Entretien : Sebastian Girner au sujet de « Shirtless Bear Fighter » et de « Brigands & Dragons »

(image © Image Comics)

Sebastian Girner est scénariste et editor et vit à Brooklyn. Il commence sa carrière chez Marvel où il édite des séries comme Punisher MAX (avec Jason Aaron et Steve Dillon) ou Cable. On le retrouve ensuite chez Image Comics où s’occupe de séries comme Deadly Class ou Southern Bastards. En 2017, Sebastian Girner fait ses débuts comme scénariste avec Brigands & Dragons et l’atypique Shirtless Bear Fighter, tout deux publiés chez Hi Comics.
■ par Stéphane Le Troëdec

 

(image © amazon)

 

Pouvez-vous nous parler de la création de Shirtless Bear Fighter ?

Shirtless Bear Fighter est un comics que j’ai créé avec Jody Leheup, le co-créateur de la série, juste après notre départ de Marvel Comics où je travaillais en tant qu’editor. Nous avons travaillé ensemble pendant pas mal de temps. Nous avons même été colocataires ! Après nos journées de travail, nous rentrions chez nous très fatigués … pour bosser sur nos propres comics ! Jody et moi adorions les films d’action décérébrés, et surtout leurs personnages incroyables. Je ne sais plus vraiment qui a eu l’idée du Shirtless Bear Fighter. L’un de nous a sans doute parlé d’un de ces personnages un peu idiots qu’on voyait dans les films, l’autre a certainement enchainé avec ce titre, Shirtless Bear Fighter, et nous nous sommes dit : « Wow ! C’est un super titre ! ». Donc nous avions un titre… Et on a vite décidé d’en faire un comics ! On sentait bien qu’il y avait un concept intéressant. On a commencé à chercher des idées, et petit à petit nous avons abouti à ce comics avec des personnages comme on les aime, et une histoire comme on les aime. On voulait que ce soit drôle et joyeux. Pour nous, c’était ce qui manquait à pas mal de comics sur lesquels nous bossions. On a vraiment conçu Shirtless Bear Fighter comme si c’était le dernier comics qu’on allait faire, histoire de n’avoir aucun regret.

 

Comment le public réagit il à Shirtless Bear Fighter?

La 1re réaction du public, je pense, c’est de se marrer. Le titre est drôle. Le logo est particulièrement évocateur et la couverture superbe. Encore aujourd’hui, en convention, lorsque les lecteurs découvrent Shirtless Bear Fighter, on les voit sourire et se marrer. Évidemment, il y en a une petite partie qui trouve ça débile, mais la plupart feuillètent l’album… et repartent avec ! Avec un titre et un pitch pareil, on s’attend forcément que ce soit un peu idiot, un peu grotesque ou exagéré. Mais le public adore ce genre de chose. Cela dit, ça n’empêche pas ce comics d’être une bonne histoire, accessible et directe. Mine de rien, il y a du fond dans Shirtless Bear Fighter. On y parle de la colère et de ses conséquences, des blessures intérieures, des traumas du passé. Et tout ça avec de l’humour et… un type qui se balade à poil dans la forêt !

 

Shirtless Bear Fighter (image © Image Comics)

 

Le héros de Shirtless Bear Fighter m’a rappelé le personnage de Riggs dans la série L’Arme Fatale ou bien encore le Snake Plissken de John Carpenter.

C’est une figure classique du cinéma d’action, le héros revenu de la guerre et qui prend sa retraite. OK, parfois c’est traité de manière si sérieuse que ça devient ridicule. Le héros doit lutter contre son aigreur, sa colère intérieure. Dans Shirtless Bear Fighter, le personnage principal est lui aussi très énervé, car Jody et moi pensions que ça le rend très amusant. Toute cette colère le rend presque ridicule. Nous voulions vraiment que le personnage soit comme cela. Un autre stéréotype que nous avons emprunté aux films d’action, c’est le FBI qui débarque pour chercher le héros. Cela permet de structurer l’histoire comme dans ces films, et mine de rien de gagner du temps dans la narration.

 

Avez-vous eu des problèmes avec la censure ? Je pense notamment au « snap ! », l’onomatopée du sexe du héros quand il frappe quelque chose. C’est vous qui l’avez imaginé ?

À l’origine, il n’y a pas de censure dans Shirtless Bear Fighter. Mais on s’est vite rendu compte que c’était encore plus drôle avec les pixels ! Un peu comme dans ces vidéos où les injures sont remplacées par des « biiiip ». Donc, quelque part, cette autocensure a permis d’améliorer notre travail.

 

Brigands & Dragons (image © Hi Comics)

 

Vous avez aussi écrit Brigands & Dragons qui s’inspire énormément des jeux de rôle. Vous êtes vous-même rôliste ?

Un petit peu. J’ai grandi en lisant pas mal de romans de fantasy. Gamin, j’ai pas mal joué avec mes amis à des jeux de plateau comme Heroquest, qui est une version simplifiée de Donjons et Dragons. Par la suite, avec les consoles Nintendo et Super Nintendo, j’ai découvert Final Fantasy, Dragon Quest, Secret of Mana, Chrono Trigger. J’aimais beaucoup l’énergie, le ton et l’ambiance de ces jeux vidéo. On y retrouvait un peu le style de fantasy qu’on trouvait dans Bilbo Le Hobbit ou Le Seigneur des Anneaux mais un style original, lumineux et drôle. C’est aussi ce qu’on a essayé de faire avec Brigands & Dragons.

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A propos Stéphane Le Troëdec 166 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.