Bat-Man – Second Knight : Superman débarque dans le Gotham de 1940

bat-man- second knight critique
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Après un excellent Bat-Man – First Knight, Dan Jurgens et Mike Perkins remettent le couvert. Et franchement, pourquoi s’en priver ? Avec Bat-Man – Second Knight, Batman retrouve le Gotham de ses débuts, en 1940. La guerre menace pendant que la peur gagne progressivement les États-Unis. Dans ce contexte débarquent l’Épouvantail, Lois Lane et même un certain Superman. Mais cette suite fait-elle mieux qu’un simple exercice nostalgique ? Ce Batman rétro a-t-il encore quelque chose à raconter ? Et surtout, l’arrivée du futur Homme d’Acier ne risque-t-elle pas d’écraser notre justicier ? Bonne nouvelle : Dan Jurgens évite presque tous ces pièges. Presque, car cette seconde aventure trébuche malheureusement au moment de conclure.

Bat-Man – Second Knight évite le piège de la naphtaline

Revenir aux origines de Batman pourrait facilement tourner au musée de cire. Pourtant, Dan Jurgens ne cherche jamais à reproduire bêtement les comics de 1939. Il récupère plutôt leur matière première. Ce Batman possède peu de gadgets et encore moins d’alliés. Il doit donc enquêter avec les moyens de son époque. Surtout, Bruce Wayne peut encore prendre une sacrée raclée. Voilà qui change du Batman actuel capable de prévoir l’invasion de Mars avant même que les Martiens aient quitté leur planète. Ici, une lame suffit à envoyer Bruce à l’hôpital. De fait, le contexte historique devient beaucoup plus qu’un joli décor. La Grande Dépression a laissé des traces profondes. Pendant ce temps, le fascisme menace l’Europe. Dan Jurgens transforme ainsi l’Âge d’or en véritable terrain de jeu narratif.

Un Batman plus humain parce qu’il peut perdre

Cette fragilité représente probablement la meilleure idée de Bat-Man – Second Knight. Bruce Wayne ne dispose ni d’une Bat-Family entière ni d’une technologie miraculeuse. Chaque sortie nocturne peut donc se terminer très mal. Évidemment, ce danger change aussi ses relations avec son entourage. Julie Madison connaît son secret et voit l’homme qu’elle aime risquer sa peau gratuitement chaque soir. Difficile de lui reprocher de trouver le concept un peu idiot. Bruce l’aime, mais Batman occupe déjà beaucoup trop de place. Dan Jurgens exploite parfaitement cette contradiction. Le héros commence même à envisager une autre vie. Pourtant, nous savons tous comment ce genre de promesse finit généralement chez Bruce Wayne. Cette tension donne une dimension presque tragique à une romance pourtant très simple sur le papier.

L’Épouvantail retrouve vraiment son pouvoir : faire peur

L’autre excellente idée consiste à ramener Jonathan Crane à quelque chose de franchement inquiétant. Parce qu’il faut bien l’avouer : après des décennies de gaz hallucinogènes, l’Épouvantail impressionne parfois autant qu’un vendeur de désodorisant. Dan Jurgens corrige sérieusement le problème. Son Jonathan Crane reste obsédé par la peur, mais son histoire prend ici une dimension beaucoup plus sinistre. Le scénariste relie ses recherches aux gaz de combat utilisés pendant la Première Guerre mondiale. Crane envisage ensuite de vendre ses découvertes à l’Allemagne nazie. Soudain, le personnage retrouve une crédibilité terrible ! Mike Perkins accentue évidemment cette impression avec des scènes presque horrifiques. Les cadavres s’accumulent et la mise en scène devient franchement inquiétant. Bat-Man – Second Knight donne ainsi à l’Épouvantail une origine particulièrement adaptée à cette version historique de Gotham.

Superman débarque, et personne ne lui demande de rester chez lui

Évidemment, l’événement que les vieux lecteurs attendent se produit avec l’arrivée de Superman. Sur le papier, le risque semblait énorme. Comment conserver un Batman vulnérable lorsqu’un type pare-balles capable de voler traverse Gotham ? Dan Jurgens trouve heureusement la bonne réponse. Il oppose d’abord les personnalités plutôt que les muscles. Bruce se méfie immédiatement de cet inconnu surpuissant. Clark Kent, lui, comprend vite que le milliardaire cache quelque chose sous ses beaux costumes. Mieux encore, Superman se montre excellent journaliste sans utiliser constamment ses pouvoirs. Leur opposition fonctionne donc parce qu’elle repose sur l’intelligence. Batman trouve évidemment un moyen de gêner son nouvel adversaire. Pourtant, leur affrontement ne devient jamais un concours de baffes pour savoir lequel est le plus puissant.

