Swamp Thing : une série Z qui touche le fond (du marais)

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(image : © Atomic Monster Productions, Warner Bros Television)

Disponible sur Amazon Prime Vidéo, la série Swamp Thing a fait grand bruit dès son lancement. Il s’agissait en effet de l’une des 1res séries destinées à la plateforme de streaming de DC Comics. En effet, elle a été  annulée dès la diffusion de l’épisode 1 et raccourcie de 3 épisodes en dépit d’une bande annonce prometteuse. Alors cette série était­-elle aussi mauvaise que ça ? Réponse : oui.
■ par Doop

 

 

Une série d’horreur incohérente

Dès le départ, les réalisateurs et les scénaristes de la série se placent définitivement sur le registre de la série d’horreur. Têtes qui explosent, corps démembrés, scènes gores en veux-tu en voilà, on ne nous épargne rien. Et pourquoi pas ? Après tout si une série doit plonger dans l’horreur, c’est bien celle consacrée à notre créature des marais. Je n’ai pas de problème avec ce positionnement. Le 1er épisode correspond aux origines de la créature, dans sa version classique avec très peu de changements. Si ce n’est qu’Alec Holland est célibataire, que ce n’est pas lui qui a inventé la formule et que la petite Abby Arcane lui fait déjà des œillades pas très finaudes. Là où c’est nettement plus gênant, c’est que la formule bio-régénérative agit un peu comme elle veut. Elle contamine des gens qui n’ont pas de protection, mais en fait ça dépend. En tant qu’épidémiologiste du CDC, on se demande comment Abigail Arcane a obtenu son diplôme. En effet, cela ne la dérange pas du tout de s’approcher des malades, de toucher des zones contaminées sans la moindre protection. Et elle n’a rien du tout, n’est jamais contaminée contrairement à d’autres personnages ! De la même manière, il semblerait que la fameuse formule soit dans le marais depuis des années et pourtant, aucune autre personne qui tombe blessée dans le marais (et il y en a un sacré paquet) ne deviendra Swamp Thing. D’ailleurs, les barils de formule cachés dans le marais semblent scellés (donc pas de formule qui doit s’en échapper) et pourtant on nous dit le contraire. Et ils sont tellement bien cachés dans le marais qu’il y a au-dessus d’eux une petite balise rouge qui clignote à la surface !! C’est totalement incohérent et c’est, à mon sens, le plus gros problème de cette série. Aucun élément de l’histoire ne tient debout. Les conséquences se font en fonction des attentes des scénaristes au mépris de toute logique. Et si vous y rajoutez les différentes circonvolutions du récit pour tenter d’intégrer toutes les versions de la créature, c’est encore pire…

 

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(image : © Atomic Monster Productions & Warner Bros Television)

 

