Civil War, édition grand format : le noir et blanc convient-il bien au dessin de Steve McNiven ? [avis]

(image © Marvel Comics)

La réédition de la saga culte Civil War en grand format et en noir et blanc permet de profiter pleinement du dessins à la fois délicat et puissant de Steve McNiven.
■ par Stéphane Le Troëdec

 

(image © Marvel Comics)

 

Plongez au plus près des détails ! En offrant un grand format à Civil War, Panini Comics nous propose de revisiter une fois encore ce classique des comics contemporains. Une fois en main, on se dit que la redécouverte sera hors norme : Civil War éditions noir et blanc impressionne par ses dimensions king size. Mieux encore : le noir et blanc pur vient souligner toute la délicatesse et l’intensité du dessin que Steve McNiven met au service de l’action.

 

(image © Marvel Comics)

 

Civil War, point d’entrée ou de retour

Steve McNiven fait partie des « valeurs sures », ces dessinateurs suffisamment populaires pour que leur seul nom sur une couverture garantisse le succès d’un comics. Depuis des années, Marvel Comics lui fait confiance pour mettre en valeur ses gros projets comme Old Man Logan et La Mort de Wolverine. C’est sans aucun doute grâce à la saga Civil War que Steve McNiven s’est installé dans le carré des dessinateurs les plus plébiscités. À la sortie de Civil War, cette fable politique, allégorie de la dérive sécuritaire, est devenu un classique quasi instantané. Plus même : un point d’entrée pour découvrir le Marvel contemporain à tout une génération de nouveaux lecteurs et faire revenir d’anciens fans à leurs 1ers amours.

 

(image © Marvel Comics)

 

« Le plus difficile, c’est de dessiner moins »

Un des secrets de Steve McNiven, c’est certainement un style de dessin photoréaliste qui n’appartient qu’à lui. Ce style, c’est sa marque de fabrique depuis ses débuts sur Meridian chez Crossgen Comics. Les personnages de Steve McNiven donnent l’impression d’être dessinés à partir de modèles qu’on aurait habillés en superhéros et dont on aurait gommé la plupart des détails. Regardez attentivement les visages de Captain America, de Peter Parker ou Tony Stark : on les croirait presque vivants. Pour cela, Steve McNiven n’a jamais besoin de remplir l’espace de détails. Et il utilise cette méthode à la perfection. Comme le dit l’artiste lui-même* : « le plus difficile, c’est de choisir ce qui doit apparaitre (…), la vraie difficulté, c’est de dessiner moins, pas de dessiner plus ». Économe ? Certainement. Efficace ? Sans aucun doute ! Surtout pendant les scènes de dialogues, et dans Civil War, elles sont très importantes. On reste captivé par les portraits des personnages. L’absence de couleurs ne gêne jamais la compréhension. Avec d’autres artistes, sans la couleur on aurait peut-être du mal à reconnaitre certains personnages. Chez Steve McNiven, ce n’est jamais le cas, et pourtant Civil War regorge de superhéros.

 

(image © Marvel Comics)

 

Des scènes d’action intenses et inoubliables

Les scènes d’action profitent pleinement de ces choix. Steve McNiven plonge le lecteur au milieu des scènes de combat. D’abord en usant régulièrement d’un format cinémascope. Ses planches sont souvent découpées en cases horizontales qui occupent toute la largeur de la page. Steve McNiven ne découpe que pour insister sur les détails. De plus, il sélectionne uniquement les détails signifiants pour mieux poser l’ambiance. Seule incartade à cette règle : Steve McNiven semble affectionner les effets de particules : pluie, débris, fumée, effusions de sang, etc. L’artiste soigne ces effets-là, mais toujours pour renforcer la tension d’une scène. Son trait étant une fois encré relativement fin, l’artiste détache certains éléments de ses cases en accentuant l’épaisseur du contour. Le résultat ? Des scènes inoubliables par leur intensité et leur dynamisme. Il est permis ainsi de préférer la version comics de l’évasion de Captain America du SHIELD à celle du film Captain America : Civil War. Autre exemple : lorsque Tony Stark et Steve Rogers s’affrontent en duel, ou bien lorsque les équipes de superhéros s’entrechoquent les coups font mal. On souffre avec eux. Cette édition de Civil War en noir et blanc renforce encore plus ce sentiment puisqu’on peut à loisir scruter les moindres détails des planches de l’artiste.

 

(image © Marvel Comics)

 

Un style en évolution

On l’a dit, le style de Steve McNiven est reconnaissable entre mille depuis le tout début de sa carrière. Et on ne serait pas contre une réédition du culte Old Man Logan ou même du très passable Death of Wolverine dans ce grand format noir et blanc, ne serait-ce que pour profiter encore un peu plus du trait délicat de l’artiste. Un style qu’il sait aussi faire évoluer régulièrement. Récemment, Steve McNiven illustre les couvertures de la saga Return of Wolverine. Avec une inspiration qui lorgne vers un certain… Barry Windsor Smith. On a connu pire référence… ■

(image © Marvel Comics, Panini Comics)

Civil War édition noir et blanc est un comics publié en France chez Panini Comics.

 

* dans une interview publiée dans Comic Box n°72




A propos Stéphane Le Troëdec 222 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.