Spider-Man est un héros sociable. Enfin, à sa manière. Depuis plus de 60 ans, Peter Parker a croisé pratiquement tout l’univers Marvel. Panini Comics profite donc de la sortie au cinéma de Spider-Man : Brand New Day pour lancer Web of Heroes, une collection de 10 albums à petit prix consacrés aux partenaires du Tisseur. Au programme : Wolverine, Hulk, Daredevil, Deadpool, les X-Men ou encore les Quatre Fantastiques. Mais que valent vraiment ces 10 albums ? La sélection de Web of Heroes est-elle pertinente ? Et surtout, faut-il acheter toute la collection ? Réponse avec un voyage qui nous emmène parfois très loin dans l’histoire de Spider-Man.
Spider-Man et les Quatre Fantastiques : une histoire de famille
Spider-Man et les Quatre Fantastiques entretiennent une relation qui remonte pratiquement aux origines de Marvel. Rien d’étonnant donc à les retrouver ensemble. Panini propose notamment Spider-Man/Fantastic Four #1-4 de Christos Gage et Mario Alberti. Chaque épisode visite une période différente de leur histoire commune. On croise le Docteur Fatalis, Namor ou encore le symbiote qui deviendra Venom. Un mystérieux voyageur temporel relie l’ensemble. Le concept fonctionne d’autant mieux que Peter appartient presque à la famille Richards. Sa relation avec Johnny Storm ressemble ainsi à celle de deux frères qui passent leur temps à se chamailler. Mario Alberti s’amuse avec plusieurs époques Marvel et assure une belle cohérence graphique. Malheureusement, quatre épisodes restent bien courts pour développer autant d’idées. Reste un album généreux, amusant et rempli de clins d’œil. Bref, exactement ce qu’on attend d’un bon team-up Spider-Man.

Spider-Man et les X-Men : 40 ans de Marvel en quatre épisodes
Christos Gage et Mario Alberti reprennent pratiquement la même formule dans X-Men/Spider-Man #1-4. Chaque numéro nous transporte dans une nouvelle période. Nous commençons avec les X-Men originaux avant de retrouver l’époque de Chris Claremont. Puis les années 90 débarquent avec leurs gros sabots. Ben Reilly porte alors le costume de Spider-Man, Wolverine possède ses griffes en os et Carnage vient mettre son grain de sel. Tout ce petit monde affronte une machination de M. Sinistre qui traverse les décennies. Le concept devient parfois plus intéressant que l’intrigue elle-même. Cependant, le plaisir nostalgique fonctionne parfaitement. Gage connaît sa continuité Marvel sur le bout des doigts et récompense les vieux lecteurs. Mario Alberti doit, lui, représenter plusieurs générations de personnages. Il s’en sort remarquablement bien. Voilà donc une jolie machine à voyager dans l’histoire des comics Marvel.

Spider-Man et Hulk : quand Peter Parker affronte beaucoup plus fort que lui
Voilà un duo qui fonctionne presque mécaniquement. Hulk possède une force colossale. Spider-Man compense avec son agilité et son intelligence. L’album permet surtout de comparer plusieurs époques du personnage. Amazing Spider-Man #119-120 nous ramène ainsi en 1973 avec Gerry Conway, John Romita Sr. et Gil Kane. Peter y croise Hulk au Canada dans une aventure classique, mais efficace. L’intérêt historique est énorme puisque nous approchons alors dangereusement de la mort de Gwen Stacy. Plus tard, Amazing Spider-Man #381-382 retrouve Hulk dans un tout autre contexte, avec notamment David Michelinie et Mark Bagley. Peter a changé, Bruce Banner aussi. Voilà précisément ce que réussit ce volume : montrer comment une même confrontation évolue au fil des décennies. Toutes les histoires ne se valent pas, évidemment. Mais voir Spider-Man tenter de survivre face à Hulk reste toujours aussi rigolo.

Spider-Man et le Punisher : mêmes ennemis, méthodes légèrement différentes
Le Punisher et Spider-Man veulent arrêter les criminels. Seulement, Frank Castle possède une définition assez personnelle du verbe « arrêter ». Amazing Spider-Man #201-202 de Marv Wolfman et Keith Pollard illustre parfaitement cette différence. Peter enquête sur le trafiquant Lorenzo Jacobi tandis que le Punisher remonte la même piste. Forcément, leur collaboration coince lorsque Frank envisage de transformer les truands en passoires ! Le récit possède un agréable parfum de polar urbain. Surtout, il montre un Punisher encore très lié à l’univers de Spider-Man. Frank Castle n’est pas encore la gigantesque franchise Marvel qu’il deviendra ensuite. Certaines lourdeurs narratives trahissent évidemment l’âge des épisodes. Lorenzo Jacobi ne restera pas non plus dans les annales. Pourtant, l’opposition morale entre Peter et Frank suffit à faire fonctionner l’ensemble. Spider-Man comprend Castle, mais refuse catégoriquement ses méthodes. Simple et efficace.

