l’inconfort pur. Sauf qu’ici, on ne parle pas juste d’un décor sinistre avec du brouillard et deux manèges rouillés. Le parc existe désormais en dehors du monde matériel. Une fois qu’on y entre, on ne peut plus en sortir. Le brouillard qui l’entoure agit comme une barrière extradimensionnelle, les téléphones portables ne servent plus à rien, et les investigateurs comprennent vite que l’endroit ne veut pas seulement les piéger. Il veut les forcer à se regarder en face. À mesure qu’ils explorent les lieux, ils subissent des phénomènes qui les renvoient à leurs mensonges les plus profonds et aux dégâts causés par ces tromperies. Et cette mécanique thématique fonctionne d’autant mieux qu’elle s’enracine dans l’histoire infecte du parc. Autrefois, un pédophile y travaillait. Il profitait de sa place pour approcher des enfants, les agresser puis les tuer. La directrice a tout fait pour détourner l’attention, étouffer la vérité et protéger le parc. Même après sa fermeture, les mensonges ont permis d’éviter les conséquences judiciaires et financières. Puis la culpabilité a fini par la ronger. Elle s’est alors tournée vers une entité appelée le « Fantôme de la Vérité », qu’elle considère comme un moyen d’arracher tous les mensonges qui corrompent le monde. Depuis, elle a transformé Funland en un lieu d’expiation où elle prétend « libérer » les visiteurs du poids de leurs mensonges. Très joli programme, sur le papier. Beaucoup moins dans les faits.

Une horreur intime au cœur du parc abandonné

Ce qui fait d’Unland l’un des meilleurs scénarios pour L’Appel de Cthulhu, c’est justement cette idée d’horreur tournée vers l’intérieur. Pour sortir, les personnages doivent soit abandonner une part essentielle et mensongère d’eux-mêmes, soit trouver un moyen de briser l’emprise du Fantôme sur le parc. Dans les deux cas, le prix mental peut être terrible. Le passage par les miroirs du palais des glaces est particulièrement cruel. Les investigateurs doivent s’y contempler tout en méditant sur les mensonges qui ont façonné leur vie. Les conséquences varient. L’un peut perdre tout souvenir du mensonge en question. Un autre peut devenir incapable de mentir à nouveau. Et comme personne ne peut mourir à Unland, où chacun récupère régulièrement ses blessures, la situation devient encore plus dérangeante. C’est presque rassurant physiquement, mais psychiquement, c’est une autre histoire. La folie rôde partout. Les miroirs abritent en plus des créatures appelées les « vestiges », qui incarnent les pires mensonges de celui qui s’y regarde. Elles tentent de sortir pour fusionner avec leur victime, avec à la clé des dégâts mentaux sévères. Et comme ces monstres ne peuvent pas mourir non plus, il faut les repousser dans un autre miroir pour les y enfermer à nouveau. Bref, Unland est un scénario brillant, cruel, très thématique, et assez rare dans sa manière de faire de la vérité elle-même un instrument de torture. Parmi les meilleurs scénarios modernes de L’Appel de Cthulhu, celui-là a vraiment quelque chose de tordu et de tenace.

L’Enfant solitaire de l’amour

L’Enfant solitaire de l’amour, écrit par Richard Watts en 1992 pour le supplément Les Astres sont propices, est sans doute l’un des scénarios les plus désespérés que j’aie lus, tous jeux de rôle confondus. Pas seulement dans L’Appel de Cthulhu, mais bien tous jeux de rôle confondus. Ce module peint un monde sans la moindre étincelle, un cloaque moral où les plus fragiles passent d’un malheur à l’autre jusqu’à disparition complète. L’intrigue prend la forme d’une enquête sur la mort d’une adolescente, prostituée à peine sortie de l’enfance. Elle était aussi héroïnomane, en fuite après avoir grandi chez des parents qui la violaient depuis ses cinq ans. Oui, on attaque fort. Et ces « adorables » monstres ne se contentent pas d’être humains dans le pire sens du terme. Non : ils vénèrent aussi Y’golonac, le dieu sans tête de la perversion et de la déchéance. Dans leur maison, ils ont aménagé un temple à sa gloire, qui sert en plus de boutique pornographique ouverte à un public parfaitement inconscient de ce qui se joue derrière le décor. Des victimes y sont sacrifiées. Avant cela, elles subissent les fantasmes atroces des pornographes liés au culte, dont l’un est possédé par Y’golonac lui-même.

Pourquoi ce scénario laisse un goût amer

Ce qui rend ce scénario si redoutable, c’est qu’il n’offre jamais de soulagement. Si les investigateurs tuent l’hôte de l’entité, son épouse devient le nouveau réceptacle. Et elle est encore plus folle. Charmant programme. Le module se prête très bien à n’importe quelle grande ville américaine avec son envers sale, New York, Los Angeles ou une autre, du moment qu’elle possède ses clubs nocturnes, ses concerts punk qui hurlent jusqu’à deux heures du matin et son humanité cassée. C’est exactement là que L’Enfant solitaire de l’amour rejoint les meilleurs scénarios pour L’Appel de Cthulhu. Il ne cherche pas à flatter les joueurs ni à les rassurer. Au contraire, il les plonge dans une horreur poisseuse, intime, sociale, bien plus dérangeante beaucoup plus qu’un paquet de monstres à tentacules. Au final, ces scénarios lovecraftiens qui laissent un goût amer sont souvent les plus marquants. Et celui-ci, franchement, se situe tout en haut du panier.

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A propos Stéphane 850 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.