Fantastic Four : Grand Design : un hommage vibrant aux 4 Fantastiques de Stan Lee et Jack Kirby destiné principalement aux connaisseurs !

comics Fantastic Four Grand Design
(image © Marvel Comics, Panini Comics)

 

Les fans pourraient crier au scandale (mais ils feraient bien de réfléchir)

Avec Fantastic Four : Grand Design, les fans respectueux de la stricte continuité crieront au scandale, sans aucun doute. Les autres lecteurs pourront commencer à comprendre la démarche de Tom Scioli. Fantastic Four : Grand Design ne peut donc pas se lire comme un résumé fiable, encore moins exhaustif, des 1re années d’aventures des 4 Fantastiques. En réalité, Tom Scioli nous livre sa version des 4 Fantastiques : il réalise un travail de réappropriation curieux, étonnant, parfois bizarre, mais très intéressant, à partir du moment où on accepte le principe, entre le guide, l’hommage, le what if ? et la parodie.

 

comics Fantastic Four Grand Design
(image © Marvel Comics, Panini Comics)

 

Un décalque de Jack Kirby doublé d’un hommage

La relecture de ce Fantastic Four : Grand Design se double d’une « ré-exploration » graphique du style de Jack Kirby. Aucun doute, Tom Scioli l’a expliqué en interview, et son travail sur American Barbarian et évidemment Jack Kirby : The Epic Life of the King of Comics : l’artiste est un grand admirateur du dessinateur des 4 Fantastiques. L’hommage est donc aussi graphique. C’est bien simple : pour ainsi dire, Tom Scioli « picore » à travers les épisodes Fantastic Four du King. Il pioche des cases symboliques pour les décalquer au cadrage près, mais en gardant son style propre, pour le coup un peu plus brouillon que celui qu’on lui connaissait avant. C’est aussi pour Scioli l’occasion de faire des essais graphiques, comme le design de L’Invisible, dont les veines deviennent ici apparentes, la rapprochant plus d’un monstre qu’autre chose. Fantastic Four : Grand Design, c’est : et si on redessinait ses 4 Fantastiques, au plan près, mais qu’on racontait les mêmes choses mais autrement, et en les modernisant ? Quelque part, la démarche n’est pas très éloignée de ce que Gus Van Sant a fait sur Psycho en hommage à Alfred Hitchcock.

 

comics Fantastic Four Grand Design
(image © Marvel Comics, Panini Comics)

 

Donner l’impression d’une fresque épique

Mais revenons à la narration, là aussi très particulière de Fantastic Four : Grand Design. Les comics FF de Stan Lee et Jack Kirby se développent de manière empirique, sans grand plan d’ensemble installé dès le 1er épisode, sans « grand dessein » (Grand Design). Pour faire simple : Ni Stan Lee ni Jack Kirby n’avaient prévu qu’ils travailleraient si longtemps sur les aventures de Reed et les siens ; ils enchaînaient donc les épisodes sans forcément penser sur le long terme. Sur Fantastic Four : Grand Design, la démarche de Tom Scioli est inverse : il prend tous leurs épisodes et les réécrit pour donner l’impression qu’ils constituent un grand ensemble, un gigantesque bloc narratif. Cela donne des raccourcis curieux, parfois même trop rapides, voire à la limite du zapping. Tom Scioli brise le schéma intro-développement-conclusion des épisodes qu’on connaît, pour recomposer autre chose. Fantastic Four : Grand Design est dense, les aventures s’enchaînent à un rythme effréné, le tout supporté par des bulles de texte réduites par la force des choses (on reviendra plus bas sur la petite taille des cases). Autant dire qu’il vaut mieux bien connaître les histoires originelles pour profiter pleinement du spectacle, sous peine d’être complétement largué par le travail de Tom Scioli.

 

comics Fantastic Four Grand Design
(image © Marvel Comics, Panini Comics)

 

Un album gigantesque avec des planches de 25 cases !

Car du spectacle, il y en a, dans Fantastic Four : Grand Design. Par la nature même des aventures échevelées des 4 Fantastiques, évidemment. Et puis, ce qui frappe au 1er regard, c’est le format gigantesque de cet album de la collection Grand Design. Cela implique un changement de taille : au lieu du traditionnel gaufrier à 9 cases par page, Tom Scioli utilise un gaufrier de 5 x 5 cases. Soit 25 cases sur une seule planche ! Tout le paradoxe, c’est qu’on se retrouve donc avec des pages certes énormes mais remplies d’un grand nombre de petites cases. D’où un inconvénient pour le texte des bulles, qui doit se limiter à une poignée de mots pour rentrer à l’intérieur. Par ailleurs, Fantastic Four : Grand Design respecte le cahier des charges graphique de la collection « Grand Design » : l’émulation du vieux papier jauni et des couleurs délavées (sur du papier glacé, et pas un papier mat, curieusement). La couverture est à l’image de l’ouvrage : espiègle et intelligent. À 1re vue, seul les personnages masculins des 4 Fantastiques seraient représentés. Une erreur, un oubli ? Non, puisqu’en réalité Susan Richards est bien présente, mais visible uniquement… en surbrillance grâce à un vernis sélectif ! ■

comics Fantastic Four Grand Design
(image © Marvel Comics, Panini Comics)

Fantastic Four : Grand Design est un comics publié en France chez Panini Comics. Il contient : Fantastic Four : Grand Design n°1 et 2.

 

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A propos Stéphane Le Troëdec 475 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.