Spider-Man et Black Cat : beaucoup plus qu’une simple histoire d’amour
Impossible de raconter la vie de Peter Parker sans parler de Felicia Hardy. Black Cat apparaît pour la première fois dans Amazing Spider-Man #194-195 sous la plume de Marv Wolfman, avec Keith Pollard au dessin. Elle possède déjà ce mélange de charme et de danger qui définira longtemps le personnage. Plus tard, Amazing Spider-Man #226-227 de Roger Stern et John Romita Jr. approfondit leur relation. Enfin, Amazing Spider-Man #606-607 de Joe Kelly et Mike McKone retrouve une Felicia bien différente face à un Peter lui aussi transformé. L’intérêt de cet album tient donc dans l’évolution du personnage sur trois décennies. Black Cat passe progressivement de voleuse mystérieuse à partenaire essentielle de Spider-Man. Pourtant, certaines histoires accusent forcément leur âge. Peu importe. Pour comprendre pourquoi Felicia Hardy occupe une place aussi particulière dans la mythologie du Tisseur, cet album remplit parfaitement son contrat.

Spider-Man et les Avengers : le Tisseur devient enfin un joueur collectif
Pendant longtemps, Spider-Man resta aux portes des grandes équipes Marvel. Puis Peter Parker est finalement devenu un Avenger à part entière. Ce volume Web of Heroes permet surtout de mesurer ce changement de statut. Avenging Spider-Man #1-5 est au sommaire de cet album avec Zeb Wells et Joe Madureira. Les premiers épisodes associent Peter à Hulk Rouge dans une aventure qui ne fait pas vraiment dans la dentelle. Ça bastonne, ça court partout et Joe Madureira s’en donne à cœur joie. Son dessin spectaculaire transforme chaque combat en attraction. En revanche, le scénario ne cherche jamais midi à quatorze heures. On lit surtout ces épisodes pour leurs interactions et leur énergie. Spider-Man fonctionne d’ailleurs particulièrement bien comme partenaire d’autres héros. Ses vannes permettent de casser le sérieux des situations. Malheureusement, l’effet peut devenir mécanique. Reste un divertissement Marvel franchement sympathique et visuellement très généreux.

Spider-Man et Deadpool : le concours du héros le plus bavard
Associer Spider-Man à Deadpool semble presque trop évident. Les deux personnages parlent constamment pendant les combats. Pourtant, Peter découvre vite qu’il existe plus fatigant que lui. Spider-Man/Deadpool #1-5 et #8 de Joe Kelly et Ed McGuinness exploitent cette dynamique jusqu’à l’absurde. Wade Wilson admire Spider-Man, mais déteste Peter Parker. Petit problème : il ignore évidemment qu’il s’agit du même homme. Cette situation nourrit une bonne partie de l’humour et donne même un peu de profondeur à leur relation. Joe Kelly connaît Deadpool mieux que personne puisqu’il participa largement à définir sa personnalité moderne. Ed McGuinness apporte, lui, son dessin massif et cartoonesque. L’ensemble fonctionne très bien à petites doses, car six épisodes de vannes permanentes peuvent provoquer une légère overdose. Ceux qui détestent Deadpool sont prévenus. Les autres devraient franchement s’amuser.

Spider-Man et Wolverine : quand Jason Aaron décide de faire n’importe quoi
Astonishing Spider-Man & Wolverine #1-6 réunit Jason Aaron et Adam Kubert. Et autant le dire immédiatement : les deux artistes ne sont pas venus raconter une paisible promenade dans Central Park. Peter et Logan se retrouvent projetés à travers le temps. Dinosaures, futur lointain et menaces cosmiques s’invitent rapidement dans l’aventure. Jason Aaron empile les idées avec une joie presque enfantine. Adam Kubert, lui, transforme cette folie en grand spectacle. Pourtant, derrière le délire se cache une relation intéressante. Wolverine et Spider-Man s’apprécient, même s’ils passent beaucoup de temps à prétendre le contraire. Peter représente souvent la conscience morale que Logan préférerait ignorer. Wolverine oblige en retour Spider-Man à sortir de sa zone de confort. Le scénario part parfois tellement loin qu’il frôle le grand n’importe quoi. Mais bon sang, quel plaisir de lire un comics qui ose autant !

