Comment le cinéma influence-t-il les comics ? [En Vert Et Contre Tous n°13]

(image © Marvel Studios)

Les films adaptés de comics impactent-ils réellement les histoires des comics ? Le débat n’est pas aussi clair que ça, même si on a tendance à penser que oui. Ce qui est en tout cas certain, c’est que le cinéma ne fait pas évoluer les ventes de comics, loin de là.
■ par Doop

 

Lors de son passage du comics au grand écran, Nick Fury est devenu noir mais les fondamentaux du personnage n’ont pas changé (image © Marvel Studios)

 

De la cohérence

Je ne suis absolument pas un ayatollah du respect des œuvres cinématographiques par rapport aux histoires en papier. À mon sens, voir sur grand écran la retranscription exacte d’une bande dessinée n’a aucun intérêt. Adapter, c’est forcément trahir. Ce qui fait la force d’un comics ne sera certainement pas aussi palpable au cinéma. Ce média repose sur d’autres structures narratives. Retranscrire tel quel un comics en film ne fonctionne pas. Une des preuves les plus évidentes étant l’adaptation du film Watchmen, qui passe à côté d’une bonne partie des concepts de l’œuvre originelle d’Alan Moore. De fait, lorsque je vais voir un film de super-héros au cinéma, je ne m’attends pas à voir ma BD à l’écran. En aucun cas je ne suis offusqué par les adaptations ou les raccourcis pris par le cinéma tant qu’ils correspondent au cahier des charges du personnage. Par exemple, un Superman ou un Nightwing qui ne tuent pas, mais c’est une autre histoire (je vous invite à lire l’article consacré au 1er épisode de la série Titans). Nick Fury (ou je ne sais qui) peut être noir, ou bien une femme ; tant que la logique du personnage est respectée, je ne crie pas au scandale.

 

Le Crapeau, relooké après le succès de la franchise X-Men au cinéma (image © Marvel Comics)

 

La grosse erreur

Il y a quelques années, l’erreur commise par les grands éditeurs de comics a été de penser que les spectateurs des films (qui se comptent par millions) allaient se jeter sur les comics. Cela n’a jamais fonctionné. Jamais personne n’a autant vu de films de super-héros et jamais aussi peu de gens n’ont acheté de comics. Il n’y a aucune perméabilité entre le cinéma et les comics, si ce n’est à la marge et peut-être sur un temps très limité. Ce qui n’a pas empêché les éditeurs de changer (souvent à la truelle) les histoires de comics pour les rendre conforme à ce qui se passait dans les films. Pourquoi ? Au cas où un fan des films se déciderait à acheter le comics. Cela a donné des moments particulièrement gênants. Je pense notamment à l’apparition d’un Nick Fury noir dans notre l’univers Marvel classique. Marcus Johnson, ça vous dit quelque chose ? Je pense encore aux changements de look du Crapaud ou de Mystique afin que celle-ci ressemble aux personnages des films. On parle du fait que Marvel ait arrêté le titre Fantastic Four parce que les films étaient produits par une autre firme que Marvel Studios, ou vous en voulez encore ? Les changements que les éditeurs ont apportés aux comics à cause du cinéma pourraient faire l’objet d’une dizaine de pages. C’est un peu moins le cas maintenant.

 

Après son apparition dans la saison 2 d’Iron Fist, Typhoïd Mary revient dans l’univers Marvel (image © Marvel Comics)

 

Le cinéma n’a pas besoin des comics

En effet, la perméabilité d’un medium à l’autre est tellement inexistante que la plupart des films se moquent désormais royalement des comics. Les scénaristes des versions papier peuvent désormais faire un peu ce qu’ils veulent. Peu importe de sortir un Thor : Ragnarok alors que le Thor des comics est une femme, ou sortir un Avengers : Infinity War alors que Captain America devenu un nazi dans la saga Secret Empire. Le cinéma se moque désormais des comics. Il a développé ses propres personnages, qui ressemblent de loin à leurs versions de papier, et tant qu’il n’y a pas de scandale, tout ira bien. Les éditeurs ne peuvent toutefois pas s’empêcher de lancer un comics dès qu’un personnage fait sa 1re apparition dans une série TV ou dans un film. Mais cela ne sert généralement à rien et cela aboutit la plupart du temps à des séries ou des mini-séries insipides. La dernière version de Typhoïd en comics (Typhoïd Mary : X-Men 1) est tout simplement à pleurer des larmes de sang. Pourquoi le comics est-il sorti ? Parce qu’on a vu une adaptation du perso dans Iron Fist saison 2 sur Netflix. En dehors de n’avoir aucun intérêt, ce one-shot ne se vendra pas non plus. Mais les éditeurs doivent penser que… On ne sait jamais. Que le fait de voir Typhoïd en version télé va peut-être relancer la nostalgie chez les fans. D’ailleurs dans cet épisode, c’est bien la Typhoïd des comics et non pas celle de la série TV qui est dépeinte.

 

Disney se moque des comics, tout ce qu’il veut, c’est que les personnages continuent d’exister. Et si on peut éviter le bad buzz, c’est encore mieux.

 

#Pas-de-vague

La seule contrainte : ne pas faire de vagues ni de polémiques. Ce comportement explique que depuis quelques temps on trouve (chez Marvel généralement) des histoires et des niveaux de réflexion approchant le zéro absolu. Disney se moque des comics, tout ce qu’il veut, c’est que les personnages continuent d’exister. Et si on peut éviter le bad buzz, c’est encore mieux. Cela doit être très difficile d’être scénariste ou dessinateur en ce moment, la liberté créative doit être encore plus restreinte qu’avant. En revanche, si un jour les films ne fonctionnent plus, cela risque de redevenir intéressant. ■

 




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Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.