Vous ne le connaissez pas et pourtant il a failli bouleverser le destin de Marvel : l’incroyable destin de Joe Maneely !

Admirez la finesse du dessin de Joe Maneely

Huit, ça suffit !

Martin Goodman n’a pas d’autre choix que d’accepter l’offre de Harry Donenfeld s’il veut continuer à publier. Il met ainsi au placard plus de 80% de sa production de comics. Il arrive tout de même à négocier la distribution de 16 revues bimestrielles à la place des 8 mensuelles prévues. Le nombre de titres dont la publication prend brutalement fin est impressionnant puisqu’on en compte une grosse cinquantaine ! Autre effet pervers du marché passé entre Donenfeld et Goodman : désormais Stan Lee ne peut plus lancer de nouvelle série sans en arrêter une autre au préalable ! L’année 1957 est donc particulièrement compliquée pour Atlas qui, cerise sur le gâteau, perd même son logo en couverture remplacé par celui d’Independant News. Le bateau prend l’eau de toutes parts, mais ne sombre pas. Stan Lee peut se remettre au travail et rappeler ses artistes préférés. Cette réduction de titres a tout de même des effets positifs. Stan Lee a désormais beaucoup moins de monde à gérer, beaucoup moins de titres à écrire et il peut donc y consacrer plus de temps pour les peaufiner. Le chiffre de 8 titres mensuels lui permet presque de tout écrire tout seul ! Il fait quand même parfois appel à son frère Larry Lieber ou à des assistants freelance pour l’aider à boucher quelques trous ou écrire des dialogues. Stan Lee décide de s’entourer d’une équipe de dessinateurs réduite et d’un staff de production restreint pour gérer au mieux les titres restants. Il pense immédiatement à son ami Joe Maneely comme acteur principal de cette nouvelle dynamique.

 

Vous ne le connaissez pas et pourtant il a failli bouleverser le destin de Marvel : l'incroyable destin de Joe Maneely
Joe Maneely, artiste brillant dans tous les styles d’histoires

 

Joe « Money » Maneely

Joe Maneely est né à Philadelphie (Pennsylvanie) en 1926. Issu d’une famille pauvre et nombreuse, ses talents artistiques se font remarquer dès le collège où il réalise la mascotte du lycée qui apparaît dans le journal de l’établissement. À la fin de ses études, il s’engage dans la marine et effectue 3 années de service avant de se marier en 1947. Il profite de sa bourse d’études militaire pour rejoindre la Hussian School of Arts à Philadelphie qu’il quitte quelques mois plus tard désireux de travailler dans la publicité. C’est à partir de 1948 qu’il réalise ses 1ers travaux en tant que dessinateur de comics, réalisant des histoires pour la maison d’édition Street and Smith. À la fin des années 40 il constitue finalement son propre studio de dessin avec l’aide de 2 camarades de classe et trouve du travail chez Atlas, notamment sur des titres de western ou des séries d’horreur. Mais Maneely est fatigué de faire les allers-retours toutes les semaines entre New York et Philadelphie afin de prendre ses scripts et de rendre ses planches dessinées. En 1954 il s’installe définitivement dans le New Jersey avec sa femme et ses 3 filles. C’est lors de cette année qu’il rejoint l’équipe de rédaction d’Atlas et devient l’un des dessinateurs préférés de Stan Lee. Il faut dire que Joe Maneely a de nombreuses qualités : ses dessins sont d’un niveau exceptionnel et il est extrêmement rapide. Contrairement aux autres dessinateurs qui esquissent leur composition avant de dessiner l’intégralité de leur planche au crayon puis de l’encrer, Joe Maneely saute régulièrement l’étape des crayonnés pour dessiner directement à l’encre. De plus, il est à l’aise sur tous les styles, capable de passer d’une page à l’autre du western au fantastique ou de la science-fiction à la romance. Rapidement ses collègues de travail le surnomment « Joe Money » à cause de sa capacité à rendre n’importe quelle histoire dans un laps de temps très court. Il devient en 1955 une valeur sûre d’Atlas qui lui assigne de nombreuses couvertures ainsi que de multiples intérieurs sur l’ensemble des comics de la compagnie. La réputation de Joe Maneely est telle que Stan Lee n’hésite pas à lui envoyer de jeunes dessinateurs (comme John Romita) afin que ces derniers prennent exemple sur lui et sur sa manière de travailler. Joe Maneely n’est pas qu’un artiste doué, il est aussi un très bon camarade que la plupart de ses collègues trouvent charmant.

 

 

Un triste destin

Un dramatique accident va malheureusement tout bouleverser. Le 7 Juin 1958, Joe Maneely rentre d’une soirée festive à Manhattan avec ses collègues dessinateurs (dont George Ward ou John Severin. Mais quelques jours plus tôt l’artiste a perdu ses lunettes. Sans elles, Joe Maneely a du mal à estimer les distances et il fait une chute accidentelle entre les wagons de son train de banlieue. Il meurt sur le coup, son portfolio à la main et laisse sa femme et ses 3 enfants en proie à de multiples dettes (la famille venait en effet à peine d’acheter une nouvelle maison). Un des plus grands talents en devenir du monde des comics s’éteint à l’âge de 32 ans, sans jamais avoir dessiné une seule histoire de super-héros. Cette disparition prématurée est certainement un des tournants majeurs du destin de la future Marvel. En effet, si Joe Maneely avait toujours été vivant, Stan Lee aurait probablement fait appel à lui pour réaliser les Quatre Fantastiques, Hulk ou Spider-Man : la face de Marvel en aurait donc été profondément modifiée. Avec la disparition de Joe Maneely, Stan Lee doit changer son fusil d’épaule et fait donc appel à ses 2 autres dessinateurs pour relancer la firme, Jack Kirby et Steve Ditko ! ■




A propos Doop 286 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.