Les films Marvel, ce n’est pas du cinéma ! [En Vert Et Contre Tous n°40]

MCU Marvel scorsese
(image © LP/J-N Guillo)

Interrogé par le magazine Empire pour la sortie de The Irishman, son prochain film sur la plateforme Netflix, le réalisateur Martin Scorsese a déclaré que les films du Marvel Cinematic Universe n’étaient « pas du cinéma ». Cette citation (tronquée) a déclenché une vague de réactions négatives de la part des ayatollahs du MCU, dont un certain nombre n’a d’ailleurs jamais dû voir un film du réalisateur. Et pourtant, s’il exagère un peu, n’aurait-il pas raison ?
■ par Doop

 

Une déclaration excessive par omission, mais pas si fausse

Bien évidemment, il est facile, pour des raisons d’audience, de ne donner qu’une version tronquée de la phrase de Martin Scorsese et de n’aller qu’à la partie polémique. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait pour le titre de cette chronique ! Il faut malheureusement s’adapter à son temps et aux réseaux sociaux. Si l’on reprend la phrase entière de M. Scorsese, il a essayé d’en regarder et honnêtement, il pense que « ces films sont plus à rapprocher de parcs d’attraction, avec des acteurs qui font de leur mieux. Ce n’est pas du cinéma où des êtres humains essayent de transmettre des émotions ou des expériences intimes à un autre être humain ». Et sincèrement, il n’a pas vraiment tort. Il suffit juste de se rappeler que l’actrice Brie Larson a joué certaines scènes d’Avengers : Endgame sur fond vert avant même de tourner dans Captain Marvel et qu’elle ne savait absolument pas de quoi il s’agissait ! Difficile dans ce cas de transmettre la moindre émotion ou un message psychologique quelconque. De la même manière, il semble que certains acteurs n’avaient droit qu’à une petite partie de leur script, sans connaitre le contexte de la scène. Si ce procédé peut-être parfois intéressant (certains réalisateurs préférent mettre leurs acteurs en danger), ce n’est pas le cas ici puisque la censure des scripts ne doit son existence qu’à la notion de secret sur l’intrigue. Pour certains profanes comme moi, on sent parfois ce manque de sincérité à l’écran, ce doit être donc être encore plus flagrant pour un réalisateur confirmé comme Martin Scorsese.

 

Captain Marvel Brie Larson fond vert
Avouez que pour l’immersion, on a connu mieux… (image © Marvel Studios)

 

MCU = Fast and Furious

Arrêtons de nous voiler la face 2 secondes : les films Avengers ne sont pas pensés pour faire de l’art ! Il s’agit simplement de plaire au plus grand nombre et d’attirer le plus de personnes dans les salles. Attention, je ne dis pas que c’est mal ! Simplement que Disney a trouvé un filon qui fonctionne et le surexploite jusqu’à plus soif, introduisant dans ses films tout ce qu’il faut pour plaire au public et aux fans, surtout les plus jeunes. Ils sont là pour faire de l’argent, comme tout producteur de cinéma… et comme Martin Scorsese d’ailleurs. Disney gère une franchise et je pense que son objectif premier est avant tout de livrer l’œuvre la plus consensuelle possible, qui ne déclenchera aucune polémique et qui donnera aux fans exactement ce qu’ils attendent. C’est à rapprocher de la gestion de toutes les grosses franchises du cinéma. Imaginez un Fast and Furious sans voiture ou un Star Wars sans la Force, ce serait impensable, tout comme n’importe quel film du MCU sans punchline ou moment politiquement correct ! Disney donne au spectateur ce qu’il veut voir, à la virgule près, ce qui en soi n’a rien de répréhensible, mais qui forcément atténue la portée artistique de la production. Et c’est de plus en plus voyant dans les derniers films du MCU. L’exemple ultime : la fameuse scène des héroïnes Marvel dans Avengers : Endgame, tellement tirée par les cheveux qu’elle m’a totalement fait sortir du film ! Ou alors n’importe quelle scène de Captain Marvel, le film le plus mièvre et le plus politiquement correct de toute la franchise. Je ne parle pas des blagues et des punchlines obligatoires qui sont devenues un tel modèle que tous les autres films des autres compagnies s’empressent de faire la même chose. Qui a dit Justice League ou Aquaman ? Plaire au plus grand nombre, ce n’est pas un souci. En revanche, le faire avec des gros sabots et aux forceps, cela devient forcément un contre-argument. Et je pense que c’est ce que reproche Martin Scorsese aux films Marvel dans ses déclarations. Ce n’est tout simplement pas sa définition du cinéma.

 

heroines avengers endgame
(image © Marvel Studios)

 

Le cinéma selon Scorsese

Martin Scorsese est un réalisateur qui a souvent filmé avec ses tripes. Il n’a pas hésité à se balader d’un genre à l’autre tout en imposant toujours ses thèmes, ses idées et ses opinions, que ce soit dans des œuvres aussi différentes que Casino ou Le Temps de l’Innocence. Ainsi, Raging Bull, Shutter Island ou La Dernière Tentation du Christ sont des films sans concession et qui pourtant ont connu un réel succès. De plus, Scorsese n’a pas hésité à placer de ci-de là des comics dans certains de ses films (les Nerfs à vif, les Affranchis) et des comics Marvel en plus ! Ce qui veut bon dire que le réalisateur est habitué à ce type de culture. À mes yeux, Scorsese, c’est le cinéma des années 70, ce cinéma qui osait beaucoup de choses et dont la plupart des films sortis à l’époque dans les salles ne pourraient absolument plus être distribués aujourd’hui. Et forcément, quand on lui propose un film où tout est défini, pensé et soupesé pour attirer le grand public, il ne peut pas s’en satisfaire, tout simplement. Les films où la technique prend le pas sur l’émotion et la vision du réalisateur, ce n’est pas sa manière de conceptualiser le 9e art. Martin Scorsese, qui a toujours tout donné pour le cinéma, n’arrive plus à trouver de financement pour ses films à tel point qu’il doit passer par Netflix pour continuer à faire ce qu’il veut. Imaginez sa déception lorsqu’il voit Avengers : Endgame faire des milliards de bénéfices ! C’est normal qu’il réagisse de cette manière. Après, cela ne veut pas dire non plus que les films Marvel ne sont pas du cinéma. (retrouvez la suite de cet article en page suivante)

 

 

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A propos Doop 267 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.