Southern Bastards, tome 4 : regarde les hommes pourrir [avis]

(image © Image Comics)

Amateurs de football américain ou pas, Southern Bastards est le comics de Jason Aaron à suivre ! Coups bas, magouilles et touchdowns s’enchainent dans le dernier tome d’un comics violent mais magnifique.
■ par Stéphane Le Troëdec

 

Sale temps pour Euless Boss ! Les Rebs, l’équipe de foot locale qu’il entraine, vient de perdre face à Wetumka, leurs rivaux de toujours. Une défaite qui annonce un déferlement de violence inhabituelle sur Craw County. Roberta Tubb, la fille d’Earl, tué par Euless, est de retour en ville, pour trouver le coupable. Et dans l’ombre, certains notables de la ville commencent à fomenter un complot contre Euless…

 

southern Bastards euless boss
(image © Image Comics)

 

Le goût d’une bière éventée…

Southern Bastards sent la transpiration d’un vestiaire d’après-match. Ça fait le bruit d’un nez qui casse après qu’on ait pris un bourre-pif. Ça a le gout d’une bière éventée dans un rade paumé. Southern Bastards c’est la texture rugueuse du cuir usé d’un vieux ballon de football… Bref, Southern Bastards ne verse jamais dans l’image idyllique d’un Kansa cœur de l’Amérique. Disons que l’office du tourisme ne remerciera certainement pas Jason Aaron ni Jason Latour (et Sebastian Girner, au poste d’editor sur Southern Bastards). Ici, on n’est plus dans la série  Car les trois compères non content de raconter une histoire originale dans le milieu du sport, ils nous dressent le portrait d’hommes corrompus, pourris et lâches. Mais ce sont de magnifiques salopards, ces « bâtards »-là ! Euless Boss, en tête, superbe et minable tyran, souverain d’un royaume décrépi, entraineur d’une équipe de foot en pleine déliquescence au championnat. Autre figure important de Southern Bastards : Earl Tubb, vu dans le tome 1 de Southern Bastards, assassiné par Boss. Ce tome 4 Southern Bastards vient affiner le personnage, beaucoup moins propre qu’on ne pouvait l’imaginer.

 

southern bastards roberta tubb euless boss
(image © Image Comics)

 

La rencontre entre Euless Boss et Roberta Tubb

Roberta Tubb est arrivé à Craw County avec derrière la tête de retrouver le meurtrier son père Earl. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on attendait la rencontre, le match dirais-je, entre Roberta et Euless avec impatience ! Une confrontation qu’on espérait dans le tome 3 de Southern Bastards mais, non, les auteurs avaient choisi de raconter le passé d’Euless. Sa rencontre avec Roberta n’en a ici que plus d’impact. Car le choc promis a bien lieu dans ce tome 4 ! Et on n’est pas déçu. Avec cette finesse de la part de Jason Aaron qui fait qu’aucun personnage ne sort indemne de cette confrontation. Personne n’est tout blanc ou tout noir. C’est ainsi qu’on se surprend à prendre cette pourriture absolue d’Euless en pitié. Et bien évidemment, cette tension aboutit à un regain de violence dans Southern Bastards.

 

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(image © Image Comics)

 

Touchdown !

Southern Bastards est aussi un comics de sport, en plus d’être une peinture cinglante du Texas et une allégorie de la condition humaine. Le contexte sportif trouve ici un sens particulier, puisqu’à l’image de son entraineur, corrompu jusqu’à la moelle. N’attendez pas ici le glamour de la NFL (National Football League), de ses stars et de ses paillettes. À Craw County, le foot, c’est un sport de bourrins et de crapules. On n’hésite pas à monter un cambriolage de toutes pièces uniquement pour aller casser les jambes du receveur de l’équipe adverse. Ne cherchez pas la lueur de l’espoir sur le terrain. Dans Southern Bastards, vous risquez surtout de prendre un violent plaquage suivi d’un coup de pied dans les burnes. Ça fait mal, oui, mais Southern Bastards est le genre de match pour lequel on rêve de prolongations tant c’est bon ! ■

couverture du tome 4 de Southern Bastards (image © Urban Comics)




A propos Stéphane Le Troëdec 268 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.