Une créature définie au gré du vent et des marées

Les références de la série TV au comics original n’arrangent pas du tout les choses. En effet, on part au début sur un personnage et une créature telle que l’ont définie Len Wein et Bernie Wrightson. C’est à dire une sorte de Hulk vert qui contrôle les plantes et qui veut surtout « qu’on le laisse tranquille ». Et c’est à la limite ce que les scénaristes pouvaient faire de mieux. Et pourtant, au fil des épisodes, on sent que la série tend de plus en plus vers les passages cultes d’Alan Moore. Sauf que voilà, on est dans une série Z et aucun scénariste (alors que pourtant Mark Verheiden est crédité) ne tente quoi que ce soit d’un peu incongru. Et pourtant on est bien dans un show où des têtes explosent en gros plan. On aurait pu y intégrer un tout petit peu de perversité. Que nenni. La série reprend 2 scènes cultes du passage de Moore et les foire totalement. La 1ère, c’est la fameuse scène de « communion » entre Abby et la créature. Elle tombe ici comme un cheveu sur la soupe, alors que les deux personnages ne se connaissent pas trop et de fait, on a droit simplement à un épisode où la créature reprend son apparence humaine. Il ne s’y passe pas grand-chose et cela nous permet un baiser entre les deux sans qu’on ait à voir le monstre… Donc si je résume, on peut montrer des corps charcutés, des têtes affreusement mutilées, du sang partout MAIS interdiction de montrer à l’écran une jeune fille qui embrasse un monstre… Ah oui, on est aux Etats-Unis, j’avais oublié…. La 2ème référence totalement foirée, c’est celle qui fait « hommage » au fameux épisode 21 de Swamp Thing : « la leçon d’anatomie ». Rappelez vous l’intensité dramatique de la créature qui comprend petit à petit sa véritable condition. Ici, c’est encore une fois grandiloquent et destiné à un public neuneu. Pourquoi se priver, laissons la créature consciente, cela nous donne une jolie scène de torture inutile quand cette dernière se fait autopsier ! A grand coups de cris et de hurlements, Jason Voodrue découpe et enlève des organes gluglus, dévoilant en 3 secondes le mystère de ses origines. Le fait que ce soit le scientifique qui annonce à Swamp Thing sa condition, au détour de 2 ou 3 ablations d’organes plein de slime tombe totalement à plat, réduit totalement l’intensité dramatique !
Les emprunts aux différentes versions des comics sont donc nombreux. La création originale de Len Wein et Berni Wrightson pour le monstre rageux, Alan Moore pour la version plante, le green et tout le reste. Mais on y retrouve aussi du Martin Pasko et Tom Yeates avec Avery Sunderland et la petite fille au départ qui semble tout droit tirée des premiers numéros de Saga of The Swamp Thing. Personnage d’ailleurs totalement oublié au bout de quelques épisodes alors qu’elle semblait avoir un lien avec la créature. En gros, les auteurs de la série essayent de synthétiser toutes ces versions mais se prennent les pieds dans le tapis. Ils n’arrivent pas à donner une interprétation cohérente du monstre, dont les actions sont souvent contradictoires d’un épisode à l’autre.

 

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(image : © Atomic Monster Productions & Warner Bros Television)

Des références à l’univers mystique DC introduites n’importe comment

Et c’est pareil pour tous les autres personnages. Matt Cable ne sert à rien, il est le 3ème d’un triangle amoureux le temps de … 10 minutes avant de nous plonger dans une histoire digne des Feux de l’Amour. On nous introduit le personnage de Mme Xanadu, pourquoi pas, même si ses pouvoirs varient au fil du temps. Concrètement, elle fait des trucs mais on ne sait pas quoi. Mais ce n’est pas la pire. Dans la mesure où l’on doit utiliser des personnages DC magiques, nous avons droit à un Phantom Stranger assez différent de ce que l’on pourrait imaginer mais surtout à… Blue Devil ! Autant le lecteur pourra accepter l’apparition du Phantom Stranger dont les histoires étaient publiées en back-up du volume 2 du comics, autant je ne vois aucun lien avec le Blue Devil.
Blue Devil ? Oui… L’acteur enfermé dans un costume bleu de démon. Alors encore une fois pourquoi pas, mais les scénaristes peinent tellement à raccrocher le récit que cela en devient presque ridicule.  Le personnage obtient ses pouvoirs par la fameuse formule bio-régénérative à base de plante, ce qui est incohérent. Il devient tout bleu et brûle des gens ! Va falloir expliquer ! D’habitude, un extrait de cette formule fait exploser des plantes à l’intérieur de votre corps ou vous transforme en homme plante ! Son destin semble être lié à celui d’Abigail Arcane. Mouais, ce n’est pas cohérent, encore une fois… Le pire c’est qu’en plus ce personnage est totalement déformé pour en faire un monstre horrifique qui ressemblerait d’ailleurs plus à Etrigan qu’à autre chose. Ah oui, il est joué par Ian Ziering (Beverly Hills). Je pense que c’est suffisant comme information. (suite de l’article page suivante)

 

 

LIRE AUSSI : Swamp Thing : la Créature du marais par Len Wein et Berni Wrightson 

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(image © DC Comics)

 

La suite ? Tout de suite !




A propos Doop 311 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.