Inhumans, By Right of birth : le meilleur des Inhumains toujours inédit en France ? [avis]

(image © Marvel Comics)

Souvent, on pense que Inhumans – Tour d’ivoire représente le meilleur travail sur les Inhumains de Marvel. Et c’est partiellement vrai. Car le catalogue Marvel regorge encore de pépites toujours inédites chez nous. Et parmi celles-ci figure Inhumans, By right of birth réalisé par Ann Nocenti, Bret Blevins et Al Williamson. Une histoire forte, mise en image de manière sublime.
■ par Doop

(image © Marvel Comics)

 

Un mot sur Ann Nocenti et Bret Blevins, les auteurs de Inhumans, By right of birth

Connaissez-vous Ann Nocenti ? Avant de devenir scénariste, Ann Nocenti a tout d’abord été éditrice chez Marvel, supervisant par exemple les meilleurs moments de la série Rom Spaceknight ou des X-Men. Ses histoires ont toujours été politiquement engagées et souvent hors des sentiers battus. C’est la 1re qui a osé sortir Daredevil de son cadre urbain et le confronter au terrible Mephisto. C’est aussi, avec John Romita jr, la créatrice de Typhoïd Mary, qui deviendra son personnage fétiche. Ann Nocenti la réutilisera dans certains épisodes de Spider-Man mais aussi dans une mini-série éponyme. Ses histoires ont un véritable côté Vertigo : les problèmes sociétaux forts, la réaction parfois disproportionnée de certains personnages ainsi que l’étrangeté de certaines situations. Ann Nocenti produira d’ailleurs la série Kid Eternity pour le label de DC Comics… Et Bret Blevins ? Ce nom vous dit quelque chose ? Ce ne serait pas le gars qui avait charcuté les Nouveaux Mutants après le départ de Chris Claremont ? Le dessinateur qui a commis l’irréparable en introduisant le personnage de Bird Boy dans la série et qui a tué, avec Louise Simonson, Doug Ramsey ? Effectivement. Et si je dois moi-même reconnaitre que sa prestation originale sur la série New Mutants est loin d’être la plus convaincante, précisons que ses meilleurs travaux n’ont quasiment jamais été publiés en VF (des épisodes censurés l’époque par Lug ou de nombreux Batman). Avec le temps, j’ai découvert que Bret Blevins est non seulement un grand dessinateur mais aussi un excellent narrateur. Ce qui ne collait pas sur New Mutants était surtout l’encrage très méticuleux de Terry Austin. Vous allez voir qu’avec le vétéran Al Williamson, qui donne une rondeur et une finesse à ses traits, c’est tout simplement magnifique. Quant à Al Williamson, est-il encore besoin de présenter cette légende du dessin des années 50, reconverti dans les années 80 à l’encrage ou il va sublimer, par exemple, les crayonnés de John Romita jr sur Daredevil, de John Buscema sur Wolverine ou encore de Rick Leonardi sur Spider-Man 2099.  Avec une telle équipe artistique, cette aventure s’annonçait sous les meilleurs auspices. Et effectivement, c’est du très lourd. Si on ne devait retenir que 2 titres Inhumans, ce serait Tour d’Ivoire, la mini-série de Paul Jenkins et Jae Lee… Et ce Graphic Novel d’Ann Nocenti et Bret Blevins !

 

(image © Marvel Comics)

 

Eugénisme, écologie et humanité

Tout commence par le suicide d’une inhumaine qui doit subir un mariage forcé. En effet, pour des raisons génétiques, il est impossible pour les Inhumains de choisir son partenaire. C’est un conseil de Sages qui décide qui doit enfanter avec qui, afin de protéger au mieux la race ! Dès le départ, le ton est donné. Ann Nocenti va chercher le pire dans les petits méandres de l’histoire des Inhumains afin de mieux donner une vision sociale à son comics. Ce qui est toujours très appréciable, c’est qu’elle fait s’affronter 2 visions de la loi inhumaine : ceux qui sont favorables au respect de la tradition pour protéger au mieux une race en voie d’extinction (Gorgonne, Flèche Noire) et ceux qui trouvent l’idée dangereuse (Karnak, Crystal). Ann Nocenti a parfaitement compris l’enjeu et la personnalité des personnages. Karnak fait remarquer à Triton, qui défend la loi, que c’est à cause de celle-ci qu’il a une face de poisson dont tout le monde se moque et qu’il doit s’isoler des autres pour respirer sous l’eau. Le ton de départ est donné et va rapidement être chamboulé lorsque Medusa apprend à Flèche Noire qu’elle est enceinte. Lorsque les 2 monarques annoncent au peuple la bonne nouvelle, la naissance de l’enfant se voit interdite par le Conseil. Ce dernier a peur que l’enfant n’ait les pouvoirs de son père et la folie de son oncle Maximus. Devant cette décision, approuvée par Flèche Noire, et refusant d’avorter son enfant, Medusa part sur Terre, en dépit de l’air pollué de cette dernière qui a tendance à déstabiliser la santé des inhumains. Après de longues discussions, toute la Famille royale (en dehors de Flèche Noire) décide de suivre leur reine sur notre planète. À cette occasion, Crystal va utiliser ses pouvoirs élémentaux pour « dépolluer » l’endroit où s inhumains se trouvent : une sorte de squat habité par des marginaux qui veulent se mettre au ban de la société. Ils seront rejoints par Maximus, qui s’est échappé de prison et qui va manigancer dans l’ombre pour des raisons qui ne seront dévoilées qu’à la fin.