Batman et Superman : le World’s Finest avant le World’s Finest

Leur rapprochement fonctionne encore mieux lorsque Dan Jurgens confronte leurs origines sociales. Clark Kent vient d’une famille frappée par la crise économique. Bruce Wayne, lui, reste protégé par sa fortune. Pourtant, Superman comprend parfaitement la douleur provoquée par la mort des parents Wayne. Le scénariste construit ainsi leur relation sans passer par les raccourcis habituels. Ils s’observent et finissent par reconnaître leurs qualités respectives. De fait, ce premier véritable rapprochement possède quelque chose de réjouissant. Mike Perkins participe beaucoup à cette réussite. Son Superman ressemble encore au colosse populaire des premières années. Il évoque aussi les fameux dessins animés des studios Fleischer. Cependant, Dan Jurgens conserve la bonté fondamentale de Clark Kent. Résultat : Superman apporte de la lumière sans détruire l’atmosphère sombre de Gotham.

Lois Lane et Julie Madison volent presque la vedette

Curieusement, les deux super-héros ne constituent pas toujours la partie la plus passionnante de l’album. Lois Lane s’impose immédiatement comme une journaliste ambitieuse qui déteste qu’on lui ferme une porte au nez. Autant dire que Gotham lui offre quelques occasions de s’amuser. Face à elle, Julie Madison gagne enfin une véritable épaisseur. Le personnage ne sert plus seulement de fiancée historique rangée dans un tiroir poussiéreux de DC Comics. Sa carrière d’actrice compte réellement. Ses envies personnelles compliquent également sa relation avec Bruce. D’ailleurs, l’amitié naissante entre Julie et Lois fonctionne très bien. Les deux femmes possèdent des personnalités différentes mais complémentaires. Surtout, leurs relations avec Bruce et Clark ne les définissent jamais entièrement. Dan Jurgens leur accorde une vraie place dans l’intrigue. Certaines de leurs scènes sont même mieux construite que plusieurs passages consacrés à Batman.

Bat-Man – Second Knight confirme tout le bien que l’on pouvait penser du concept.

Mike Perkins transforme Gotham en film noir

Il serait difficile de parler de Bat-Man – Second Knight sans insister sur le travail de Mike Perkins. Son dessin constitue une énorme partie du plaisir. Les ombres mangent régulièrement les visages. Gotham semble humide même lorsque personne ne se trouve sous la pluie. Les décors possèdent également ce petit parfum de cinéma policier d’avant-guerre. Pourtant, Mike Perkins ne tombe jamais dans la reconstitution figée. Son découpage reste moderne et les scènes d’action possèdent une véritable brutalité. L’horreur fonctionne tout aussi bien. Jonathan Crane paraît parfois sortir d’un vieux film de monstres plutôt que d’un comics de super-héros. De son côté, Mike Spicer accompagne admirablement cette ambiance avec ses couleurs. Le résultat possède une identité immédiatement reconnaissable. On ouvre quelques pages au hasard et on sait instantanément dans quel Gotham on vient de mettre les pieds.

Bat-Man – Second Knight rate malheureusement son dernier coup

Tout fonctionnait presque parfaitement. Et puis arrive la conclusion. Hélas, Dan Jurgens règle beaucoup trop vite le principal conflit de l’album. L’Épouvantail semblait pourtant destiné à devenir une menace majeure. Son origine militaire ouvrait également des pistes passionnantes. Mais lorsque Batman passe enfin véritablement à l’offensive, tout s’accélère brutalement. Le méchant perd alors une partie de l’aura construite auparavant. Pire, son projet ne pèse pas suffisamment sur la relation entre Batman et Superman. On aurait aimé quelques pages supplémentaires pour laisser respirer cet affrontement. La frustration reste d’autant plus grande que Mike Perkins livre encore de très belles planches. Heureusement, ce final précipité ne détruit pas ce qui précède. Il laisse simplement l’impression désagréable qu’un excellent repas vient de se terminer alors qu’on attendait encore le dessert.

Bat-Man – Second Knight : une excellente suite malgré tout

Au final, Bat-Man – Second Knight confirme tout le bien que l’on pouvait penser du concept. Dan Jurgens ne se contente pas d’habiller Batman avec son vieux costume. Il retrouve surtout ce qui rendait le personnage passionnant à ses débuts : sa vulnérabilité. Mike Perkins transforme ensuite cette Gotham de 1940 en formidable décor de film noir. L’arrivée de Superman fonctionne étonnamment bien, tandis que Julie Madison gagne une épaisseur bienvenue. L’Épouvantail bénéficie également d’une réinvention très convaincante. Dommage donc que sa conclusion tombe aussi vite. Malgré ce défaut, l’album offre une lecture solide et surtout très personnelle. À force de multiplier les futurs alternatifs de Batman, DC avait presque oublié une évidence : parfois, pour renouveler un personnage vieux de plus de 85 ans, il suffit simplement de revenir au début.

Bat-Man – Second Knight est un comics publié en France par Urban Comics. Il contient : Bat-Man – Second Knight 1-3.




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