Stan Lee : de Captain America aux 4 Fantastiques, la création de Marvel Comics

Les cowboys remplacent, un temps seulement, les superhéros

Du western pour diversifier la production

En quelques mois, Atlas Comics propose les titres Adventures into Horror ou Adventures into Terror. Comme à l’accoutumée, ce sont de pâles imitations des comics d’horreur EC. Alors que les débats autour du Comics Code Authority font rage, l’éditeur Atlas se lance dans une politique qui consiste à inonder le marché de comics en tous genres. Dès 1954 on peut voir ainsi apparaître des dizaines de titres western. Les plus importants ont pour titre Ringo Kid Western ou Outlaw Kid (par Stan Lee et Doug Wildey avec des couvertures de Joe Maneely). Outlaw Kid raconte aux lecteurs l’histoire de Lance Temple, un jeune avocat qui a promis à son père aveugle de ne jamais se servir d’une arme à feu. Lorsqu’il constate que la loi ne peut pas régler toutes les injustices, il décide de mettre un masque et de rendre la justice avec ses pistolets mais sous une identité secrète : celle de l’Outlaw Kid ! Difficile de ne pas établir de parallèle entre cet Outlaw Kid et le futur superhéros aveugle Daredevil : 2 avocats, ayant promis à leur père de ne jamais avoir recours à la violence, brisent leur serment et deviennent des justiciers costumés lorsqu’ils constatent que la loi est impuissante. En 1955, c’est le Rawhide Kid qui fait sa première apparition dans son titre éponyme. Au départ, le personnage ne connait pas un succès fulgurant, mais la série dure tout de même 2 ans avant d’être arrêtée puis relancée par Stan Lee et Jack Kirby au début des années 60. Le sheriff Wyatt Earp vient compléter la gamme des titres western chez Atlas dans un comics qui s’inspire largement de la légende entourant le personnage réel. Le magazine profite de la diffusion de la série télévisée et surtout de nombreuses couvertures et intérieurs signés John Severin et Joe Maneely. Le titre devient l’un des titres phares d’Atlas durant la période 1955-1956.

 

 

Horreur, humour et romance

En dehors des séries western, Atlas continue d’exploiter les romance comics et les revues humoristiques pour adolescents en proposant My Girl Pearl (par Lee et Mike De Carlo) ainsi que Della Vision, une série sur une présentatrice de télévision. Afin de surfer sur la veine satyrique, Stan Lee et Martin Goodman lancent le magazine SNAFU !, une anthologie humoristique et parodique à la manière de Mad. Comme son illustre modèle qui avait choisi pour personnage fétiche un adolescent boutonneux (Alfred E. Neuman) SNAFU ! possède lui-aussi une mascotte : le personnage déjanté d’Irving Forbush qui sera réutilisé des décennies plus tard comme blague récurrente entre les différents éditeurs de Marvel et les membres du staff. Petit à petit, les titres anthologiques d’horreur et de suspense commencent à faire leur apparition comme Mystery Tales lancé en 1956 qui contient les toutes 1res planches de Steve Ditko réalisées pour Atlas. La compagnie lance dans la foulée 3 anthologies importantes : World Of Fantasy, World of Suspense et World of Mystery dont les titres sont inspirés du film World Of Silence du Commandant Cousteau. Ajoutons à cela les nombreux comics de guerre comme Battle Action, Battle Front, Combat Kelly ou encore GI Tales.

 

Martin Goodman

 

Problèmes en série pour Atlas

À la fin de l’année 1956, Atlas publie quasiment 80 titres, dont la périodicité varie de mensuelle à trimestrielle. Mais l’éditeur va pourtant devoir réduire sa production de manière drastique. En janvier 1957 Martin Goodman ferme sa société de distribution et passe un contrat avec l’American News Company (ANC), une des plus importantes firmes de l’époque qui réunit des dizaines de milliers de distributeurs aux 4 coins du pays. Martin Goodman pense faire une très bonne affaire et ainsi multiplier le nombre de ses lecteurs en démocratisant l’accès aux comics Atlas. Le choix d’ANC est pourtant risqué. À l’époque, la compagnie est en grande difficulté et beaucoup de ses clients sont partis ! De plus, la justice Américaine vient d’ouvrir une enquête pour restriction de concurrence. Tous les voyants virent brusquement au rouge lorsque de nombreuses rumeurs commencent à circuler sur un éventuel lien entre ANC et la mafia. Autre grosse tuile pour Martin Goodman et Stan Lee : Dell, le plus gros vendeur de comics de la période et leur plus important client, annonce non seulement la non-reconduction de leur contrat mais aussi une action en justice pour situation de monopole ! En mai 1957, ANC n’a plus d’autre possibilité que de fermer sa branche distribution, laissant de très nombreux éditeurs de comics, dont Atlas, sur le carreau !

 

Stan Lee souriant. Il ignore que l’année 1957 va être particulièrement compliquée pour Atlas Comics

 

« L’ombre de 1957 »

C’est la panique totale dans les bureaux de la firme ! Martin Goodman n’a plus aucun moyen de distribuer ses publications. Il stoppe immédiatement sa production de magazines de presse. Les comics Atlas ne sont malheureusement pas épargnés puisqu’il demande à Stan Lee de renvoyer la quasi-totalité des artistes qui travaillent pour lui afin de pouvoir écouler tous les épisodes en stock déjà réalisés mais pas encore publiés. Dans la même journée, Stan Lee renvoie avec tristesse Joe Sinnott, Dick Ayers, John Romita, Joe Maneely, Marie Severin et la grande majorité de son staff. Beaucoup considèrent encore cette période comme la plus trouble d’Atlas depuis sa création. Une expression, « l’ombre de 1957 », voit d’ailleurs le jour. Cette expression sera d’ailleurs employée lorsque Marvel connaîtra au fil des décennies de grosses difficultés financières. « Ça a été la journée la plus difficile de ma vie », avouera plus tard Stan Lee. Lorsqu’il téléphone à John Romita pour lui signifier qu’Atlas n’a plus besoin de ses services, ce dernier promet à sa femme de ne plus jamais lui adresser la parole ! Atlas est n’est quasiment plus constituée que de Stan Lee, de son frère Larry Lieber et de quelques dessinateurs freelance.

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A propos Doop 329 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.