Rags, tome 1 : Face aux zombies, une héroïne sans vêtements mais pas sans sentiments

Rags Alayone Comics
(image © Alayone Comics, Antarctic Press)

OK, Rags attire le client avec une héroïne constamment à poil ! Mais il n’en oublie pas pour autant d’explorer le cœur et les sentiments d’une ancienne militaire traumatisée qui doit se reconstruire dans un monde brisé.
■ par Stéphane Le Troëdec

 

On aurait tort de ne voir dans Rags qu’un comics sexy. J’en conviens : la couverture porte à confusion en soulignant à l’absurde le physique pulpeux de son héroïne. Gaffe donc à ne pas se fier à sa 1re impression : Rags est un comics d’apocalypse zombie tout à fait fréquentable.

 

Rags Alayone Comics
(image © Alayone Comics, Antarctic Press)

 

Apocalypse zombie en Californie…

La Californie, dans un futur très proche. L’apocalypse zombie vient tout juste de commencer. Ragowski, alias « Rags », est une vétérane de l’armée qui a quitté les marines après un terrible drame dont elle a toutes les peines de monde à se remettre. Rags et Sean, son petit ami, tentent de rejoindre une base militaire pour y trouver refuge. Hélas, une dispute éclate : Rags plaque son copain. Dans un dernier accès de fierté et de colère, la jeune femme lui jette ses vêtements au visage avant de s’enfuir. Bien mal lui a pris : les zombies ne tardent pas à surgir ! Voici Rags seule, nue et désarmée au milieu d’un groupe de morts-vivants. Comment la jeune femme va-t-elle s’en sortir ? Et parviendra-t-elle à surmonter ses démons intérieurs ?

 

Rags Alayone Comics
(image © Alayone Comics, Antarctic Press)

 

Nue ou en bikini, Rags affronte une armée de zombie

Évacuons de suite ce qui est peut-être le moins bon dans Rags : son running gag un peu lourdingue. En effet, pour se démarquer dans la multitude des copies de Walking Dead, Brian Ball et Trent Luther ont cru bon de dénuder leur héroïne. Ainsi, Rags passe la totalité de l’album en bikini ou nue dans le plus simple appareil. Les auteurs assument et ne s’en cachent d’ailleurs pas, voire s’en amusent même : Rags se désespère régulièrement de trouver des fringues à sa taille dans les magasins (pillés, réquisitionnés, etc. il y a toujours une bonne raison à cette pénurie de vêtements). Et quand elle en trouve, disons que ce n’est pas forcément ce qu’elle aurait souhaité porter… Premier effet de cette idée : il y a une fille nue à chaque page, cover comprise et le lecteur envieux de se rincer l’œil en aura pour son argent. Deuxième effet : au bout d’un moment, on ne s’en rend même plus vraiment compte, pour être honnête. Fort heureusement, Rags a d’autres arguments à faire valoir que le tour de de poitrine de son héroïne.

 

Rags Alayone Comics
(image © Alayone Comics, Antarctic Press)

 

Une héroïne traumatisée en quête de confiance

Le paradoxe, c’est que Rags est un comics d’apocalypse zombie qui se focalise sur son héroïne et ses états d’âme. On met en avant sur les covers la plastique de Regina et à l’intérieur on explore sa psychologie, en quelque sorte. Car il s’est passé quelque chose dans la vie de Rags qui l’a complétement brisée. La jeune femme doit trimballer ses fêlures intérieures dans un monde qui tombe en morceaux. Autant dire que la paix intérieure est loin d’être évidente à trouver pour notre héroïne. On se doute que la situation extrême à laquelle elle fait fasse va lui permettre, paradoxalement, de se reconstruire en retrouvant ce qu’elle a perdu : sa confiance en elle.

 

Rags Alayone Comics
(image © Alayone Comics, Antarctic Press)

 

Quelques grammes de rousseur dans un monde de brutes

Avec cette héroïne nue non-stop ou presque, il y avait quelque chose à faire côté dessins. Et pas seulement d’un point de vue purement érotique. En effet, le contraste entre la chair sensuelle de Rags et la chair décomposée des zombies offrait des possibilités graphiques intéressantes. Luigi Teruel fait donc un choix graphique très fort : tout l’univers et les zombies sont en nuances de gris tandis que Rags et quelques persos sont en couleurs. Ainsi, la chevelure rousse de Rags, ses tâches de rousseur, le vert de ses yeux, son tatouage ressortent systématiquement des amas de morts-vivants grisâtres et de ce monde en lambeaux. C’est aussi raccord avec la vision du monde d’une Rags perdue et désespérée. Luigi Teruel, le dessinateur, sort d’on ne sait où, et, à ma connaissance, c’est son seul travail sur un comics. Pour une 1re fois, c’est une réussite, car son style colle parfaitement à l’ambiance du titre. Il prend un plaisir évident à illustrer son héroïne, mais n’oublie pas de l’illustrer de manière crédible (comprendre : ce n’est pas une bimbo anorexique à la J. Scott Campbell).

 

Rags Alayone Comics
(image © Alayone Comics, Antarctic Press)

 

Un univers post-apo très classique

Côté univers et setting, Brian Ball et Trent Luther ne s’embarrassent pas de réinventer l’eau chaude. Rags se déroule dans un monde post-apo zombie tout ce qu’il y a de plus classique. Aussi, les auteurs empilent les stéréotypes. L’armée a pillé les réserves et construit des camps où elle accueille les survivants. Les humains se méfient des nouveaux arrivants. Et encore plus d’une femme nue, pour tout dire (sans protection, comment n’a-t-elle pas pu être mordue ?). On retrouve l’immense cliché de la personne mordue par un zombie qui jure qu’il ne va rien lui arriver (mais bien sûr…). Etc, etc. N’attendez aucune originalité du côté de l’univers de Rags. Car comme on l’a dit, tout l’intérêt de ce comics c’est bien son héroïne. Une héroïne qu’on a déjà hâte de retrouver dans un tome 2, qui on l’espère, continuera à développer la psychologie de son personnage principal touchant et attachant. ■

Rags Alayone Comics
(image © Alayone Comics, Antarctic Press)

Rags, tome 1 est un comics publié en France chez Alayone Comics. Il contient : Rags TP.

 

LIRE AUSSI : Zombies : 15 morts-vivants chez DC Comics

zombies DC Comics
(image © DC Comics)




A propos Stéphane Le Troëdec 550 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.

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