Batman : Damned – une virée cauchemardesque sublimée par le talent de Lee Bermejo

Batman Damned
(image © DC Comics)

Avec Damned, Lee Bermejo et Brian Azzarello plongent Batman dans un cauchemar éveillé à la fois effroyable et frustrant. Bienvenue en Enfer !
■ par Stéphane Le Troëdec

 

La couverture et le titre, Damned, ne mentent pas. N’espérez pas lire une « gentille » histoire de Batman : les auteurs plongent Bruce Wayne dans un cauchemar horrifique dont il ne sortira pas indemne. Et le lecteur non plus, mais pas forcément pour les mêmes raisons.

 

Batman Damned heros sort des flammes
(image © DC Comics)

 

Le Joker est mort

Batman émerge du coma à bord d’une ambulance. Gravement blessé, il échappe à la vigilance de ses gardes. Mais son état critique ne lui permet pas d’aller bien loin. John Constantine surgit alors et lui vient en aide. Le sorcier lui apprend alors une nouvelle incroyable : le Joker est mort, assassiné ! Se pourrait-il que Batman soit le coupable ? Bruce Wayne décide de mener l’enquête dans une Gotham City en proie à une violence surnaturelle…

 

Batman Damned Constantine Deadman
(image © DC Comics)

 

Batman dans une Gotham, véritable annexe de l’Enfer

Avant d’évoquer le scénario de Batman : Damned, arrêtons-nous sur ce qui fait la force indéniable de ce comics : les dessins de Lee Bermejo. Le splendide artbook Lee Bermejo Inside est veni récemment rappeler les qualités incroyables de l’artiste. Il suffit de feuilleter quelques pages de Damned pour se rendre compte qu’on tient un comics sublime. Lee Bermejo fignole chaque planche, chaque case, pour nous plonger avec Batman dans un véritable cauchemar. Si l’ensemble manque parfois de dynamisme, ce problème est très largement compensé par un travail sur les textures, le cadrage, la colorimétrie et les détails absolument sidérant. Batman est évidemment choyé, et chaque planche où il apparait ravira tout fan du personnage. Mais on sent que Lee Bermejo porte aussi une attention toute particulière à Gotham City. Pour preuve cette sublime double page qui ouvre le 2e épisode. Sous son dessin flamboyant, se transforme en une véritable annexe de l’Enfer. Ici, tout transpire l’horreur, le cauchemar éveillé. Rien que pour ce travail graphique sidérant, Batman : Damned mérite le détour.

 

Batman Damned Gotham City enfer
(image © DC Comics)

 

Un trip hallucinatoire signé Brian Azzarello ?

Batman : Damned est superbe : ça, c’est réglé. Intéressons-nous maintenant à l’intrigue. Et là, l’appréciation qu’on se fera du scénario de Batman : Damned dépend essentiellement de ce qu’on vient y chercher. Si vous venez pour « vivre » un trip hallucinatoire et sensitif, le travail de Lee Bermejo et le scénario de Brian Azzarello ont toutes les chances de vous combler. Batman : Damned peut se lire comme un cauchemar, pas cohérent mais efficace. Batman « saute » ainsi de scénettes horrifiques en tableaux infernaux, avec des flashbacks saisissants dans son passé intime. Et dans ce cas, en refermant Batman : Damned, cela ne vous choquera pas de ne pas avoir tout compris à ce délire obsessionnel.

 

Batman Damned Créature du marais Constantine
(image © DC Comics)

 

L’Enfer est pavé de bonnes intentions

L’autre manière d’aborder Batman : Damned, c’est d’essayer d’y comprendre quelque chose. Et là, les choses se corsent. L’empilement incohérent de scènes, de visions et de flashbacks peut vraiment s’avérer réellement frustrant, comme un puzzle dont on n’aurait pas toutes les pièces. Bien malin qui pourra expliquer TOUTE l’aventure. Et pourtant, on sent bien par moment que Brian Azzarello raccroche son Damned à d’autres aventures de Batman, qu’il y a peut-être un projet autre que simple amalgamé des scènes effroyables. Voire par moment des passages grotesques comme une tentative de viol pas des mieux amenées. L’intrigue glisse régulièrement des références au classique Killing Joke ou à Joker, des même Azzarello et Bermejo et dont Damned peut se lire comme une suite. Frustrant.

 

Batman Damned Joker
(image © DC Comics)

 

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joker lee bermejo brian azzarello
(image © DC Comics)

 

Plongée dans l’occultisme de DC Comics

Dernier point notable concernant Batman : Damned, c’est que le comics nous permet de faire le tour de l’univers occulte de DC Comics, avec une réinterprétation graphique de Lee Bermejo, en prime. Au point qu’on se demande par moment si Brian Azzarello n’a pas cherché à écrire un épisode de la Justice League Dark ! Le sorcier John Constantine joue ici un rôle important, guidant Batman dans un enchevêtrement foutraque de scènes cauchemardesques. À voir s’il lui sert uniquement de guide, d’ailleurs… Moins gâté, le Démon Etrigan est revisité façon rappeur. D’autres personnages comme la Créature du Marais ou Zatanna viennent cachetonner tandis qu’inversement l’Enchanteresse est particulièrement effrayante le temps de quelques flashbacks glaçants qui revisitent à la fois les rapports du couple Wayne et leur destin dans Crime Alley. Là aussi, il y avait matière à faire, mais Batman : Damned se referme d’un seul coup par un tour de passepasse et sans fournir plus d’explications. Il ne m’étonnerait d’ailleurs pas qu’une suite vienne un jour conclure le dyptique JokerDamned pour apporter une plus grande cohérence d’ensemble. Frustrant. ■

Batman Damned couverture
(image © DC Comics)

Batman : Damned est un comics publié en France par Urban Comics.

 

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Batman anarky
(image © DC Comics)




A propos Stéphane Le Troëdec 348 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.