Entretien : Sebastian Girner au sujet de « Shirtless Bear Fighter » et de « Brigands & Dragons »

 

(image © Marvel Comics)

 

Vous avez travaillé avec Jason Aaron sur Punisher MAX. Pouvez-vous nous raconter votre 1re rencontre ?

Je ne m’en souviens pas. Si attendez… En fait, on a travaillé pendant pas mal de temps sans jamais se rencontrer, par mail ou par téléphone. C’est fréquent dans l’édition de comics. Notre 1re rencontre remonte à l’époque où nous commencions à travailler sur Punisher MAX avec Steve Dillon. Je crois que c’était à la New York Comic Con. En fait je me suis présenté à lui tout simplement en lui disant que j’étais son editor. C’était la 1re fois qu’il a pu mettre un visage sur ma voix. C’était assez drôle. Jason est quelqu’un de très sympathique, d’adorable… Même s’il écrit des histoires atroces ! (rires)

 

Les comics cultivent votre esprit. C’est pour ça que je n’ai jamais arrêté d’en lire !

 

Vous semblez être à l’aise dans tous les genres. Quel est votre secret ?

J’ignore si j’ai un secret. J’ai toujours aimé lire des bandes dessinées. Je suis né en Allemagne et j’ai grandi aux États-Unis. Je suis revenu vivre en Allemagne lorsque j’étais adolescent. Et je suis allé en fac… au Japon ! Donc j’ai très vite découvert différents types de bandes dessinées. Les comics de superhéros, bien sûr, les comics indé mais aussi la BD franco-belge ou les mangas. Donc mon travail, et plus précisément celui d’editor, a été influencé par cette ouverture à toutes ces cultures très différentes. C’est important de laisser les artistes, scénaristes et dessinateurs, développer leurs propres histoires, leurs propres « voix ». Je suis moi-aussi scénariste, et je sais à quel point il est important de communiquer avec les autres créateurs, d’accepter leurs points de vue. J’adore collaborer avec un dessinateur, qu’il propose des idées de scénario. J’aime cette idée qu’une œuvre soit bien plus que la somme des talents de ses créateurs.

 

Calvin & Hobbes

 

Vous souvenez vous de votre tout 1er comics ? Et qu’en avez-vous pensé ?

Je ne me souviens pas du tout 1er comics que j’ai lu. Je devais avoir 3 ou 4 ans, mes parents, ma sœur et moi venions d’aménager aux États-Unis. Mes parents voulaient que j’apprenne l’anglais rapidement pour que je m’intègre, me fasse des amis… Alors ils m’ont offert des comics ! Je crois que le 1er comics que j’ai vraiment adoré, c’était Calvin et Hobbes de Bill Watterson. Bien sûr, je me sentais proche de ce petit garçon. Enfant, je jouais souvent seul. Forcément, le petit Calvin et son pote imaginaire, ça me parlait énormément. C’est vraiment un de mes comics préférés. Un autre comics qui m’a particulièrement marqué, c’est le Prince Valliant d’Harold Foster. J’adorais ces magnifiques pages, j’avais l’impression qu’on pouvait entrer dans l’image pour explorer cet univers fabuleux. C’est une des 1res séries que j’ai suivie, notamment parce que mon père adorait lui aussi les récits d’aventure. C’est d’ailleurs lui qui m’a passé le virus en m’offrant mon 1er numéro. Je ne suis passé aux superhéros que plus tard, vers 13 ou 14 ans, avec Spider-Man, par exemple. Mais je suis aussi resté fidèle aux « vieux » comics. Ils étaient un peu comme un meilleur copain. Je pouvais les emporter partout. D’une certaine manière, vous pouviez embarquer tout un univers fabuleux dans un simple sac. Je crois qu’il y a quelque chose de spirituel dans les comics : ils « cultivent » votre esprit. C’est pour ça que je n’ai jamais arrêté d’en lire ! (rires). ■

 

Propos recueillis par Stéphane Le Troëdec, le 27 octobre 2018 à la Comic Con Paris.
Remerciements particuliers à Stéphanie Moennard et à l’équipe de Hi Comics pour l’organisation de cet entretien.




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Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.