 

(image © Marvel Comics)

 

Tout acte a ses conséquences

Mais l’intervention de Crystal sur le climat du squat va déclencher une cascade d’évènements. N’aimant pas que l’on joue avec elle, la nature va proprement se rebeller en envoyant une créature élémentale contre les Inhumains. Alors que le bébé de Medusa s’apprête à naitre (il a une croissance très rapide) et qu’on ne sait pas s’il sera aussi fou et destructeur que son père et son oncle, les éléments se déchainent ! Maximus hallucine et tue le responsable du camp. Tout se termine lors d’une confrontation entre le bébé et la créature ainsi que le retour à Attilan, la cité des inhumains, où l’enfant est confisqué par le conseil, qui va juger s’il est dangereux ou pas. Il faut dire que l’enfant est plutôt bizarre puisqu’il ne parle pas et semble posséder un fort pouvoir intérieur. J’aime énormément la manière dont la scénariste ne tranche pas : au tout début, des images du fœtus dans le ventre de Medusa peuvent nous faire penser que ce dernier est une monstruosité. Sentiment qui s’accroit lors de l’accouchement. Pour ne pas être résolu à la fin, ce qui permet toutes les interprétations ainsi qu’une fin plutôt délicate. Le discours écologiste est très présent et les tensions entre l’équipe sont exacerbées par la création d’un trio amoureux entre Gorgonne, Karnak et une jeune servante de Medusa. La fin de la série nous dévoile aussi un plan machiavélique et à long terme de Maximus, qui est à rapprocher de la légende arthurienne. En clair, nous avons ici une saga humaine, proposant des thèmes très forts et maitrisée de bout en bout en dépit de quelques exagérations typiques de la scénariste. Et que dire des dessins ?

 

(image © Marvel Comics)

 

Une partie graphique à tomber par terre

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Jamais Bret Blevins n’a livré des planches aussi fabuleuses
. Dans Inhumans, By right of birth, ses compostions sont excellentes, à mi-chemin entre le cartoon et la fantasy. De fait, il est l’illustrateur idéal pour représenter une famille royale (élément fantasy) ainsi que les interactions entre les personnages. C’est difficile pour un dessinateur de représenter les réactions de Flèche Noire, un héros muet. Il faut passer par toute une palette d’émotions que Bret Blevins maitrise parfaitement. De plus, il est particulièrement à l’aise lorsqu’il doit représenter une créature élémentale, complètement formée de bric et de broc. Sublimés par l’encrage doux et rond d’Al Williamson, les dessins se voient encore plus mis en avant par la colorisation délicate de John Higgins. S’il y a une page à retenir, c’est celle où Crystal retire la pollution de l’air lors d’une splash page qui nous fait particulièrement bien ressentir la communion de la princesse avec les éléments. Tout est résumé dans ce seul dessin ! Vous l’avez compris, Inhumans, By right of birth est une œuvre splendide, qui mériterait une publication en France. Je comprends que les dessins de Bret Blevins pourraient paraitre un peu désuets pour le public actuel mais arrêtons-nous 2 secondes et précisons que les artistes aux commandes des séries Inhumans étaient à un moment Jonboy Meyers et Charles Soule. Tout est dit ! Ruez-vous sur Inhumans, By right of birth , même si c’est en VO ! Pour info, les intrigues sur le fils de Medusa et de Flèche Noire trouveront leur conclusion dans la série Daredevil, par la même Ann Nocenti, toujours accompagnée d’Al Williamson mais avec cette fois-ci John Romita jr aux dessins. ■

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Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.