Heroes in Crisis : Une Crisis qui n’est pas celle qu’on croit ! [avis]

Heroes in Crisis Bosster Gold Blue Beetle
(image © DC Comics)

 

Une crise sans action

Vous vous attendez à des combats dantesques ? Vous risquez d’être extrêmement déçus ! Ce n’est pas du tout le point de vue adopté ici : dans Heroes in Crisis, les combats sont tout le temps à échelle humaine. Qu’on se le dise : tout est dans l’introspection ! Et c’est aussi, après tout, une bonne idée. Sauf que ce n’est pas très nouveau chez Tom King et que finalement, on a l’impression d’une redite un peu mièvre de l’excellet Mister Miracle, qui utilisait lui aussi le principe des grosses batailles hors-champ. Mais encore une fois, les 2 séries ne s’adressent certainement pas au même public. Cela peut toutefois donner l’impression que dans Heroes in Crisis rien ne se passe et que le rythme est très lent. Ce qui, à la base ne me gêne pas. Mais le problème c’est que, de manière générale, Heroes in Crisis hésite toujours un peu entre l’introspection pure, l’analyse fouillée des personnages, et l’action qui doit quand-même être au cœur du récit. Le 1er épisode n’est à la rigueur qu’une grosse scène de bagarre entre Booster Gold et Harley Quinn. Et c’est l’un des défauts majeurs de Heroes in Crisis qui aurait dû soit durer une dizaine de numéros en plus et ne s’intéresser qu’à la psychologie des personnages, soit ne proposer qu’une histoire à base d’action et de recherche du meurtrier. Le dosage entre ces 2 directions ne fonctionne pas selon moi.

 

Heroes in Crisis Harley Quinn Booster Gold
(image © DC Comics)

 

Des dessins au top !

Avec Heroes In Crisis vous allez en avoir plein les yeux ! Clay Mann réalise plus de la moitié de l’histoire et il est très efficace pour restituer les scènes d’action avec peu de protagonistes. Ses personnages sont beaux, le storytelling est impeccable. Avec cette histoire, Clay Mann prouve qu’il peut largement entrer dans la catégorie des dessinateurs principaux de la firme. Il est de plus secondé par Mitch Gerads, le complice habituel de Tom King, Travis Moore et Lee Weeks, qui sont tous des artistes de 1er plan. Les transitions graphiques sont assez naturelles, la colorisation permettant d’atténuer les différences de style. Ce ne sont pas des dessins très originaux ou différents, avec des effets de style particuliers, mais simplement de très bons dessins de comics. C’est malheureusement de plus en plus rare et cela mérite d’être souligné.

 

Heroes in Crisis Booster Gold
(image © DC Comics)

 

Une fin très décevante

Les 2 derniers numéros de Heroes In Crisis font malheureusement dégringoler l’intérêt et l’originalité de la série. Tom King voulait-il surprendre son auditoire ? Je ne sais pas, mais à partir de la révélation finale du meurtrier, le récit s’enlise dans une histoire de dépression qui encore une fois rappelle Mister Miracle, sauf qu’elle ne tient pas vraiment la route tellement elle semble forcée. Tout est réalisé à partir de circonvolutions, de faux semblants et de voyages temporels. Ce qui n’est pas surprenant lorsqu’on sait que Sanctuary dispose de projecteurs de réalité virtuelle et que Booster Gold vient du futur. Ces éléments ne constituent en rien un spoiler puisqu’ils sont donnés dès le départ mais complexifient inutilement le récit. De fait, la partie intéressante, soit les confessions des héros, est rapidement expédiée et englobée dans une sorte de plan machiavélique tordu et inutilement complexe. De plus, on commence à s’enfoncer inutilement dans le pathos et le glauque. Pourtant c’est ce que l’auteur avait réussi à éviter avec Mister Miracle. La révélation du meurtrier de Heroes in Crisis va, en tout cas, susciter beaucoup de réactions. Pour ma part, je trouve qu’elle n’est pas vraiment justifiée. On eu un peu tendance à s’acharner sur ce personnage depuis le New 52. De fait, on se demande si c’est un réel choix de l’auteur où une véritable décision éditoriale. A-t-on voulu se séparer d’un élément dont on ne sait pas quoi faire et qui n’a, en dépit de tout son historique chez DC, plus réellement de place au sein de la firme depuis 6 ou 7 ans ? C’est possible. De fait, cela donne une dimension glauque et un peu malsaine inutile, redondante avec le travail du scénariste sur Mister Miracle et en tout cas, exécutée de manière beaucoup moins délicate. De fait, Heroes In Crisis se rapproche beaucoup plus d’Identity Crisis (une tendance au glauque et à la désacralisation de certains personnages) que d’un Crisis On Infinite Earth et ses aspects héroïques. Dommage. ■

Heroes in Crisis
(image © DC Comics)




A propos Doop 231 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.