Umbrella Academy : la série Netflix est-elle aussi déjantée que les comics ? [avis]

Umbrella Academy
(image © Netflix)

L’équipe de la série Netflix Umbrella Academy a-t-elle réussi le pari de transposer le comics déjanté originel ? Force est de reconnaitre que si certains éléments sont présents, Umbrella Academy ressemble plus à une bruine d’automne qu’à la tornade estivale attendue.
■ par Doop

 

Depuis le 15 février 2019, Netflix diffuse une nouvelle série de superhéros, basée sur un comics de Gerard Way, chanteur du groupe My Chemical Romance, et du dessinateur Gabriel Bà (Daytripper). Umbrella Academy a été publiée il y a une dizaine d’années chez Dark Horse Comics. Le comics, avec ses histoires complètement farfelues et surréalistes, se voulait un hommage aux séries Vertigo les plus déjantées. Après la réussite critique de Legion, qui a poussé le bouchon très loin niveau surréalisme, on pouvait se demander si les producteurs de la série télévisée allaient se diriger dans ce sens ou proposer quelque chose de plus sage.

 

Umbrella Academy
(image © Netflix)

 

Umbrella Academy, la série télé

Il y a 27 ans, une cinquantaine de mamans donnent spontanément naissance à leur progéniture. Problème : elles n’avaient jamais montré avant aucun signe de grossesse ! Sir Reginald Hargreaves, un médecin excentrique décide d’adopter quelques-uns de ces « bébés miracles » qui en plus développent des pouvoirs stupéfiants. Avec ses 7 nouveaux enfants aux capacités étranges, il décide de fonder la Umbrella Academy, un groupe de super-héros. Mais l’entraînement d’Hargreaves est destructeur pour la psyché des jeunes recrues, qui quittent le groupe les uns après les autres. Umbrella Academy débute une quinzaine d’années plus tard, lorsque (presque) tous les enfants sont réunis pour l’enterrement de leur père adoptif, décédé dans des circonstances mystérieuses. Le retour d’une figure emblématique du groupe, disparue depuis plusieurs années, va alors avoir de tragiques conséquences sur nos héros. Ces dernier vont devoir empêcher une apocalypse… Rien de moins !

 

Umbrella Academy
(image © Netflix)

 

Umbrella Academy, le comics

The Umbrella Academy est un comics qui ne m’a pas vraiment marqué lors de ma 1re lecture. C’est le 1er comics du chanteur Gerard Way. Si ce dernier fait l’effort de proposer aux lecteurs l’histoire la plus originale possible, à l’époque j’ai trouvé que ses personnages et son univers manquaient de caractérisation. L’atout majeur de The Umbrella Academy le comics est à mon sens les designs et les dessins impeccables de Gabriel Bà qui propulsent immédiatement le comics dans une autre dimension. Il suffit de regarder la couverture du 1er recueil pour s’en rendre compte. Cela n’a toutefois pas empêché Gerard Way de prendre du galon puisqu’il s’est retrouvé à la tête d’une ligne de comics chez DC, reprenant ou chapeautant des titres comme Doom Patrol ou Cave Carson has a Cybernetic Eye. Et ce n’est pas très étonnant tellement les thèmes de Umbrella Academy se rapprochent de ceux de la Doom Patrol : famille dysfonctionnelle et héros aux pouvoirs bizarres. Ce qui est amusant, c’est de constater qu’au moment même de la sortie de Umbrella Academy sur Netflix, la plateforme de streaming de DC nous propose sa version de la Doom Patrol. De par ses 10 épisodes d’environ une heure chacun, j’espérais que la série télévisée supervisée par Paul Blackman (co-scénariste et producteur des séries Fargo ou encore Legion) allait apporter sa touche décalée et originale à un concept qui méritait d’être développé. S’il n’y a globalement rien à dire et si les efforts sont louables, la série aurait dû pousser le bouchon un peu plus loin, tant la comparaison avec les autres productions de ce style sont à son désavantage.

