Le Batman qui rit : les versions démentes et torturées du Chevalier Noir dans un récit complet signé Scott Snyder

batman qui rit
(image © DC Comics)

Scott Snyder transforme son récit en un véritable asile d’aliénés, cumulant pas moins de 3 versions différentes de Batman, aussi folles et perverses les unes que les autres. Trop, peut-être ?
■ par Stéphane Le Troëdec

 

batman qui rit
(image © DC Comics)

 

Dans Batman Metal, apparaissaient les Chevaliers Noirs, des versions extradimensionnelles et corrompues de Batman. Parmi eux, il y en a un qui a marqué les esprits par son machiavélisme : le Batman qui rit. À bien y réfléchir, le supervilain n’avait pas donné son plein potentiel dans Batman Metal. La minisérie qui nous intéresse ici, Le Batman qui rit, prolonge dont le plaisir de retrouver ce vilain ricanant

 

batman qui rit
(image © DC Comics)

 

Rira bien qui rira le dernier !

Au cours d’une de ses interventions, Batman fait une étrange découverte : la dépouille de Bruce Wayne. Surprise : ce corps est en tout point identique au sien ! Pendant ce temps, le Batman qui rit a survécu aux évènements de Batman Metal. Pire : il a ramené sur notre Terre le Grim Knight, un Batman ultra-violent venu d’une autre dimension. Tous deux s’introduisent dans l’asile d’Arkham pour tenter d’y assassiner le Joker. Parvenant à s’échapper, le Clown Prince du Crime se rend à la Batcave. Après un affrontement avec Batman, le Joker meurt. Mais il libère un poison qui infecte Batman. Le Chevalier Noir commence dangereusement à se transformer en Batman qui Rit

 

batman qui rit bruce wayne
(image © DC Comics)

 

Du Scott Snyder pur jus !

Avec Le Batman qui rit, Scott Snyder prolonge plusieurs concepts dont il est l’instigateur. De ce point de vue, cet album s’inscrit parfaitement dans le prolongement des idées installées depuis des années par Scott Snyder. Bien entendu, il y a le fameux Batman qui rit, sorte de fusion ultime et intime entre Batman et son ennemi juré. Un être extraordinaire qui conjugue la force de 2 personnages emblématiques et populaires. Avec logique, Scott Snyder y greffe la suite de son Batman : Sombre Reflet, continuant à explorer les liens entre James Gordon et son fils dément. Autre élément « snyderien », le scénariste ne peut s’empêcher de rajouter son concept de Cour des Hiboux. Enfin (ouf !), il englobe le tout avec ses « marottes » habituelles : l’histoire de Gotham City, sa fascination pour les symboles et la mise en scène d’un Batman qui, une fois encore, semble ignorer tout de même pas mal de choses sur « sa » ville, une ville qu’il défend depuis des décennies…

 

batman qui rit joker
(image © DC Comics)

 

Le trop est l’ennemi du bien

Mais à trop vouloir en faire, Scott Snyder se perd un peu en cours de route. Résumons : Le Batman qui rit réunit le Batman qu’on connait, infecté et limite psychotique ; le Batman qui rit ; le Grim Knight violent et bad ass ; le Joker et le fils du commissaire Gordon, potentiellement déjà bien atteint depuis Sombre Reflet (même si S. Snyder opère ici un changement). Il y a donc dans Le Batman qui rit un grand nombre de psychopathes. Trop même. Car à force de cumuler 3, voire 4, versions démentes d’un même concept, plus les autres personnages, Scott Snyder n’a plus la place pour développer correctement son intrigue. Certes, l’intrigue de son Batman qui rit libère un tourbillon de violence, de scènes démentes, iconiques et attendues depuis longtemps. Mais par moment, on aurait aimé que le récit se calme un peu pour creuser ces personnages.

 

batman qui rit eduardo risso
(image © DC Comics)

 

Le très bel épisode sur le Grim Knight signé Eduardo Risso

Dans l’album Le Batman qui rit, on retrouve un épisode spécial consacré à ce fameux Grim Knight et signé Scott Snyder, James Tynion IV et Eduardo Risso. Tout le talent artistique du dessinateur éclate dans cet épisode construit autour de flashback qui racontent précisément l’histoire du Grim Knight, une espèce de croisement entre Batman et le Punisher. Eduardo Risso alterne les planches encrées dans le style, superbe, tout en aplats, qu’on lui connait, avec d’autres planches peintes pour les flashbacks. Flashbacks au cours desquels le lecteur découvre un Grim Knight beaucoup moins « bourrin » qu’on ne l’aurait cru à la lecture de la minisérie principale. Espérons qu’on aura l’occasion de le retrouver, car il s’avère en fin de compte aussi intéressant que le fameux Batman qui rit. Bref, voici un oneshot pas si optionnel qu’on pourrait le penser.

 

batman qui rit gordon grim knight
(image © DC Comics)

 

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(image © DC Comics)

 

Les dessins torturés de Jock

Le dessinateur de ce Batman qui rit, c’est l’artiste Jock, une vieille connaissance de Scott Snyder puisque les 2 comparses ont déjà œuvré sur l’excellent Wytches. Une évidence, tant le style déjanté et torturé de Jock convient parfaitement à cette histoire. Le dessinateur Jock retranscrit à la perfection la perversion et la dangerosité du Batman qui Rit, qui parfois se résume à une bouche édentée et pernicieuse. Ou la démence qui s’insinue progressivement dans l’esprit d’un Bruce Wayne bavant, l’œil exalté, sombrant peu à peu dans la folie. Les hallucinations de Batman sont l’occasion pour Jock de planches totalement folles, en roue libre presque, qui transpirent un malaise saisissant qui se prolonge après la lecture de Batman qui rit

batman qui rit couverture
(image © DC Comics, Urban Comics)

Le Batman qui rit est un comics publié en France par Urban Comics.

 

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(image © DC Comics)




A propos Stéphane Le Troëdec 367 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.