Sheriff of Babylon : Tom King enquête dans un Badgad occupé par l’armée américaine [critique]

(image © Vertigo)

La maxi-série Sheriff of Babylon fait partie du relaunch de la ligne Vertigo, le label adulte de DC Comics, avec d’autres séries comme Twilight Children ou encore Unfollow. Et si finalement cette relance n’a pas connu un grand succès, elle nous a toutefois apporté ce récit magnifique, entre polar et enquête, qui a propulsé le scénariste Tom King et le dessinateur Mitch Gerards au sommet.
■par Doop

 

Sheriff of Babylon s’ouvre sur un plan large de la ville de Bagdad (image © Vertigo)

 

Bagdad : drôle d’endroit pour une enquête

Nous sommes en 2004, à Bagdad, juste après la chute de Saddam Hussein. L’ancien officier de police Chris Henry se trouve sur place pour entraîner les futurs policiers locaux. Lorsqu’il apprend la mort de l’un de ses stagiaires en formation, il décide de se lancer sur la piste de son meurtrier. Accompagné de Safia, une des femmes les plus actives dans la reconstruction de la ville, et de Nassir, un ex-barbouze de Saddam, il va découvrir les secrets de cette ville en proie au chaos et aux machinations en tout genre…

 

(image © Vertigo)

 

Un récit humain avant tout

À LIRE AUSSI : 100 Bullets : pourquoi vous devez lire le polar culte de Brian Azzarello et Eduardo Risso [critique]
Ce qui rend Sheriff of Babylon spécial, c’est avant tout le réalisme de l’histoire et l’exactitude des situations militaires. Ce n’est finalement pas étonnant quand on sait que Tom King est un ancien agent de la CIA reconverti dans l’écriture de comics. Qu’on aime ou pas l’auteur, il faut lui reconnaître un certain don pour la mise en place des situations et la maîtrise de ses personnages. Sheriff of Babylon est très loin d’être un récit manichéen, pro ou anti américain, bien au contraire. Tom King apporte à chaque page des nuances de gris, des explications sur les réactions de ses personnages. Personne n’a le beau rôle et tous les protagonistes se comportent tour à tour comme des héros, des braves ou des pleutres. Bref, comme des êtres humains plongés au cœur d’une situation trop terrible pour eux. Il n’y a pas beaucoup de scènes de combat dans Sheriff of Babylon. En réalité l’essentiel de la bande dessinée est composé de scènes de dialogues et d’exposition, beaucoup plus essentielles et importantes que ce que l’on pourrait croire. Et c’est loin d’être ennuyeux. Tom King s’intéresse avant tout aux failles de ses personnages et arrive quand même à nous dresser un portrait réaliste de tout ce qui a entouré le 11 septembre et la chute de Saddam Hussein. Il nous livre même quelques moments de grâce absolue, notamment lors de cet épisode où Chris et la femme de Nassir passent la nuit à boire et à discuter autour d’une piscine vide. C’est certainement l’un des meilleurs épisodes que j’ai pu lire depuis longtemps. Il ne se passe rien et pourtant j’ai rarement vu une scène avec autant de justesse, de nuance et d’empathie pour ses protagonistes. C’est tout simplement magique et cela donne foi dans le fait que les comics peuvent encore nous proposer des histoires originales et sensibles.

 

(image © Vertigo)

Sheriff of Babylon : une symbiose parfaite entre histoire et dessins

À LIRE AUSSI : Réunion de familles pour préparer le mariage de Batman et Catwoman [Batman Rebirth tome 5, critique]
Mais Sheriff of Babylon n’est pas qu’un récit poignant, c’est aussi une mise en page photo-réaliste et impressionnante de par ses choix de composition. Alors qu’il n’a finalement que très peu d’action à dessiner, Mitch Gerards arrive quand même à proposer de nombreux effets graphiques qui arrivent à gommer l’aspect statique et redondant que pourraient avoir certaines pages. C’est amusant de constater que le dessinateur est un adepte du fameux « gaufrier » (à savoir des pages découpées en 9 cases de même dimension) qu’il utilise la plupart du temps à bon escient et qui apportent toujours un plus narratif. Ses scènes d’action pourraient sembler un peu figées mais le travail sur le réalisme et la couleur font que tout devient finalement très fluide. Qu’on ne s’y trompe pas, Sheriff of Babylon est une bande dessinée dont les graphismes sont tout aussi réussis que l’histoire. Mitch Gerards est certainement l’un des futurs grands noms de la bande dessinée. Une histoire peu commune, des moments magnifiques et des dessins sublimes, Sheriff of Babylon nous propose de découvrir pour la 1ere fois le travail de 2 artistes qui risquent de devenir des acteurs majeurs de l’industrie des comics. Sheriff of Babylon est un comics à découvrir d’urgence. ■

Sheriff of Babylon est un récit complet de 304 pages écrit par Tom King et dessiné par Mitch Gerards. Cet album est publié en France par Urban Comics au prix de 28,00 €. Les épisodes originaux (Sheriff of Babylon #1-12) sont parus aux USA chez Vertigo.

 




A propos Doop 97 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.