 

Umbrella Academy
(image © Netflix)

 

Une histoire linéaire qui manque de folie

Si l’on a pu être surpris et se gratter la tête d’incompréhension devant les 1ers épisodes de Legion ou de Dirk Gently, ce n’est pas du tout le cas ici. Umbrella Academy propose une histoire qui n’est pas difficile à comprendre et où tout est quasiment délivré au spectateur instantanément. Alors oui, il y a des voyages temporels, des situations cocasses et inhabituelles, mais justement, un peu trop prévisibles. Si l’on a droit à des parties dansées, des arrêts temporels, quelques designs loufoques (2 agents spatio-temporels se baladent avec des masques de chien) et des combats se faisant sur des chansons diverses, il n’y a pas vraiment de nouveauté ou d’originalité, on l’a déjà vu ailleurs, et souvent mieux. On est donc moins emporté par l’écriture et les rebondissements de la série, le trajet est fléché et les retournements de situation largement prévisibles. L’histoire de Umbrella Academy sur Netflix adapte plus que librement le 1er arc des comics. En dehors de quelques personnages (retouchés pour la télévision) et d’une trame globale sur fond de violon, les scénaristes prennent beaucoup de libertés. Et c’est un peu dommage car ils auraient pu aller plus loin, n’étant pas restreints par la fidélité au comics. À un moment, on peut penser qu’un personnage meurt, ce qui aurait été important pour la dramaturgie de la série, mais non : les producteurs n’ont pas voulu aller au bout de leur idée. S’il semble difficile d’adapter les designs un peu farfelus de Gabriel Bà pour le plus grand public, j’attendais un peu plus de folie. Pour ceux qui seraient curieux, Umbrella Academy n’est pas très violente ni même glauque. Si elle n’est pas tout public, elle est très loin de la violence crade et gore de Titans par exemple.

 

 

Une réalisation impeccable mais des acteurs pas très impliqués

La grande force de la série TV Umbrella Academy repose avant tout sur sa réalisation impeccable. Il faut dire que les pouvoirs de nos héros sont adaptés à l’économie et que finalement, le budget effets spéciaux n’est pas très conséquent, ce qui est plutôt bienvenu. On a droit à des jolies images, une belle lumière et quelques effets de réalisation plutôt sympathiques, comme l’apparition du titre de la série au début, carrément intégrée dans l’histoire. En revanche, j’ai trouvé les acteurs un peu fadasses. Ellen Page fait tout le temps la gueule et donne autant d’émotion au spectateur qu’un poulpe neurasthénique. Le reste du casting est assez faible : l’acteur qui joue Klaus en fait des tonnes dans son rôle de drogué et cela devient très agaçant au bout de 10 épisodes. Une seule exception : le jeune acteur qui joue le rôle de n°5, un scientifique de 50 ans coincé dans un corps de garçon de 11 ans et qui crève littéralement l’écran. De plus, quelques épisodes sont assez mous et longuets. C’est encore pire lorsque les héros remontent dans le temps pour nous faire carrément revivre l’épisode précédent, invalidant de fait celui-ci. C’est un effet facile et qui finalement ne sert pas à grand-chose si ce n’est rallonger la sauce.

 

Umbrella Academy
(image © Netflix)

 

Une fin décevante

Je dois vous avouer que la fin de Umbrella Academy m’a laissé très perplexe. Le dernier épisode est peut-être le plus mauvais et nous propose un final classique où le personnage gentil est complètement possédé par ses pouvoirs. La dernière scène me semble encore être un retour en arrière, les scénaristes n’osant pas aller au bout de leurs idées. Il faut dire que dès qu’on a un personnage capable de voyager dans le temps, cela devient facile de tout changer. En dépit de ses défauts sur lesquels j’ai peut-être un peu trop insisté, The Umbrella Academy reste une série distrayante, grand public et qui essaye de mettre un peu d’originalité dans son format. Je jetterai un œil sur la 2e saison. Nous terminons cette critique par deux faits assez amusants : le rôle récurrent de la chanteuse Mary J. Blige et la réunion à l’écran d’Ellen Page et de Peter Outerdridge, qui jouaient le rôle d’un père et de sa fille de la superbe série Re-Genesis ! ■

À LIRE AUSSI : Umbrella Academy : 11 différences entre le comics et la série Netflix

 




A propos Doop 244 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.