Spider-Man et Daredevil : deux héros de New York face au crime
Sur le papier, Spider-Man et Daredevil possèdent beaucoup de points communs. Ils protègent New York et connaissent personnellement le poids de la culpabilité. Pourtant, leurs univers prennent souvent des directions radicalement différentes. Daredevil/Spider-Man: Unusual Suspects #1-4 exploite justement ce contraste. Paul Jenkins et Phil Winslade plongent les deux héros dans une enquête où leurs méthodes s’opposent régulièrement. Peter apporte sa légèreté tandis que Matt Murdock traîne derrière lui une ambiance beaucoup plus sombre. La mini-série ne compte probablement pas parmi les rencontres indispensables des deux personnages. Elle souffre notamment de la comparaison avec leurs meilleures aventures respectives. Cependant, le duo reste suffisamment solide pour porter l’ensemble. Spider-Man empêche Daredevil de sombrer dans son sérieux permanent. Matt rappelle en revanche à Peter que certains problèmes ne disparaissent pas avec une vanne. Une association naturelle, donc, même quand le scénario manque d’étincelles.

Spider-Man et Venom : ennemis, alliés et joyeux bordel symbiotique
Venom fut longtemps l’un des ennemis les plus dangereux de Spider-Man. Puis les années ont passé. Eddie Brock est devenu anti-héros, d’autres personnages ont porté le symbiote et Flash Thompson s’est transformé en Agent Venom. Bref, la situation est devenue légèrement compliquée. Venom Inc. rassemble une partie de cette joyeuse famille avec Dan Slott et Mike Costa au scénario, accompagnés notamment de Ryan Stegman au dessin. L’intrigue multiplie les symbiotes et les changements d’hôtes autour de Lee Price. Spider-Man se retrouve donc embarqué dans une histoire qui montre combien la mythologie de Venom s’est éloignée du simple « double maléfique de Spider-Man ». Les amateurs de symbiotes apprécieront forcément cette générosité. Les autres risquent parfois de se demander qui possède quoi et pourquoi. Visuellement, ça dépote. Narrativement, c’est nettement plus chargé. Mais difficile d’imaginer une collection consacrée aux partenaires de Spider-Man sans Venom.

Web of Heroes : une sélection parfois étrange mais finalement cohérente
Après 10 albums, une évidence s’impose : Web of Heroes ne cherche pas vraiment à compiler les meilleures histoires de Spider-Man. Panini préfère explorer ses relations avec le reste de l’univers Marvel. Et c’est probablement plus malin. On voyage ainsi des années 70 aux comics modernes avec des approches radicalement différentes. Certains choix restent malgré tout discutables. Des rencontres autrement plus célèbres auraient mérité leur place. La qualité varie également énormément entre les volumes. Cependant, cette irrégularité raconte indirectement l’évolution du Tisseur. Le jeune Peter des années 70 ne réagit évidemment plus comme celui des années 2000. Les méthodes narratives changent aussi. Les dessins deviennent plus spectaculaires, tandis que les dialogues perdent progressivement leur lourdeur historique. Pour un vieux lecteur, le voyage possède donc un charme évident. Pour un débutant, il constitue aussi une sympathique porte d’entrée.
Spider-Man reste le meilleur partenaire de l’univers Marvel
Finalement, la principale qualité de Web of Heroes tient à Spider-Man lui-même. Peter Parker fonctionne avec pratiquement tout le monde. Face à Hulk, il doit compenser son manque de puissance. Le Punisher révèle sa morale. Wolverine met à l’épreuve ses principes. Daredevil souligne sa légèreté tandis que Deadpool teste sérieusement sa patience. Avec les X-Men, Peter partage le statut du héros rejeté. Chez les Quatre Fantastiques, il devient presque un membre de la famille. Black Cat révèle évidemment une dimension beaucoup plus intime. C’est peut-être ça, la meilleure idée de cette collection Panini Comics : montrer Spider-Man à travers les autres. Tout n’est pas indispensable et quelques épisodes sentent franchement la naphtaline. Malgré tout, feuilleter ces 10 albums revient à parcourir une partie de l’histoire Marvel. Et franchement, pour accompagner le retour de Spider-Man au cinéma, il y avait largement pire comme idée.